AVANTAGES ET BÉNÉDICTION D'UNE LONGUE VIE
Hist. vitœ et morlis, prœloquium.
Il y a longtemps qu'on a dit et qu'on se plaint que la vie est courte et que l'art est long, vita brevis, ars longa. Il parait donc convenable, que si nous travaillons de tout noire pouvoir à perfectionner les arts, nous travaillions aussi à prolonger la vie des hommes, avec le secours de celui qui est l'auteur de la vie aussi bien que de la vérité (Jean, XIV, 6); car quoique la vie des hommes ne soit rien autre chose qu'un assemblage et un accroissement continuel de péchés et de misères, et que ceux qui aspirent à l'éternité, fussent très-peu de casde cette vie, cependant la continuation des œuvres de charité qui ne peut avoir lieu que par la prolongation de nos jours, ne doit pas être absolument comptée pour rien aux yeux mêmes de ceux qui professent le christianisme. ■
Il est même très-remarquable que le disciple le plus aimé de Noire-Seigneur , est aussi de lous les disciples celui qui a vécu le plus longtemps : et parmi les anciens chrétiens que nous regardons comme nos pères, il est un très-grand nombre de saints, surtout de saints moines et de saints solitaires, que Dieu a favorisés d'une longue vie : en sorte qu'il semble, qu'après le temps de la venue du Sauveur, Dieu a fait cesser moins complètement la bénédiction d'une longue vie, si souvent rappelée dans la sainte Ecriture, que toutes les autres bénédictions terrestres; et l'on peut dire avec toute vérité que, quoique nous autres chrétiens aspirions sans cesse et de toutes nos forces à la terre de promission, cependant, dans le cours de notre voyage à travers le désert de ce monde, s'il arrive que nos souliers et nos vêtements (j'entends la partie fragile et mortelle de nous-mêmes), s'usent maint vite, il faut re-
CIIRISTIAMSME DE BACON. 546
garder avec raison cet événement comme un trait de la faveurdivine.
les jeunes gens preferes aux vieillards dans l'écriture.
^id. serm. cap. 10,
Un prophète annonce aux Juifs dans 1; sainte Ecriture, que leurs enfants auront de. visions, et leurs vieillards drs songes (Joël. Il , 28 ). Un rabbin conclut de ce texte, que Dieu se communique pins familièrement aux jcines gens qu'aux vieillards, sur le fondement que la vision est une révélation plus claire et plus manifeste que le songe.
Pour appuyer ce sentiment, on pourrait observer que plus longtemps on a bu dans la coupe du monde, plus on s'est rempli de son poison ; et que la vieillessp perfectionne plus l'entendement qu'elle n'épure le cœur.
LES JEUNES GENS PEU PROPRES A PROFITER DES AUTEURS ANCIENS QUI ONT TR1ITÉ DE LA PUILOSOPIIIE MORALE ; NÉCESSITÉ DE LES INSTRUIRE DE LA RELIGION AVANT LÉTUDE DE LA POLITIQUE.
Le augm. scient. L. VII , cap. h. post. med.
Il est une, sentence d'Aristote, très-sensée, à ce qu'il nous paraît, et bien digne d'être approfondie : Les jeunes getis , dit ce grand philosophe, n'ont point assez d'aptitude à être les auditeurs de la philosophie morale ; parce que, conlinue-t-il, ils sent encore dans l'effervescence des passions, que le temps et l'expérience calmeront, dans la suite. Et d;ms le vrai, cette sentence nous fait comprendre pourquoi des traités et des discours excellents, où les anciens écrivains invitent si puissamment les hommes à la vertu ( soit en rendant visible à tous les yeux son auguste majesté, soit en livrant au ridicule certaines opinions populaires qu'on a revêtues pour ainsi dire d'un habit de parasite, dans le dessein de déshonorer la vertu ); pourquoi , dis-je , ces traités et ces discours servent si peu à l'honnêteté de la vie et à la réforme des mœurs ? C'est que ces traités ne sont point lus et médités par des hommes d'un jugement et d'un âge mûr, et qu'ils sont aban | donnés aux enfants et aux écoliers, incapables de les goûter et de les entendre.
Mais s'il est vrai que les jeunes gens ne sont point pour la philosophie morale des auditeurs convenables , ils le sont encore moins pour la politique, avant qu'ils aient été imbus de la religion et de tous les principes qui concernent les mœurs et les devoirs. Autrement il est à craindre que leur jugement ne se déprave de bonne heure, et qu'ils ne viennent ensuite à se persuader que toutes choses sont indifférentes ; qu'il n'est entre elles aucsne différence morale qui soit fondée sur la vérité et la réalité ; et que tout doit être mesuré par l'utilité et le succès , conformément à ce qu'ont osé supposer
quelques politiques, tels que Machiavel
C'est pour n'avoir pas connu à fond la religion et la morale, avant de commencer l'étude de la politique , que les jeunes gens
élevés dès leurs premières années à la cour des princes et daïis le tourbillon des affaires, sont si rarement honnêtes et vertueux dans le fond de l'âme; que serait-ce donc s», au défaut d'une éducation chrétienne, se joignait encore la lecture de livres pernicieux V