LA MOUT
Ser.n. fid. cap. 2.
Méditer sur la mort, considérée comme la punition du péché et le passage de cette vie à une autre, est un exercice également pieux et salutaire: mais il y a autant de faiblesse que d'inutilité à la craindre, si on la considère comme une dette de la nature
Un fait très-digne de remarque, c'est que toutes h s passions de l'homme, et même les plus faibles, se montrent supérieures à la crainte de la mort : la mort n'est donc pas un ennemi si formidable, puisque l'homme esl environné d'une multitude d'athlètes qui luttent contre elle avec tant d'avantage. La vengeance triomphe de la mort, l'amour la méprise, l'honneur l'ambitionne, la crainte de l'ignominie la préfère, le profond chagrin la fait envisager comme un refuge, la frayeur t'anticipe, el la foi la reçoit avec joie
Il faut encore joindre à tous les avantages que procure la mort, celui d'ouvrir la porte à la renommée, el d'éteindre l'envie. Extinctus ameibitur idem. Le même homme qui était hai pendant sa vie, sera aimé après sa mort ; mais surtout le nunc dimittis est le plus doux de tous les cantiques, pour un homme qui est enfin parvenu à l'accomplissement de ses désirs, et qui n'avait que des désirs honnêtes (1). Ainsi pensaient les sages du paganisme ; mais malheur à celui qui à la mort , n'aurait que de telles consolations, puisqu'il n'y a que la vraie religion qui puisse en procurer de solides.
(I) Celle dernière plirase se lit dans la traduction des Essais de mm aie, imprimés chez Bleuet, 179ù; niais nous avouons qu'elle ne se trouve pus dan- 1rs exemplaires lalins et anglais que nous avons sous le;s yeux, non plus que ce qui est du plus haut, que la loi reçoit la mort avec joie.