‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 199 sur 454 · NEUVIEME ET DERNIER LIVRE DU · texte numérisé non relu

NEUVIEME ET DERNIER LIVRE DU

de Âugmentis Scienliarum.

1° De l'usage légitime de la raison dans 1rs choses divines ; 2" des degrés de l'unité dans la cité de Dieu ; 3° des émanations des Ecritures.

Nous avons fait, grand prince fl), avec un petit vaisseau tel que le notre, le tour entier des sciences de l'ancien et du nouveau monde (la postérité jugera avec quel succès); il ne nous reste, après avoir terminé une si longue course , qu'à nous acquitter de nos vœux.

Cependant nous n'avons pas rencontré sur notre route la théologie sacrée ou inspirée : il est vrai que celte science n'a point fait partie des connaissances qui ont tant illustré les deux fameuses époques du règne des lettres chez les Grecs et les Romains. Celle science qui, après tous les travaux et toutes les courses de l'homme dans ce monde, est l'heureux terme, le port illustre où il vient aboutir et goûter le repos, n'a point été connue des anciens ; un aussi grand bonheur ne leur a pas été accordé Mais si nous voulions faire aussi de cette science l'objet de nos recherches et de nos travaux, il faudrait abandonner la barque de la raison humaine, et monter dans le vaisseau de l'Eglise; lui seul est pourvu de la boussole divine qui serait nécessaire pour diriger sagement notre course; les étoiles de la philosophie, à la clarlé desquelles nous avons presque toujours marché jusqu'à présent, ne nous fourniraient pas une lumière suffisante.

Il serait donc très-convenable de ne point nous ingérer à parler de la théologie ; mais d'abord nous nous abstenons des divisions par lesquelles nous débutions en traitant de chaque science ; et de plus, le peu que nous nous proposons d'en dire, d'après nos faibles lumières, se bornera à exprimer des vœux. Il est encore d'autant plus raisonnable de nous en tenir là, que dans le corps de la théologie il n'y a point absolument de région ou de partie qui soit entièrement déserte ou inculte, tant les hommes ont été empressés d'y semer du froment ou de l'ivraie. Nous

(1) Le roi Jacques I", dans imites les parties du

à qui H adresse la parole lia. le De Aitgm. Se.

proposerons donc seulement (rois appenaices ou suppléments ; il ne s'agira pas même dans ces appendices, des matières qu'on traite ou qu'on devrait traiter dans la théologie. Nous indiquerons seulement la manière dont il conviendrait de les traiter; nous ne citerons point non plus d'exemples et ne donnerons point de règles , ainsi que nous l'avons fait dans les autres traités; nous laisserons cette partie aux théologiens de profession ; et nous répétons encore une fois que notre travail se bornera à faire connaître simplement ce que nous désirerions.

1° Le domaine absolu de Dieu comprend l'homme tout entier et ne s'élend pas moins sur sa raison que sur l'a volonlé humaine ; de là il suit que l'homme doit renoncer entièrement à lui-même, pour ne suivre et û'écouter que Dieu ; et par une conséquence ultérieure, qu'ainsi que nous sommes obligés d'obéir à la loi divine , malgré les répugnances de notre volonté, nous sommes aussi obligés d'ajouter foi à la parole de Dieu, malgré les répugnances de la raison : si nous croyons seulement des choses qui sont manifestement d'accord avec notre raison, c'est alors aux choses mêmes que nous donnons noire assentiment, et non pas à celui qui rend témoignage de leur vérité ; nous ajouterions bien foi de cetle manière à des témoins dont la probité nous serait cependant suspecte.

Mais celte foi qui, dans Abraham, fut imputée à justice (Gen., XV, 6), avait pour objet des choses que Sara jugeait absurdes, et Sara était en ce point une sorte d'image de la raison humaine. Plus donc un mystère divin nous paraîtra absurde et incroyable, plus en le croyant nous rendrons d'honneur' à Dieu, et plus la victoire de la foi sera glorieuse. C'est ainsi que les pécheurs qui attendent fermement leur salut de la miséricorde divine , honorent Dieu , et l'honorent d'autant plus, que leur conscience leur reprocherait plus de crimes ; car c'est un principe que toute espèce de désespoir est nn outrage fait à la Divinité.

Je vais encore plus loin ; si nous voulons y faire une sérieuse attention, nous jugerons qu'il y a encore plus de noblesse à croire qu'à savoir, de la manière dont nous savons; effectivement dans la science, l'esprit humain s'appuie sur le témoignage des sens mis en aclion par les choses matérielles , au lieu que dans la foi, il s'appuie sur le témoignage d'une substance spirituelle, qui est un agent bien plus noble que les corps. Il en sera autrement dans l'étal de la gloire ; la foi cessera alors, et nous connaîtrons comme nous sommes connus (I Cor., I, 12, 13).

Concluons donc que la théologie sacrée doit se puiser dans la parole et les oracles de Dieu, et non dans la lumière de la nature ou le dictamen de la raison. 11 est écrit : Les deux racontent la gloire de Dieu, mais il n'est point écrit : Les deux racontent la volonté de Dieu (Ps. XVIll). Quand it s'agit de connaître celte volonté, on renvoie à la foi et aux témoignages. Au reste, celte doctrine a lieu

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CHRISTIANISME DE BACON

aon seulement à l'égard des grands mystères, lels que la Trinité , la Création , la Rédemption; mais encore à l'égard de la partie la plus parfaite de la loi morale : Aimez vos envernis; faites du bien à ceux qui vous haïssent, afin d'en agir comme de dignes enfants de votre père céleste qui fait tomber la pluie sur les justes et les injustes (Matth. ,'V , kk). Certainement on peut bien appliquer à ces paroles ce témoignage glorieux : Ce n'est pas ici la parole d'un homme (Jean, VII , 46) ; car ce langage ne peut être dicté par la nature, ni intelligible par ses lumières. Nous yoyons même que les poètes païens, surtout dans leur enthousiasme, se plaignent assez souvent que leurs lois et leur morale, qui sont cependant bien moins exigeantes et moins sévères que les lois divines, contrarient avec une sorte de malignité la liberté de la nature : et ce que la nature accorde, les lois jalouses le refusent, disent-ils. Et quod natura remittit, invida jura negant. C'est dans le même esprit que l'Indien Didamis disait aux envoyés d'Alexandre , qu'il avait bien entendu parler de Pythagore et des autres sages de la Grèce, et qu'il croyait volontiers qu'ils avaient été de grands hommes ; mais que cependant on pouvait leur reprocher d'avoir eu trop d'égard et trop de respect pour une certaine chose fantastique qu'ils' appellent la loi et la morale : aussi ne doit-on pas douter qu'une grande partie de la loi morale ne soit trop élevée pour que la lumière de la nature puisse monter jusqu'à elle.

On dit cependant assez communément que les hommes ont, par la lumière et la toi naturelles, quelques notions de la vertu et du vice, de la justice et de l'injustice, du bien et ilu mal, et cela est très-véritable; mais il laut observer que ces mots, lumière delà nature, ont une double signification. 1° La lumière de la nature signifie la clarté, en tant rjue cette clarté provient des sens, de l'intuction, de la raison, des raisonnements, <clon les lois du ciel et de la terre. 2° Elle signifie la clarté, en tant que cette clarté •inane d'un instinct intérieur de l'âme huitaine, suivant les lois de la conscience, laliielle conscience est une sorte d'étincelle t comme un reste de notre ancienne et première intégrité. C'est en prenant la lumière lans ce dernier sens, qu'il est principalenent vrai de dire que l'âme a quelque lunière pour connaître et discerner ce qu'il y i de plus parfait dans la loi morale, quoique ette lumière soit encore assez obscure et i'lle, qu'elle sert plulôtànous reprocher juslu'à un certain point nos vices, qu'à nous 'flairer pleinement sur nos devoirs : d'où il .iut conclure que la religion, soit qu'on envisage ses mystères, soit qu'on considère sa morale, n'a sa source et son garant que dans la révélation divine.

Cependant la raison humaine , dans les choses divines, a plus d'un usage, et cet usage même s'étend fort loin; ce n'est pas sans raison que l'Apôtre appellera religion un culte raisonnable de Dieu (Rois, XII, 1). (Ju'on se rappelle les cérémonies et les figu-

res de l'ancienne loi , elles étaient raisonnables et significatives, bien différentes en cela des cérémonies de l'idolâtrie et de la magie, qu'on peut dire avoir été sourdes et muettes, en ce sens qu'elles n'enseignaient le plus souvent aucune vérité. La religion chrétienne, si supérieure en tout aux autres religions, l'est encore en ce point, que dans l'usage de la raison et de la discussion qui est une fille de la raison, elle garde un juste milieu entre la religion païenne et la religion mahométane qui donnent l'une et l'autre dans les deux extrémités. La religion païenne, on le sait, n'avait rien de fixe et de constant dans sa foi et sa doctrine; et la mahométane interdit toute dispute sur la Divinité : la première n'offre donc qu'un amas d'erreurs qui n'ont même rien de précis ; et la seconde se présente avec toutes les apparences que son auteur était un imposteur adroit qui a pris des précautions pour que son imposture ne fût point découverte; au lieu que la religion chrétienne admet ou rejette l'usage de la raison et la discussion, suivant les circonstances et sous la condition qu'on se renfermera toujours dans de justes bornes.

La raison humaine , dans les choses qui appartiennent à la religion, a aussi deux sortes d'usages : le premier se rapporte à l'explication des mystères, et le second aux conséquences qu'on en tire. 1° Nous voyons que Dieu n'a pas dédaigné de s'abaisser à la portée de notre laible entendement, en proposant ses mystères d'une manière qui permet de nous en former une juste idée, en inoculant, si on peut s'exprimer de la sorte, les vérités qu'il nous révélait dans les compréhensions et les notions de la raison , et en adaptant, pour ouvrir notre intelligence, ses inspirations à notre esprit, en quelque sorte comme on adapte la figure d'une clé à la figure d'une serrure.

Nous ne devons pourtant point ici nous manquer à nous-mêmes ; et puisque dans les révélations dont Dieu nous favorise, il veut bien employer le service de notre raison, nous devons la tourner et retourner en toute manière, afin de la rendre plus capable de recevoir ces mystères et de s'en pénétrer : pourvu cependant que dans ce travail, nous cherchions à dilater autant que nous pourrons notre esprit, pour le proportionner à la grandeur des mystères; et qu'au contraire nous ne cherchions pas à rétrécir ces mystères pour les proportionner à la petitesse de notre esprit.

Mais s'il s'agit de tirer des conséquences , nous devons savoir que, par rapport aux mystères, Dieu ne nous permet un usage de la raison et du raisonnement, que secondaire et en quelque sorte relatif, et non point primitif et absolu : ce n'est qu'après que les articles et les principes fondamentaux de la religion ont été reconnus et disposés en ordre, sans qu'il ait été et qu'il soit jamais permis.à la raison de les soumettre à l'examen, qu'il nous est permis d'en déduire et d'en tirer des conséquences selon leur propre

OEUVRES COMPLETES DP M KMEIVY.

r;si

analogie. Cela n'a point lieu dans les sciences naturelles, les principes eux-mêmes y sont assujettis à l'examen , par induction cependant , et non pas par syllogisme : car puisque ces principes n'ont aucune opposition avec la raison, on ne voit pas pourquoi on ne pourrait point tirer de la même source, c'est-à-dire de la raison, les principes ou les premières propositions elles-mêmes, aussi bien que les propositions qui en dérivent. 11 en est autrement dans la religion où les. premières propositions sont subsistantes par elles-mêmes, cl de plus , ne sont pas sous le régime de celle raison qui s'occupe à tirer les conclusions des principes.

Ce n'est pas seulement dans la religion, c'est encore dans les sciences, dans celles mêmes qui sont le moins sérieuses, que les premières propositions sont données, et non établies : placita, non posila. Car l'usage du la raison, à l'égard de ces propositions premières, ne peut pas être absolu : ainsi dans le jeu des échecs, par exemple, et dans d'autres jeux semblables, les premières règles et les premières lois du jeu sont entièrement positives et de pure convention : on les reçoit et on n'en dispute pas (1) ; mais l'habileté dans

(I) L'auteur de l'Analyse rend ainsi celte pana', t. i, chap. 7.

c Dieu s'est réservé les fondements de noire « croyance, sans qu'il nous suit permis de les lui

< contester. 11 faut au moins accorder à la théologie

< le privilège qu'a le jeu des échecs, où l'on ne disi pute pas des principes : les mystères établis, que f la raison s'exerce, et la religion aura beau jeu

< contre l'impiété.

« Les mystères sont donc les conventions de Dieu, « comme les lois sont les conventions des rois, y ni « peut leur en demander compte?... Ll l'on ose « interroger Dieu sur ses décrets ! i

Pour peu qu'on connaisse le langage de nos philosophes modernes, on sent l'oit bien que l»nl cela n'est qu'un persiflage île la religion; mais : 1° où est la bonne foi quand on s'annonce comme faisant l'analyse d'un auteur, de travailler expressément à insinuer des sentiments qu'on sait bien être diamétralement opposés à ceux qu'il professe, et que présente sou texte, ainsi que nous l'avons déjà observé quelquefois? 2° Où est le prétexte, le fondement du ridicule qu'on voudrait jeter ici Sur la théologie et sur les mystères? N'est-il pas une infinité de vérités, dans l'ordre même de la nature, qui surpassent tonte l'intelligence humaine? Dieu ne peut-il pas révéler aux hommes une de ce* vérités ; et quand les hommes auront constaté la révélation, ne devront-ils pas croire fermement le point révélé sur l'autorité de Dieu? Ne mettront-ils pas alors ce point en principe, et permettront-ils à la raison de le discuter et de le soumettre à son examen V L'ollite de la raison, le devoir d'un théologien à l'égard de ce point, ne se bornera-l-il pas alors à en faiie des applications sages ei à eu tirer des conséquences légitimes? Y a i-il rien de plus juste que l'exemple qu'apporte Bacon des lois et du jeu d'échecs? II y a dans les lois et les jeux, des principes, des points convenus dont ou ne dispute pas. La raisOii des joueurs et des jinï-coiisultes n'est pas pour cela sans exercice; elle s'exerce sur l'application et les conséquences de ces principes, cl le plus habile est celui qui en tire le mieux des conséquences. La théologie et les théologiens sont dans le même e.is. En vérité, pour trouver dans ce procédé une matière de plaisanterie, il faul être déterminé à plaisanter de tout.

l'appiiêaiion de c„s régies, et le gain de i;x partie, appartiennent au domaine de la raison, et en sont entièrement dépendantes. 11 en est encore de même dans les lois humaines ; elles renferment beaucoup de maximes, comme on dit, c'est-à-dire de pures suppositions de droit, qui sont fondées sur l'autorité plutôt que sur la raison, et dont en conséquence on ne dispule point; mais s'agit-il de déterminer ce qui est le plus juste, non en soi-même, mais relativement, c'est-à-dire d'après l'application et les conséquences de ces maximes, alors la question devient tiu ressort de la raison, et un vaste champ s'ouvre à la dispute : telle est donc cette rai*< :i que nous appelons secondaire, qui a lieu dans la science de la théologie sacré,' . science qui est toute fondée sur les placiu de la Divinité.

Mais si dans les choses divines la raison a deux sortes d'usages, l'usage de la raison est aussi sujet à deux sortes d'abus : le premier est de rechercher avec plus de curiosité qu'il ne convient le comment des mystères; le second, c'est de donner autant d'aulor;lo aux conclusions qu'aux principes. D'un côté ce serait être disciple de Nicode'me que de chercher obstinément comment un homme pourrait nattre-lorsqu il est vieux (Jean, M, k) ; et d'un autre côté, on ne serait point censé disciple de saint Paul, si dans le cours de la doctrine qu'on enseigne, ou n'intercalait quelquefois cette clause, moi, et non pas le Seigneur, ou bien celle-ci (Cor., VII, 12, 40) , selon mon conseil; quand on met en avant des propositions qui ne sont que des conséquences, il convient de s'exprimer le plus souvent avec cette modestie et cette réserve.

Je conclus de là qu'un traité court et exact sur l'usage de la raison humaine dans les questions de théologie aurait une trèsgrande utilité. Ce serait une espèce de dialectique divine qui remplirait l'office de ce qu'on appelle en médecine un lénitif ou. un calmant. A la faveur de celle dialectique, on assoupirait les disputes inusiles qui s'élèvent quelquefois dans les écoles, et on tempérerait un peu l'excessive chaleur des controverses qui troublent l'Eglise.

Un semblable traité est un de ceux auxquels nous désirons qu'on travaille; nous l'appelons Sophrone, ou du légitime usage de la raison dans les choses divines.

2U II importe extrêmement à la paix de l'Eglise d'appliquer clairement et de bien entendre l'alliance ou l'union entre les chrétiens, prescrite par Noire-Seigneur et renfermée dans ces deux chefs, qui présentent au premier coup d'oeil une apparence de contradiction : Celui qui n'est pas avec nous est contre nous (Malt., XII, 30j : Celui qui n'est pas contre nous est avec nous (Luc, IX, 50)'. Il suit manifestement de ces deux textes, qu'il est des articles tels, que le chrétien qui les rejette, par là même est censé hors de l'union ou de l'alliance ; mais aussi qu'il en est d'autres dont on peut ne point convenir, sans que l'union soit rompue. On sait oue

o'So

ies biens de la communauté chrétienne sont u»e>foi, un baptême, et non pas un rit, une opinion (Eph., IV, 5). Nous observons aussi que la tunique du Seigneur est sans couture, et que l'habillement de l'Eglise est de diverses couleurs; la paille dans l'épi peut être séparée du froment plus tôt ou plus tard

CHRISTIANISME DE BACON

mais dans le champ l'ivraie ne doit pas être arrachée dans le moment même. Moïse vo;t un Egyptien qui disputait avec un Israélite; :1 ne leur dit pas : Pourquoi disputez-vous ? :nais ayant aussitôt tiré son épée, il mit à mort l'Egyptien. Il aperçoit quelque temps après deux Israélites qui avaient entre eux: une vive altercation : quoiqu'il ne lût pas possible qu ils eussent raison l'un et l'autre il leur tint cependant ce langage : Vous êtes frères, pourquoi disputez-vous (Exode,

Si l'on veut bien réfléchir sur l'observation que nous venons de (aire, il paraîtra qu'il serait d'une grande importance et d'un grand us;ige de déterminer quels sont les points qui retranchent entièrement les hommes de l'Eglise, et les excluent de la communion des fidèles, et quelle est l'étendue de ces points Ouelqu un dira peut-être que ce travail est tait depuis longtemps ; mais on le prie d'examiner attentivement si on a procédé dans ce travail avec la droiture et la modération convenables.

Cependant il est vraisemblable que celui qui voudrait aujourd'hui parler de paix recevrait la réponse que Jéhu fit à l'envoyé du ro. d Israël qu. lui demandait s'il apportait la paix : Qu'ya-t-il de commun, lui répondit-.! , entre toi et la paix? Passe derrière moi, et marche a ma suite : quid tibi et naci transi et sequere me (IV Rois, IX 18) ? Il est vraisemblable, dis-je\ qu'il 'recevrait cette réponse, parce qu'aujourd'hui la plupart des hommes sont fort touchés des intérêts de leur part., et fort peu des avantages de la

paix. °

rfiSf é#^?' T trailé des dearés de ^nité

dans la cite de Dieu nous paraîtrait avantageux et utile. Ce traité, qui est un de ceux dont nous désirerions la composition, pourrait encore avoir pour titre : Irénée, ou le

racifique.

3° Les saintes Ecritures sont d'une si grande importance dans toute la théologie qu on doit s'occuper avant tout de leur interprétation : nous ne parlerons point dans ce moment de l'autorité de les interpréter, nue nous croyons fondée dans le consentement de I Eglise; nous ne parlons que de la manière de les interpréter. Cette manière est de deux sortes : j appelle l'une méthodique, et 1 autre libre et naturelle. l

Dans ces sources divines, infiniment plus précieuses que les puits de Jacob, on puise les eaux, et on les distribue à peu près comme on pu.se et on distribue les eaux nature liés des puits. Ces eaux, ou bien sont d'abord etée quu„d on ics ( fe> dang deg ^ .£

veurdenir C'1SU"e Ies ""^bner àla fa-

mod.té 7 eU''S caJîaux' p"'iout où Ia »mmoaite i exige; ou bien on les verse aussitôt

OEUVRES COMPL. LIE fil. Iîmit..

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dans des vases, pour être prêts à servir a-i besoin sans aucun intermédiaire. Cette première manière que nous appelons méthodique, nous a valu enfin la théologie scolas

rEcrii„Crf e^°l0Sie CIui'afJrès a™r li^e l Heriture et dispose avec ordre toutes les

part.es de la doctrine chrétienne, le ^renfermeet les tient dans une espèce de réservoir d ou les principes et les différentes Jro-

zt°;irvent easuite se "^ ^

Dans la manière d'interpréter la sainte Ecriture que j'appelle libre, il y a deux ahus a éviter : 'un qu suppose une telle perte"! ion, une telle plénitude dans la sainte Ecriture, qu on doit en tirer toute la philosophie et que toute autre philosophie qui ne serait point puisée dans cette source doit être regardée comme une chose profane et ressentant le pagan.sme. C'est surtout Paracelse avec son école qui est tombé dans cet excès • plus.eurs autres ont ensuite marché sur ses traces, quoiqu'il faille convenir qu'au fond ce sont les rabbins et les cabalistes qui les premiers ont donné naissance à cet abus. 4u reste, ces gens-là n'obtiennent pointée qu'ils prétendent: .ls veulent sans doute faire honneur aux saintes Ecritures, et ils ne voient pas que par cette conduite ils les déprécient plutôt et les prota.ient. Quiconque cherche le ciel matériel et la terre dans la parole de Dieu dans celle parole dont il est dit : Le ciel et la terre passeront, mais ma parole sera éternelle et ne passera jamais (Luc, XXI 33) cherche bien inconsidérément les choses passagères parmi les éternelles ; et s'il est vrai de dire que celui qui chercherait la théoog.ee est-a-dire la science des choses révélées dans la philosophie, en agirait comme un homme qui chercherait les vivants parmi les morts, il n'est pas moins vrai de dire que celui qui, au contraire, chercherait la philosophie dans la théologie, ressemble à celui qui chercherait les morts parmi les vivants

E autre manière d'interpréter la sainte iicriturc, et que nous regardons comme un abus, parait au premier coup d'œil prudente et irréprochable; elle déshonore cependant ces ivres divins, et fait un très-grand tort à J ngl.se. Cette manière vicieuse, pour dir« outen un mot, consiste à expliquer les Ecritures qui ont Dieu pour auteur, comme on explique les écrits qui ont pour auteurs les hommes.

II faut bien se souvenir que deux choses sont parfaitement connues de Dieu, qui sont entièrement inconnues aux hommes, les secrets des cœurs et les révolutions des temps ■ d ou je conclus que les paroles de ia sainte Ecriture étant véritablement écrites au cœur de 1 homme, et renfermaat les vicissitude* de ous les siècles, avec une éternelle et infaillible prescience de toutes les hérésies do toutes les contradictions, de tous les changements et de toutes les variations qui auront lieu dans l'Eglise, tant en son corps quen chacun des élus; je conclus, dis-ie qu on ne doit point les interpréter d'après 1 étendue seulement et le sens naturel du

texte, soit en remarquant à quelle occasion les paroles ont été prononcées, soit en examinant ce qui précède et ce qui suit dans le texte, soit en considérant le but principal de celui qui parle; mais on doit encore, en les interprétant , ne perdre jamais de vue cette vérité importante , que les Ecritures saintes renferment dans la totalité ou la collection, et de plus encore, dans chaque partie, dans chaque période même et chaque parole, une infinité de sens et de vérités, destinés à l'instruction et à l'édification de chaque partie de l'Eglise, et de chacun de ses membres.

On a judicieusement observé que les réponses de notre Sauveur, lorsqu'on l'interrogeait, paraissent assez souvent hors de la question proposée (1). On peut assigner deux raisons de cette conduite : la première, c'est que notre Sauveur, connaissant immédiatement et en elles-mêmes les pensées de ceux qui lui adressaient des questions, et non pas seulement par leurs paroles, qui est la seule manière dont les hommes puissent les connaître, il répondait d'après leurs pensées, et non précisément d'après leurs paroles; la seconde (et qui fournit la preuve de ce que nous avons avancé plus haut), c'est qu'il ne parlait pas seulement à ceux qui étaient alors présents ; il parlait encore à nous qui vivons aujourd nui, el aux hommes de tous les âges et de tous les lieux, à qui l'Evangile devait être annoncé. Ce que nous venons d'observer sur les réponses de Notre- Seigneura lieu aussi dans d'autres parties tle la sainte Ecriture.

Après ces observations préliminaires, je viens au traité que je désirerais sur la sainie Ecriture. Nous avons assurément parmi les écrits de théologie un nombre assez grand et même trop grand, de livres de controverse; nous possédons de plus un corps immense de cette théologie que nous avons appelée positive: nous avons aussi des traités particuliers, des cas de conscience, des sermons, des homélies , enfin des commentaires sur l'Ecriture

sainte en grand nombre et d'une très-grande étendue

Mais voici ce que nous désirons : une collection courte, saine et judicieuse de notes el d'observations sur les textes particuliers de l'Ecriture, dans laquelle collection on ne su jetterait point sur les lieux communs, on ne traiterait point la controverse, et on ne chercherait point encore à lier et à réduire en corps ces observations; mais on les laisserait dans leur état naturel et parfaitement isolées les unes des autres. J'avoue que ce que je désire a bien été déjà ébauché dans les sermons de quelques savants hommes ; mais ces sermons le plus souvent passent avec leurs auteurs, et le plan que je propose n'a encore été exécuté dans aucun livre destiné à passer à la postérité.

J'ajoute une comparaison : les vins qui coulent, lorsqu'on commence à fouler aux pieds la vendange, sont bien meilleurs que ceux qui ne coulent qu'après l'action redoublée du pressoir, parce que la peau et le grain du raisin pressés, communiquent à ceux-ci quelque chose de leur âcreté : il en est de même des vérités et de la doctrine qui coulent facilement de l'Ecriture sainte, sans qu'il ait été besoin delà presser, et qui ne sont point tournées vers les controverses, ni réduites en lieux communs; rien assurément de plus salutaire et de plus suave que ces vérités et cette doctrine.

Le traité que je désire, et qui remplira l'objet proposé, je l'appellerai les outres célestes oit les émanations de la sainte Ecriture.

C'est par ces observations sur la théologie que je termine mon ouvrage. Il ne ine reste qu'à lever mes mains suppliantes vers le Dieu immortel, et à le conjurer par Jésus- Christ son Fils et notre Sauveur de jeter un regard de bonté sur mes travaux littéraires comme sur des victimes que mon entendement lui offre : la religion est le sel dont je les ai assaisonnés, et je les immole à sa gloire (1).

(I) Voici li partie de l'analyse analogue au telle : < Les réponses de Jésus-Cbrisi n'étaient pas toujours

c directement conformes aux questions qu'on lui « faisait; souvent même elles ne regardaient pas

< ceux qui l'avaient interrogé. Le texte de l'Evangile

< ne dit pas aussi quelquefois ce qu'on prétend y lire ; t il ne renferme pas tout le sens qu'il présente au

< premier coup d'ail, ou qu'on lui prête après bien des i tortures. Comment résoudra- t-il donc les controverses? i Jésus-Clirist a parlé pour les hommes de tous les

< temps : c'est à eue de l'entendre. T. i. chap. 7. p 81. > Nous prions nos lecteurs tle vouloir bien relire le

texte de Bacon ; c'est pour la dernière fois que nous sollicitons celte complaisance, et nous demandons ensuite, 1° s'il est vrai que Bac<m dise que les réponses de Noire-Seigneur souvent ne regardaient pas ceux qui l'avaient interrogé? Bacon dit seulement que Noire- Seigneur, dans ses réponses, avait encore d'autres personnes en vue. 2°-Voicnt-ils quelques traces dans le texte de Bacon , de tout ce qui est imprimé en italique. 5° Celle addition de l'auleur u'est elle pas. dans le fond, une critique, de l'Evangile, aussi amere t|ue mal fondée; et peut-on sans manquer à l'honnêteté, à la vérité et à la justice, faire tenir à Bacon un temblalde. langage?

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