‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 201 sur 454 · NS · texte numérisé non relu

NS

vents de doctrine (Eph., IV, h), criblant pour ainsi .dire, et vannant la foi des hommes, montre quels sont ceux qui pensent sainement de la Divinité : de même que l'épreuve de l'affliction sert à faire connaître ceux qui sont plus attachés à Dieu qu'au monde.

gn:\he des disputes qui, au temps de bacon, agitaient l'église d'angleteriie. moyens généraux de les terminer.

An advertissement touchinn the controversies, etc., pag. '108.

Telles sont, nos disputes religieuses, qu'il est bien moins nécessaire de rappeler cette règle et cette sentence générale de Jésus- Christ prononcée contre tous les hérétiques : Vous vous trompez parce que vous ne connaissez pas les Ecritures ni la puissance de JJieu (Matth., XX11, 29), que de rappeler cet avertissement de S. Jacques : chacun de nous doit être prompt à écouler, lent à parler, et lent à se mettre en colère (Jac, 1, 19). La plaie de notre Eglise véritablement n'est point dangereuse, à moins que nousnei'envenimions par nos remèdes : et comme nos adversaires n'ont point droit de triompher de nos divisions, j'ai droit aussi d'espérer que rien ne nous déplaira à nous-mêmes de tout ce que je vais franchement et modestement proposer dans la vue de faire cesser ces mêmes divisions ; si quelqu'un parmi nous se trouvait offensé de ces paroles amicales, vous êtes frères, pourquoi disputez-vous ? il donnerait un juste sujet de présumer qu'il est lui-même la partie qui fait tort à ses frères.

Je n'entrerai point dans le fond des controverses, persuadé que la maladie demande du repos plutôt que tout autre remède : nous savons et nous confessons tous, qu'au moins ces controverses ne sont pas de la plus haute importance ; car elles ne concernent point les mystères de la foi, et à cet égard elles ne ressemblent point à celles qui, après la paix donnée par Constantin, ont occupé les Eglises pendant plusieurs années. Les hérétiques élevèrent alors une multitude de questions purement curieuses , analomisèrent , pour ainsi dire, la nature et la personne de Jésus- Christ, et forcèrent les pères de l'Eglise, pour prévenir tous leurs subterfuges , de mettre dans les définitions de la foi la précision la plus subtile, et de les prendre dans leur propre labyrinthe. Ce n'est pas sans quelque raison qu'on a dit qu'alors il fallait de l'esyrit et de la subtilité pour être chrétien. III is temporibus ingénia sa res fuit esse christianum.

Nos controverses, qui n'ont donc pas pour objet les grands mystères de la Ici, ne regardent pas non plus les grandes parties du culte divin, je veux dire ces parties qui fondent à dire qu'on ne conserve point l'unité dans la foi, si on ne la conserve dans le culte. Non servatur imitas in exedendo, nisi eadem adsit in colendo. On peut citer en exemple des controverses qui ont pour objet des points importants de celte espèce , cel'e de l'Eglise

CHRISTIANISME DR TîAOON. S9B

orientale et de l'Eglise occidentale au sujet des images , et plusieurs encore des controverses que nous avons avec l'Eglise romaine, telle que celle qui a pour objet l'adoration du sacrement de la Cène.

Mais sur quoi disputons-nous donc , et sommes-nous divisés ? Sur des cérémonies et des points indifférents en eux-mêmes, sur le gouvernement et la police extérieure de l'Eglise : or, si nous voulions bien nous rappeler ici que les anciens et véritables liens de l'unité sont une foi, un baptême, et non pas une cérémonie, une discipline {Eph., IV, 5) : si nous voulions remarquer que le mot de ralliement et de réunion entre les chrétiens est cette sentence , qui a pour auteur notre Sauveur lui-même, celui qui n'est pas contre nous est avec nous (Marc, IX, 39) : si nous pouvions bien comprendre ces deux vérités, que la différence dans les rits fait l'éloge de l'unité dans la doctrine, dijferentiœ rituum commendant unitatem doctrimv, et que la religion a des choses qui appartiennent au temps, et d'autres qui appartiennent à l'éternité ; habet religio quœ sunt œternilalis, habet quœ sunt temporis ; si nous connaissions bien tous les avantages du silence et de cette lenteur à parler, tant recommandée par S. Jacques , nos controverses se termineraient d'elles-mêmes et auraient une heureuse issue; elles l'auraient, surtout si nous voulions renoncer à cet esprit de présomption et de trouble, si commun dans ces temps, et faire revivre le bienheureux usage des apôtres et des pères de la primitive Eglise, qui était dans des cas semblables et dans des cas plus importants encore , de ne point décider ni trancher, mais de donner seulement des consens et des avis ; alors nous n'aurions besoin pour guérir nos maux , d'aucun autre remède. Mon frère, si ce que vous me proposez comme conseil, vous l'affirmez en même temps comme un dogme certain, sachez que je dois des égards et celui qui conseille; mais je ne dois point de foi à celui qui affirme. Si eadem consulis, fraler, quœ affirmas, consulenti ilcbetur reverentia, cum non ilebeatur fides affirmanti. S. Paul se contentait souvent de dire : moi, et non pas le Seigneur, ego, non Dorninus (I Cor., VII. 12) : suivant mon conseil, seeundèim consilium meum (I Ibid. . hO). Mais aujourd'hui , les hon"imes disent avec une légèreté excessive, ce n'est pas moi, c'est le Seigneur lui-même qui l'ordonne, non ego. sed Dominus : et ils accompagnent encore, leurs déclarations de grandes menaces des jugements de Dieu, sans doute pour épouvanter les simples qui ne connaissent pas cette sentence de Salomon : La malédiction sans cause est une malédiction sans effet.

Puis donc que l'état dangereux où nous sommes ne tient point aux choses elles-mêmes et considérées dans leur propre nature, mais uniquement à des points accessoires et purement accidentels, c'est à ces derniers pointsqu'il convient d'appliquer les remèdes, en faisant connaître ce qui de chaque côté contribue à entretenir la plaie, aigrit de plus en plus les deux partis et produit <ians les

Page 1