‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 213 sur 454 · Tome IV, page · texte numérisé non relu

Tome IV, page

Ceux qui attaquent le gouvernement acluel de l'Eglise d'Angleterre ne se sont pas retranchés eux-mêmes du corps et de la communion de celle Eglise; mais ils affectent certains signes de reconnaissance et certaines particularités, à l'aide desquelles ils cherchent à former une société particulière; et on a raison de dire qu'il y a des procédés schismaliques, aussi bien que des opinions schématiques ; tàm sunt mores quidam schisviatici quàm dogmata scliismatiea.

D'abord, ils se sont appropriés les noms de zélés, de sincères et de réformés, comme si tous les autres hommes ne distinguaient point les choses saintes d'avec les profanes, et faisaient profession d'aimer les abus. Si

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un homme possède d'éminentes vertus et abonde en bonnes œuvres, mais cependant n'entre point dans leurs sentiments, ils l'appellent pour le déprimer, un homme honntte , un homme moral; ils le comparent à Socraleou à quoique autre philosophe païen: tandis que la divine sagesse dans les Ecritures, nous enseigne qu'on doit juger de la religion des hommes et les qualifier, d'après les œuvres de la seconde table, plutôt que d'après celles de la première ; parce que celles-ci ne sont que trop souvent imitées et pratiquées par les hypocrites. Saint Jean a dit qu'un homme se vante sans raison d'aimer Dieu qu'il n'a jamais vu, s'il n'aime pas son frère qu'il a vu (1 Jean, IV, 20) : et saint Jacques, que c'est un acte véritable de religion, île visiter les orphelins et les veuves [Jac, 1, 27). Ainsi, ce qui est dans le langage de ces réformateurs, seulement philosophique et moral, est, dans le langage des apôtres, la vraie religion et le vrai christianisme.... Ils ne se contentent pas de dégrader les hommes vertueux, en les réduisant au titre d'hommes honnêtes et moraux : les hommes vraiment et pieusement sages, qui savent les apprécier, ils les appellent aussi, dans le même dessein, des politiques ; ils publient que leur sagesse est une sagesse charnelle et tout humaine.

Si un prédicateur médite et traite soigneusement son suji't , s'il emploie une méthode , je ne dis pas purement scolaslique, car elle serait vicieuse, mais une méthode véritablement solide ; je veux dire s'il met de l'ordre et de la netteté dans la distribution de sa matière, en vue de favoriser la mémoire, s'il tourne et ramène tout à l'édification, s'il appuie tout ce qu'il avance sur des preuves solides et des témoignages irrécusables , ils censurent cette manière de prêcher comme opposée à la simplicité de l'Évangile , et ils lui appliquent ce que dit saint Paul de lasagesse humaine (1 Cor. , 1 , 17).

Mais quelle est donc la manière de prêcher qui leur est propre ? 11 faut convenir qu'ils exhortent bien, qu'ils réussissent à exciter la componction du cœur, et qu'ils amènent véritablement les hommes à leur demander : mes frères, que ferons-nous donc? viri fratres quid faciemus (Acl., II , 3) ? Mais ce n'est pas assez , ils devraient encore répondre à la question qu'eux-mêmes ont fait naître. Malheureusement ils ne le peuvent pas; car s'ils traitent les matières de controverses, on sait qu'ils ne le font que faiblement , en passant, et pour un peuple toujours disposé à se contenter de tout : s'ils traitent de la doctrine , ils ne débitent guère que des généralités, ils se repètent sans cesse : la parole de Dieu, ce pain de vie, ils le jettent çà et là, et ne le rompent jamais ; ils ne dirigent jamais leurs instructions vers ce qu'on appelle les cas de conscience, et ne travaillent pointa tranquil- •iser les hommes dans les .perplexités qu'ils éprouvent souvent sur la légitimité de leurs actions particulières. Dans le vrai, il en est parmi eux bien peu qui soient en état de le faire, Darle défaut d'une science solide ouïe

défaut d'étude et de temps. Quand ils recommandent l'observation du dimanche , et qu'ils s'élèvent contre les gains illicites, ils le font en peu de mots et d'une manière assez intelligible; mais quelles actions et quelles œuvres sont permises en ce saint jour? quels moyens de gain sont légitimes , et dans quel cas? Voilà sur quoi ils gardent le silence. Effectivement, pour traiter et éclaircir toute cette matière avec des distinctions justes et par de bonnes décisions , il faudrait , ce qu'ils n'ont pas, des connaissances étendues et un travail soutenu, une profonde méditation et un grand usage de l'Ecriture sainte; et déplus, il faudrait pouvoir mettre à profit beaucoup d'autres secours que la Providence nous a procurés, et a bien voulu conserver jusqu'à présent, pour faciliter l'instruction des fidèles. J'ajoute qu'ils ne tiennent point la balance égale quand ils enseignent au peuple ce que les lois commandent et ce qu'elles ne commandent pas ; mais ils pensent qu'on ne peut pousser trop loin tout ce qui a l'apparence d'un commandement : ils oublient qu'il y a des péchés à main droite, aussi bien qu'à main gauche; que la parole de Dieu, dont le tranchant est double, coupe des deux côtés [Apoc.,1, 16), et retranche aussi bien les transgressions profanes que les observances superstitieuses. Eh, qui doute qu'il ne soit aussi illicite de fermer ce que Dieu a ouvert, que d'ouvrir ce que Dieu a fermé? de lier ce que Dieu a délié, que de délier ce que Dieu a lié? Les hommes communément ne se tiennent-ils pas aussi offensés, quand on rejette leurs faveurs, que lorsqu'on désobéit à leurs ordres [Mat th., XVI, 19).

Ils ont, en ce genre, prononcé généralement et sans aucune distinction , que toutes les assertions non conformes à la vérité étaient illicites , malgré qu'il soit expressément rapporté dans les Ecritures que les sages-femmes d'Egypte , qui avaient fourni de fausses excuses, furent recompensées (Héb., XI, 31) ; que par sa foi, Kahab avait caché les espions ; que Salomon, dans son jugement admirable , avait usé d'une feinte ; et que IS'otre-Seigneur lui-même , pour loucher davantage le cœur de deux de ses disciples par un saint artifice, avait fait semblant d'aller

au delà d'Emmaiis

Il est un autre point dans la conduite de ces personnes, qui entraîne de grands inconvénients et de grands dangers : ils autorisent le peuple à prêter l'oreille aux controverses, et à entendre disserter sur toute espèce de doctrine, se fondant sur ce qu'on ne doit supprimer aucune partie des conseils de Dieu , ni en dérober la connaissance au peuple. Mais d'après ce principe, la différence ou la distinction que fait l'Apôtre entre le lait et la nourriture solide (Ib., V, 12), s'évanouirait donc absolument ; et le précepte qu'il donne, de ne point faire entrer le peuple dans les questions et les controverses , demeurerait sans usage.

Mais, surtout, il y a lieu de craindre que leur manière de Irai 1er l'Ecriture sainte, n'entraiue encore un plus grand désordre; car,

C03 CHRISTIANISME DE BACON

tandis qu'ils cherchent pour chaque chose des traits formels dans les saintes Ecritures ; Jtandis qu'en dégradant l'autorité des SS. PP., ils se sont privés eux-mêmes et ont privé l'Eglise des secours si avantageux qu'on peut en tirer pour entendre ces livres divins, ils s'appuient sur. des exemples sans autorité , sur des conséquences sans principes et des allusions sans fondements , et ils ruinent par là toute certitude de la religion.

Un autre excès de leur part , c'est d'exalter sans mesure ce qui est sans doute une trèsimportante et très-sainte institution, mais qui pourtant a ses homes , comme toute autre chose : nous voyons qu'ils entendent de la prédication presque tous les textes de l'Ecriture sainte, où se rencontre le mot de parole. Ils exigent si rigoureusement que le sacrement de la Cène soit précédé d'une prédication , qu'il semblerait qu'elle appartient à l'essence de la Cène. Ils ont en quelque manière anéanti l'usage des prières liturgiques, et des formes du service divin , quoique la maison de Dieu , qui lire son nom de ce qui s'y fait principalement, soit appelée une maison de prières, domus oralionis (Mat th., XXI, 13), et non pas une maison de prédication. Sur le fondement que les saints moines et les saints ermites qui vivaient dans les premiers siècles de l'Eglise, n'entendaient point de sermons, ils condamneraient comme demi-papiste , tout homme qui soutiendrait que ces moines n'étaient pas autant de profanes... Ces erreurs et ces procédés étranges, ils les soutiennent avec un attachement religieux à leurs propres idées , qui va jusqu'à ne souffrir d'opposition ou d'objection qu'avec impatience, .l'en connais même quelques-uns qui croiraient tenter Dieu, s'ils lisaient ou entendaient rien de ce qui pourrait être contraire à leurs sentiments : comme si on pouvait être fidèle à la partie de la règle donnée par saint Paul : retenez ce qui est bon , quod bonum est tenele, sans avoir auparavant observé l'autre partie, examinez tout, omnia probale.

Tout ce que je viens d'exposer peut suffire pour leur donner matière à de sérieuses réflexions sur la vérité de leurs opinions et la régularité de leur conduite. Cela peut servir encore pour diminuer les préventions et calmer l'effervescence de leurs sectateurs. Au reste, si quelques-uns de ces sectateurs prenaient de là occasion de mépriser leurs ministres et le ministère, il faudrait s'en prendre non à moi, mais à la mauvaise disposition de leur cœur.

Je reconnais que les personnes qui sont dans ce moment l'objet de mes observations, s'occupent plus que toute autre . de l'œuvre de la prédication , qu'elles ont du zèle et une véritable aversion pour ce. qui offense Dieu ; mais il faut encore qu'elles prennent garde de vérifier ce qu'a dit un de leurs adversaires, qu'elles avaient seulement deux petits défauts, défaut de charité et défaut de science. Sur la publicité à donner à ces controverses et sur la manière convenable de les traiter, je ne dirai qu'un mol. Déjà j'ai fait sentir

60G combien les bouffonneries elles pasquinades, étaient ici déplacées ; mais je répéterai encore cequej'aidéjàdit, quedes hommes remplis de cbarile étaient beaucoup plus propres quedes hommes pleins de zèle, pour terminerdes débats de cette nature. J'ajoule que ce qui n'est que personnalité, n'a jamais élé permis dans ces sortes de matières.

Enfin, quoiqu'on en puisse dire, jamais il ne sera vrai que le peuple soit un arbitre convenable des controverses. Cette fonction conviendrait bien plulôtà des assemblées particulières, modestes et tranquilles , et à des savanls qui conféreraient ensemble :1a presse alors ne gémirait plus , et la chaire ne retentirait plus de ces disputes. La prétention aux dignités d'un côté , de l'autre les passions et le désir de la gloire , ne devraient point faire continuer les défis et les cartels qu'on se donne dans les places publiques ; mais il serait plutôt a souhaiter que les prédicateurs qui ont de la modération , et qui joignent la piété à la sagesse , inculquassent et recommandassent fortement la paix , le silence et la cessalion detoule dispute ; qu'ils ne craignent point de lomber par là sous la censHrede la loi de Solon, qui obligeait, dans les sédilions , tous les citoyens à prendre un parti; qu'ils ne craignent pas qu'on calomnie leur neutralité, mais qu'ils sachent queeequ'a dit unsageest très-véritable : Les hommes qui dans les disputes conlenticuses gardent la neutralité, sont meilleurs ou pires que ceux de l'un et de l'autre parti.

J'ai exposé ce que je pense sur les controverses qui troublent aujourd'hui l'Eglise d'Angleterre, dans toute la'sincérité et la simplicité de mon cœur, sans art, sans affectation de plaire; et par là même , il est vraisemblable que je ne plairai à aucun des deux partis : mais j'ai une juste confiance de n'avoir rien dit qui n'obtienne l'assentiment de Ions les hommes sages que l'esprit de parti ne domine point, et qui aiment mieux le tout q e la partie : aussi je ne suis pas sans espér.i nce que mon travail sera de quelque utilité, du moins que je n'aurai pas à me repentir de lui avoir consacré une partie de veilles.

mes

CONSIDERATIONS SUR LES MOYENS DE PACIFIER ET DE RÉFORMER L'ÉGLISE D'ANGLETERRE , ADRESSÉES A JACQUES I", ROI D'ANGLETERRE.

Certain considération touching the letter pacification and édification ofthe church of England, etc., t. IV, p. 472.

L'unité de votre Eglise, grand prince, est une affaire qui n'est pas moins importante que l'union de vos royaumes; l'une et l'autre, intéressent également votre bonheur et votre dignité. J'ai déjà pris la liberté d'entretenir quelques instants votre Majesté sur l'un de ces objets : elle a paru m'écouter avec bonté ; cela m'inspire une juste confiance de l'entretenir de l'autre; et cette confiance augmente par la considération que cet objet m> m'est point aujourd'hui étranger et que je m'en suis déjà occupé dans un autre temps.

Salomon loue la parole qui est tittc dans le temps convenable [Prov., XXV, 11): clNotre- Seigneur. parlant du discernement des temps, a dit: Quand vous voi/cz un nuage qui s'élève du couchant, vous dites nous aurons de la pluie [Luc, XII, 5V). Ainsi votre Majesté, s'élevant à la monarchie (1) située à la partie occidentale du monde, promet une douce et féconde pluie de diverses bénédictions sur l'Eglise et sur l'état. La première rosée et les premières gouttes de celte pluie bienfaisante ont déjà calmé les tempêtes et les vents dans toute la chrétienté, et répandu sur la surface de l'Europe un air de tranquillité et de sérénité qui n'y régnait pas auparavant : mais je reviens à mon objet.

11 est très-vrai que les matières ecclésiastiques n'appartiennent proprement à ma profession, et je ne suis pas assez inconsidéré pour ne me l'être pas représenté àmoi-niéme; mais réfléchissant qu'il arrive assez ordinairement qu'un homme qui est debout et à quelque distance d'un terrain, le découvre mieux et en iime mieux l'ensemble que ceux qui sont placés sur ce même terrain, j'ai cru qu'il n'était pas impossible qu'en ma qualité de simple spectateur, j'eusse remarqué certaines choses que n'ont point aperçues , ou n'ont point \ oulu apercevoir les acteurs eux-mêmes, et particulièrement ceux d'entre eux qui sont personnellement intéressé?, qui ont contracté des engagements ou qui ne font que suivre les impressions qu'on leur a données.

Sachant d'ailleurs en ma conscience, et j'en prends Dieu à témoin, que ni l'ostentation, ni l'envie de flatter la multitude, ni le goût de la nouveauté, ni la préoccupation pour l'un et l'autre parti, ni la passion de me mêler de tout, ni aucune autre disposition de cette espèce n'influeront dans ce que je me propose de dire ; je peux espérer que ce qui me manque en profondeur de jugement, sera compensé en droiture et en simplicité de cœur. Mais ce qui m'inspire le plus de confiance, c'est que j'ai reconnu dans les sentiments que je vais professer, et que je peux dire avoir embrassés depuis longtemps, défendu même autant que ma capacité a pu me le permettre ; j'ai reconnu, dis-je,dans tous mes sentiments, une parfaite conformité avec ce que votre Majesté a publié sur cette matière, d'après sa manière de voir très-sage, très-modérée et très-chrétienne. Votre Majesté , dans cette rencontre, a manifesté à tout l'univers que Dieu avait bien gravé dans son cœur cette base principale, ce grand principe de tout bon gouvernement, qui a toujours été la règle de sa conduite. Le tout doit être plus cher qu'aucune de ses parties.

N'esl-il pas évident qu'en cette malière. plusieurs sont affectés et parlant comme s'ils n'avaient pas tant à cœur de séparer le mal d'avec le bien, que de se servir du bien pour protéger et maintenir le mal; que d'autres s'expliquent comme si leur but était de faire

(I) Le roi J:icques.. du irôrc d'Ecosse, monta sa: celui d'Angleterre.

connaître ce qui est bon et non pas de chercher ce qui est possible; de faire connaître ce qui serait à désirer qu'on fit, et non pas ce qu'on peut sagement espérer de faire; que d'autres enfin procèdent comme s'ils avaient plus d'envie de détruire que de réformer? Mais quoique dans chaque parti, des hommes d'ailleurs très-estimables, se jettent dans l'une ou l'autre extrémité , votre Majesté, guidée par la sagesse, la modération et la religion qui la caractérisent, saura bien garder le sage milieu; et ce milieu consiste à fortifier ce qui est encore sain, et rétablir ce qui est malade.

Je soumets donc tout ce que je vais proposer au jugement de votre Majesté, et je le jette comme un denier dans le riche trésor de votre sagesse(Jl/are,XIl, il). Les astronomes observent que lorsque trois lumières supérieures se rencontrent en conjonction, ce phénomène est toujours accompagné de quelque événement admirable. La lumière de la nature, la lumière de la science, et ce qui est au-dessus de tout la lumière du Saint- Esprit étant réunies en votre personne, ne doit-on pas tirer de celte conjonction une semblable conséquence? N'y a-l-il pas lieu de faire une juste comparaison, et dédire que le gouvernement de voire Majesté est comme une heureuse constellation qui s'est levée sur les états de vos royaumes? Mais il est une quatrième lumière qui ne manque pas à votre Majesté, lumière qui, quoique empruntée, est cependant , quand elle est réunie aux autres, d'une importance et d'une efficacité singulière: je parle delà lumière d'un conseil trèssage et parfaitement bien composé. C'est à la haute sagesse de ce conseil que je soumets encore tout ce que je vais proposer.

J'espère au reste que je n'aurai aucun besoindeprotesler que je ne balance pasàcroire que. jusqu'à ce que voire Majesté en ait autrement ordonné, on doit continuer de rendre à la juridiction ecclésiastique dans l'état où elle se trouve, une pleine obéissance; et que lorsque votre Majesté a pris une détermination et un parti, tout bon sujet doit acquiescer et rendre à ses lois l'obéissance qui leur est due. Je ne crois pas non plus qu'il soit nécessaire de déclarer combien je désapprouve toutes ces licences, ces emportements, ces tons arrogants et décisifs, ces discussions en présence de la multitude et tous les autres procédés de cette espèce qui aboutissent plutôt à exciter des rumeurs et à préoccuper le peuple, qu'à lui procurer quelque avantage véritable et à lui faire remplir son devoir.

Mais avant d'entrer dans les points controversés , il est bon de fermer la bouche, s'il est possible, à deux sortes de personnes qui s'opposent directement à la réformalion.

Les uns prétendent qu'elle n'est pas convenable, les autres qu'elle est impossible.

Les premiers se fondent sur ce qu'il esl contre les principes de tout bon gouvernement de rien innover dans les matières ecclésiastiques ; les seconds, sur ce que toute

COO CHRISTIANISME m BACOX.

réforme devrait établir l'uniformité de disrî-

(iTO

pline.

J'observerai sur la première opinion, quele prophète a (lit excellemment : Examinez les voies anciennes, considérez celle qui est droite et vraie, et marchez dans celle-là: state super vias antiquas, et videte quœnam sit via vera et recta, et ambûlate in eu (Jér.,\\. 16). Remarquez que le prophète n'a pas dit: Considérez les voies anciennes et marchez dans ces voies: sttile super vias antiquas et ambûlate in eis. 11 est bien vrai qu'auprès des personnes sages et modérées, la coutume et l'usage ont une assez grande autorité, et sont un motif suffisant pour engager à s'arrêter, à voir, à examiner; mais elles ne forment point une autorité suffisante pour guider et pour conduire. Elles sont bien, je le répète encore, un fondement suffisant de délibérer et même de délibérer mûrement; mais seules, elles ne sont pas un sujet juste de se décider. D'ailleurs, peuton ignorer que le temps est bien justement comparé à un torrent qui entraine les eaux fraîches et pures dans la mer salée de corruption qui environne toutes les actions humaines; et par conséquent, si à l'aide de son habileté, de sa force et de son adresse, l'homme ne rame pas fortement et sans relâche, contre le rapide torrent du temps, toutes les institutions et toutes les ordonnances, quelque saines et pures quelles puissent être, s'altéreront et dégénéreront bientôt?

Pour achever de traiter cette matière avec l'importance qu'elle mérite, j'insiste encore un moment, et je demande pourquoi la constitution de l'état temporel, étant sujette à des altérations et à des affaiblissements qui exigent que tous les trois ou quatre ans, le parlement assemblé y pourvoie par de sages lois, et mette autant de promptitude dans l'application des remèdes, que le temps en met dans l'introduction des abus ; pourquoi dis-je la constitution de l'état de l'Eglise se se serait- elle cependant toujours maintenue dans le même état , sans ressentir la triste influence du temps et sans avoir éprouvéaucune altération depuis plus de quarante-cinq ans? Quelqu'un prétendrait-il que si, pendant le même espace de temps, on n'avait point porté de nouvelles lois dans l'ordre des affaires civiles, il n'en aurait pas résulté de grands inconvénients? Nous répondrions alors, que très-certainement l'expérience et la sagesse en ont fait juger et agir autrement dans ce royaume, pendant plus de trois cents ans au moins. Si on répliquait qu'il existe à cet égard une grande différence entre les matières ecclésiastiques et les matières civiles , nous ajouterions qu'il faudrait donc dire, si on voulait être conséquent, que les temples et les chapelles n'ont pas besoin de réparations , tandis que les châteaux et les maisons en ont besoin ; mais il est malheureusement trop véritable que les dégradations, dans la partie intérieure et spirituelle de l'édifice de l'Eglise, sont dans tous les temps aussi fâcheuses que celles qui ont lieu dans la partie extérieure et matérielle.

Je ne doute pas que le mot et la formule employés par notre Sauveur pour indiquer le besoin de la réforme, il n'en était pas ainsi dans le commencement : ab initia non fuit sic [Mat th., XIX, 8), ne s'applique aux matières ecclésiastiques et à des points de la plus haute importance dans l'ordre de la loi morale.

Malgré ce que je viens de dire, il y aurait autant d'ignorance que d'ingratitude à nier qu'au temps de la reine Elisabeth d'illustre mémoire , l'Eglise d'Angleterre fût vraiment florissante. Si j'avais à comparer cette Eglise avec les Eglises étrangères, je voudrais comparer les vertus avec les vertus, et non pas (comme font quelques-uns) les défauts avec les défauts; ou, pour mieux dire, je voudrais que la dispute entre noire Eglise et les Eglises étrangères , fût semblable à relie de la vigne et de l'olivier, qui disputaient à qui porterait [dus de fruit, et non pas à celle de la ronce et du chardon , qui disputaient à qui en porterait le moins. La raison de ce procédé, c'est que nous devons en user à l'égard des défauts de l'Eglise, avec autant de circonspection et de respect, que les enfants respectueux de Noé en usèrent à l'égard de la nudité de leur père , c'est-à-dire que nous devons éviter d'arrêter nos regards sur ces défauts, les couvrir et les pallier même autant qu'il est possible. On doit reconnaître que, depuis les premiers siècles, ou trouverait à peine une Eglise qui, pendant un si grand nombre d'années, et proportionnellement à l'étendue du territoire, ait produit un plus grand nombre d'excellents prédicateurs, d'écrivains fameux et de pasteurs respectables. Quant aux canons cl aux divers points de sa discipline, sans doute il en est plusieurs, et ce sont les principaux, qui sont vraiment saints et bons; cependant, si saint Jean écrivait aujourd'hui une épître à l'Eglise d'Angleterre, comme il en écrivit une à celle d'Asie, je ne doute pas que cette épître ne contînt aussi une restriction dans ses louanges, et ne se terminât par ces paroles : J'ai linéique peu de chose à vous reprocher ; habeo ailversùm tepauca (Apoc, 11, 14).

Je bornerais là mes observations sur lcpoint que j'ai traité , si je pouvais laisser sans réponse une objection qui tombe pourtant, non pas sur la matière, mais sur le temps de la réforme.

On prétend que quand même une réforme serait nécessaire, il ne serait cependant pas convenable de l'entreprendre au commencement du règne de votre Majesté; mais j'oppose d'abord cette maxime d'Hippocrale : Si vous avez quelque mouvement éi faire, faitesle dès le commencement ; si quid mures, à principio move.

J'oppose ensuite les exemples des princes les plus sages ; autant ont-ils été circonspects et réservés dans le changement de leurs serviteurs et de leurs officiers au commencement de leur règne, autant ont-ils été jaloux de signaler ce commencement, par la suppression des abus et des désordres, parla réforme des lois et du gouvernement de leurs

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Blttts : la raison de cette conduite, c'est qu'ils savaient parfaitement que les premières impressions que reçoit le peuple sont les plus durables . el que- quand les hommes sont dans l'attente et en suspens, on les mène et on les tourne i>vec beaucoup plus de facilité; et de là, je crois pouvoir conclure que, si le printemps de la nature ou de l'année est le temps le plus propre à délivrer de ses mauvaises humeurs le corps naturel, le printemps des règnes est aussi la saison la plus convenable pour épurer et réformer le corps politique.

Qu'on nous permette avant de finir, de lever une difficulté qu'on nous oppose encore, quoiqu'elle soit fondée sur des soupçons plutôt que sur des raisons. Je crois pourtant qu'elle fait une grande impression sur des personnes d'ailleurs très-sages et très-bien intentionnées. On dit donc que si on se met en voie de changer, quoiqu'il ne s'agisse d'abord que de supprimer des abus, les hommes s'accoutumeront au changement, ils y prendront goût ; et ce qui est même bon et solide sera bientôt exposé à être renversé sous différents prélextes. Cette allégation, j'en conviens, aurait été certainement bonne et bien fondée dans les disputes et les divisions qui curent autrefois lieu entre le peuplée! le sénat romain • elle l'est en général dans les cas où les choses sont décidées au gré de la multitude, qu'on sait bien ne pouvoir jamais se renfermer dans les bornes de la modération. Mais ces changements seraient soumis parmi nous à une marche régulière, parce qu'ils seraient dirigés par un roi pourvu de toute l'autorité qui convient à sa place, distingué par un jugement éprouvé, et qui connaît encore la mesure des choses aussi bien que leur nature : par conséquent, l'inconvénient dont on a parlé ne serait point du tout à craindre; car on ne doit pas douter que votre Majesté, avec l'avis de son conseil, discernerait exactement quelles sont les choses mêlées ensemble, comme l'ivraie et le bon grain (on sait qu'on ne peut arracher l'une sans le plus grand danger d'endommager l'autre), et quelles sont celles qui ne sont mêlées que comme la paille et le grain, qui n'exigent, pour être séparés, que le van et le crible : mais en voilà bien assez pour ceux qui prétendent qu'il ne faut entreprendre aucune réforme.

Je viens maintenant à ceux qui pensent qu'il ne doit y avoir qu'une même discipline dans toute l'Eglise, et que telle est la volonté impéralive de Dieu consignée dans les saintes Ecritures. Ils ont consacré à l'établissement de ce point plusieurs volumes ; et on ne pourrait y répondre complètement, sans une discussion qui entraînerait trop de longueur : mais pour moi , j'avoue que quoique j'aie lu les saintes Ecritures, je n'y ai jamais rien trouvé de semblable. J'ai vu plutôt que Dieu a laissé au gouvernement ecclésiastique, aussi bien qu'au gouvernement civil, la liberté de varier suivant le temps, les lieux et les événements, parmi lesquels il n'en est pas un seul, quelque vrréguïier qu'il paraisse, qui

n'ait élé compris dans le plan de sa haute el divine providence.

Dieu a donné, pour base commune à tous les gouvernements civils, la justice et les bonnes mœurs; mais il a abandonne leur police à la volonté libre des hommes : ainsi la monarchie, l'aristocratie et la démocratie sont des gouvernements légitimes, et partout où ils sont établis, ils doivent être inviolatlement maintenus. 11 en est de même pour le gouvernement ecclésiastique; les règles générales de ce gouvernement sont aussi immuables que la substance de la doctrine : mais les riies, les cérémonies, les hiérarchies, police et discipline parliculières, sont arbitraires, et peuvent varier comme variera la volonté de ces Eglises. C'est ici le cas de rappeler que l'antique lien de l'unité dans l'Eglise de Dieu, est une foi, un baptême, et non pas une hiérarchie , une discipline (Eph. , IV, 5), et que Notre-Scigneur a prescrit lui-même comme articles de confédération entre les chrétiens, les articles suivants : quand il s'agit de la substance de la doctrine, celui qui n'est pas avec nous, est contre nous: s'il s'agit de choses indifférentes et qui ne sont qu'accidentelles, celui qui n'est pas contre nous, est avec nous (Mattft. , XII, 30). En cette matière, pourvu qu'on reconnaisse ces principes généraux et qu'on y soit fidèle, 'ceux qui sont chargés du troupeau de Jésus- Christ, ne doivent point négliger de le paître. Les évêques et les ministres succèdent les uns aux autres , et ils doivent être regardés comme les prophètes du Nouveau Testament. Il y a un usage du pouvoir des chefs très-légitime et très-digne de vénération. Le ministre qui prêche V Évangile, doit vivre de l'Evangile. On doit en toutes ses affaires et toutes ses œuvres, avoir l'édification pour objet. Toutes ehoses doivent se faire dans l'ordre et avec bienséance (1) , pourvu encore une fois qu'on soit fidèle à ces principes et aux autres de la même classe ; le reste est abandonné à la sagesse elà la prudence de ceux qui sont chargés en chef d'édifier l'Eglise de Jésus-Christ, et de ceux qui travaillent sous leur dépendance. Un père de l'Eglise a remarqué, et cette remarque est excellente, que la robe de Noire-Seigneur était sans coulure, et que cependant la robe de l'Eglise est de diverses couleurs ; d'où il a tiré cette règle : // ne doit y avoir aucune scission, mais il peut y avoir de la variété dans l'habillement de l'Eglise; in veste varietas sit, scissura non sit. Dans cette variété, néanmoins, il est plus sûr et plus sage de suivre les bons exemples que nous fournit l'antiquité; mais conformément aux règles de l'imitation, il faut considérer parmi ces exemples, non pas seulement ceux qui sont les meilleurs en eux-mêmes, mais encore ceux qui sont les mieux adaptés aux circonstances. Ainsi, par exemple, il convient de prendre pour modèle le gouvernement de l'.Eglise dans les meilleurs temps des empereurs romains , qui les premiers em

(11 H Cor., I Cor., XIV,

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