II. — Confirmation de la même vérité
(Princ. de la Philos., p. 4.)
Dans le doute universel que je conseille d'entreprendre une fois dans la vie , pour parvenir à la connaissance certaine de la vérité, nous supposerons facilement qu'il n'y a point de Dieu, ni de ciel, ni de terre, et que nous n'avons point de corps; mais dous ne saurions supposer de même que nous dp sommes point, pendant que nous doutons de la vérité de toutes ces choses; car nous avons tant de répugnance à concevoir que ce qui pensen'existepas véritablement au même temps qu'il pense, que, nonobstant toutes les plus extravagantes suppositions , nous ne saurions nous empêcher de croire que cette conclusion, je pense , donc je suis , ne soit vraie , et par conséquent la première el la plus certaine qui se présente à celui qui conduit ses pensées par ordre.
11 me semble aussi que ce biais est certainement le meilleur que nous puissions choisir pour connaître la nature de l'âme, et qu'elle est une substance entièrement distincte du corps : car, en examinant ce que nous som mes, nous qui pensons maintenant qu'il n'y a rien hors de notre pensée qui soit véritablement, ou qui existe , nous connaissons manifestement que, pour être, nous n'avons pas besoin d'étendue, de figure, d'être en aucun lieu, ni d'aucune autre telle chose qu'on peut attribuer au corps, et que nous sommes par cela seul que nous pensons : et par conséquent, que ia notion que nous avons d6 notre âme ou de notre pensée, précède celle que nous avons du corps , et qu'elle est plus certaine, vu que nous doutons encore qu'il y ait au monde aucun corps , et que nous savons certainement que nous pensons.
Par le mot de penser, j'entends tout ce qui se l'ait en nous de telle sorte que nous l'apercevons immédiatement par nous-mêmes; c'est pourquoi non seulement entendre, vouloir, imaginer, mais aussi sentir, est la même chose ici que penser.