‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 293 sur 454 · AUCUNE OBJECTION CONTRE LA FOI NE DOIT ÊTRE RECONNUE INSOLUBLE · texte numérisé non relu

AUCUNE OBJECTION CONTRE LA FOI NE DOIT ÊTRE RECONNUE INSOLUBLE

[(T. Il, p. 2(30, Epist. ad P. Desbosset.)

J'avoue que quand une opinion nous est démontrée , nos réponses aux objections ne nous sont nécessaires que pour l'instruction des autres; mais je pense qu'il ne nous est jamais inutile de nous les faire à nousmêmes, ces objections, si elles ont quelque force, et qu'il ne faut jamais éviter les discussions avec les habiles gens; car une difficulté spécieuse, lorsqu'elle est résolue, conduit à un nouveau jour. C'est pourquoi j'aime qu'on m'objecte des choses plausibles, quoique quelquefois certain de mon sentiment; et je pense pouvoir toujours satisfaire. En effet, une objection insoluble serait une entière démonstration d'erreur; et je ne vois pas qu'un argument puisse mieuxdémontrer l'affirmative, que l'objection ne fait la négative. Aussi je n'accorde point à Bayle ni à aucune autre personne, que la raison puisse opposer à la foi des arguments insolubles; et, sur ce point, je ne suis pas du même avis que ; Huet et Jacquelot, quoiqu'ils soient mes amis, et considère comme des hommes grand mérite.

que je les d'un très-

LA RÉPONSE DE SAINT PAUL, 0 allitudo, TRÈS- RAISONNABLE.

(Théodhée, § 154, p. 55.)

Dire avec saint Paul : 0 altitudo diviliarum et sapientiœ (Rom. xi, 33), ce n'est point renoncer à la raison, c'est employer plutôt

les raisons que nous connaissons; car elles nous apprennent cette immensité de Dieu dont l'Apôtre parle ; mais c'est avouer notre ignorance sur les faits ; c'est reconnaître cependant, avant que de voir, que Dieu fait tout le mieux qu'il est possible, suivant la sagesse infinie qui règle ses actions. Il est vrai que nous en avons déjà des preuves et des essais devant nos yeux, lorsque nous voyons quelque chose d'entier, quelque tout accompli en soi et isolé, pour ainsi dire, parmi les ouvrages de Dieu; un tel tout formé , pour ainsi dire, de la main de Dieu, est une plante, un animal, un homme. Nous ne saurions assez admirer la beauté et l'artifice de sa structure. Mais lorsque nous voyons quelques os cassés, quelque morceau de chair des animaux, quelque brin d'une plante, il n'y paraît que du désordre, à moins qu'un excellent anatomiste ne le regarde; et celui-là même n'y reconnaîtrait rien, s'il n'avait vu auparavant des morceaux semblables attachés à leur tout. Il en est de même du gouvernement de Dieu : ce que nous en pouvons voir jusqu'ici n'est pas un assez gros morceau pour y reconnaître la beauté et l'ordre du tout. Ainsi la nature même des choses porte que cet ordre de la cité divine, que nous ne voyons pas encore ici-bas, soit un objet de notre foi , de notre espérance, de notre confiance en Dieu. S'il y en a qui en jugent autrement, tant pis pour eux; ce sont des mécontents dans l'Etat du plus grand et du meilleur de tous les monarques, et ils ont tort de ne point profiter des échantillons qu'il leur a donnés de sa sagesse et de sa bonté infinies, pour se faire connaître non-seulement admirable , mais encore aimable au delà de toutes choses.

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