‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 292 sur 454 · FOI DES CHRÉTIENS RAISONNABLES · texte numérisé non relu

FOI DES CHRÉTIENS RAISONNABLES

(Théodicée: Discours de la conformité, § 51.)

Origène a montré à Celse comment le christianisme est raisonnable, et pourquoi cependant la plupart des Chrétiens doivent croire sans examen. Celse s'était moqué de la conduite des Chrétiens, qui, ne voulant, disait-il, ni écouter vos raisons, ni vous en donner de ce quils croient, se contentent de vous dire : N'examinez point, croyez seulement; ou bien : Votre foi vous sauvera; et ils tiennent pour maxime que la sagesse du monde est un mal.

Origène y répond en habile homme (liv.

i, chap. 2), et d'une manière conforme aux principes que nous avons établis ci-dessus. C'est que la raison, bien loin d'être contraire au christianisme, sert de fondement à cette religion, et la fera recevoir à ceux qui pourront venir à l'examen. Mais comme peu de gens en sont capables, le don céleste d'une foi toute nue qui porte au bien, suf-

OEIYRES COMPLETES DE M. EMERT.

fit pour le général. S'il était possible, dit-il, que tous les hommes, négligeant les affaires de la vie, s'attachassent à l'étude et à la méditation, il ne faudrait point chercher d'autre voie pour leur faire recevoir la religion chrétienne. Car pour ne rien dire qui offense personne (il insinue que la religion païenne est absurde, ruais il ne le veut point dire ici expressément), on n'y trouvera pas moins d'exactitude qu'ailleurs, soit dans la discussion de ses dogmes, soit dans l'éclaircissement des expressions énigmatiques de ses prophètes, soit dans l'explication des paraboles de ses évangiles, et d'une infinité d'autres choses arrivées ou ordonnées symboliquement. Mais puisque ni les nécessités de la vie, ni les infirmités des hommes ne permettent qu'à un fort petit nombre de personnes de s'appliquer à l'étude, quel moyen pouvaiton trouver plus capable de profiter à tout le reste du monde, que celui que Jésus-Christ a voulu qu'on employât pour la conversion des peuples! et je voudrais bien que l'on me dit sur le sujet du grand nombre de ceux qui croient, et qui, par là, se sont retirés du bourbier des vices où ils étaient auparavant enfoncés, lequel vaut le mieux d'avoir de la sorte changé ses mœurs et corrigé sa vie, en croyant sans examen qu'il y a des peines pour les péchés et des récompenses pour les bonnes actions, ou d'avoir attendu à se convertir lorsqu'on ne croirait pas seulement, mais qu'on aurait examiné avec soin les fondements de ces dogmes? Il est certain qu'à suivre cette méthode, il y en aurait bien peu qui en viendraient jusqu'où leur foi toute simple et toute nue les conduit, mais que la plupart demeureraient dans leur corruption....

Celse fait encore une autre objection aux Chrétiens au même endroit. S'ils se renferment, dit-il, à l'ordinaire dans leur « N'examinez point, croyez seulement, » il faut qu'ils me disent au mo ins quelles sont les choses qu'ils veulent que je croie. En cela il a raison sans doute, et cela va contre ceux qui diraient que Dieu est bon et juste, et qui soutiendraient cependant que nous n'avons aucune notion de la bouté ou de la justice, quand nous lui attribuons ces perfections. Mais il ne faut pas demander toujours ce que j'appelle des notions adéquates, et qui n'enveloppent rien qui ne soit expliqué; puisque même les qualités sensibles, comme la chaleur, la lumière, ,1a douceur, ne sauraient donner de telles notions. Ainsi nous convenons que les mystères reçoivent une explication, mais cette explication est imparfaite. Il suffit que nous ayons quelque intelligence analogique d'un mystère, tel que la Trinité et que l'Incarnation, afin qu'en les recevant nous ne prononcions pas des paroles entièrement destituées de sens; mais il n'est point nécessaire que l'explication aille aussi loin qu'il serait à souhaiter, c'est-à-dire qu'elle aille jusqu'à la compréhension et au comment

Nous entendons quelque chose par l'union, quand on nous parle de celle d'un

corps avec un autre corps, ou d'une substance avec son accident, d'un sujet avec son adjoint, d'un lieu avec le mobile, de l'acte avec la puissance; nous entendons aussi quelque chose , quand nous parlons de l'union de l'âme avec le corps, pour en faire une seule personne. Car quoique je ne tienne point que l'âme change les lois du corps, ni que le corps change les lois de l'âme, et que j'aie introduit l'harmonie préétablie pour éviter ce dérangement, je ne laisse pas d'admettre une vraie union entre l'âme et le corps, qui en fait un suppôt. Cette union va au métaphysique, au lieu qu'une union d'influence irait au physique. Mais quand nous parlons de l'union du Verbe de Dieu avec la nature humaine, nous devons nous contenter d'une connaissance analogique, telle que la comparaison de l'union de l'âme avec le corps est capable de nous donner; et nous devons au reste nous contenter de dire que l'Incarnation est l'union la plus étroite qui puisse exister entre le Créateur et la créature, sans qu'il soit besoin d'aller plus avant.

Il en est de même des autres mystères, où les esprits modérés trouveront toujours une explication suffisante pour croire, et jamais autant qu'il en faut pour comprendre.

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