PKÉSENCE RÉELLE ADMISE PAU LEIBMTZ, EM- PORTE LA NON -DISTANCE
(T. V; Epist. ad Fabricium, p. 211, 2fâ.)
J'ai parcouru les Institutions de Calvin, ainsi que tous sesautres écritsoù il traite de l'Eucharistie, et j'en ai extrait des passages qui prouvent que cet auteur a sérieusement, constamment, fortement inculqué la perception du corps de Notre-Seigneur réelle et substantielle : et quand il a nié la présence réelle, sans doute il n'a entendu parler que d'une présence dimensionnelle (45). S'il avait su ce que j'ai établi ailleurs, savoir que la substance du corps consiste dans la puissance primitive, active et passive, et que c'est dans l'application immédiate de cette puissance que consiste la présence de la substance, même sans dimensions , il ne lui serait pas arrivé d'écrire que dans la
(44) Le Journal des savants, en 1769, mois île décembre, rendit comple de la nouvelle collection des ouvrages de Leibnitz. L'auleur de l'article (Vandennoiide) cite le raisonnement de Leibnitz , cl dit ensuite :
c Ajoutons une réflexion à ce raisonnement de notre auteur. La masse est comme le lieu occupé, c'est l'expérience qui n»us l'apprend; mais où est l'impossibilité qu'elle ,-oii, comme le lieu occupé, multipliée pars? Dans l'ordre naturel, X est un ; dans l'ordre surnaturel, il est tout ce qu'il plaît à Dieu. Nous proposons celle considération aux réformés en général, et à Rousseau de Genève en particulier, i
On peut voir un développement de h docli ine de Leibnitz sur la présence d'un corps en plusieurs lieux, parfaitement bien fait, dans les Institutions Uibnilziennet de l'abbé Sigorgne, p. !J0.
(45) Korlbolt qui a fait des notes sur celle lettre, dit : < Leibniu, qui a cru, conformément à la piété,
sainte cène, le corps de Notre-Seigneur es aussi loin de nous que le ciel l'est de I.
terre Quelques personnes ont cru, d'à
près mes lettres à Pélisson, que la présenci que j'admettais ici n'emportait pas la non distance, indistantiam, mais elles se trom pent. Je crois que la manducalion substan tielle, telle que je la reconnais, exige a non distance, laquelle consiste dans l'opératioi et l'application immédiate de la substance car il existe cette différence entre la pré sence par vertu ou par efficace et la présent par substance ; que la dernière est l'applica tion immédiate de la puissance primitive tant active que passive, et qu'il n'en est pa de même de la première. Il est bien vrai qui toute présence de substance est en raêmi temps une présence d'efficace ; mais tout' présence d'efficace n'est pas toujours um présence de substance : et quand la présent par efficace est opposée à la présence pa substance, elle est opposée en même temp a la présence par non-distance.
SALUT DES HÉRÉTIQUES; POUVOIR DE l'aMOUI DE DIEU POUR L'OPÉRER.
(T. I ; Mémoire pour il. Pélisson, p. 703, 70U.
Quant à la distinction des points fonda mentaux et non fondamentaux, Pélisson ; raison de dire que la moindre erreur dan la foi, accompagnée de rébellion, peut pri ver du salut; mais tous ceux qui sont hor: de la communion de l'Eglise ne sont pas re belles. Les théologiens demeurent d'accon qu'on peut être excommunié injustement De plus, les Catholiques accordent qu'il y < des hérétiques matériels qu'ils n'osent poin condamner ; ce n'est donc que la désobéissance, selon eux, qui condamne. Or celu qui n'entend pas les ordres, ou ne les comprend pas, ou enfin ne peut pas les exécuter quoiqu'il fasse des efforts pour cela, u'es pas désobéissant... Les opinions ne sont pa; volontaires, et on ne s'en défait pas quant on veut; c'est pourquoi, absolument par lant, elles ne se commandent pas ; il suffi qu'on soit docile et porté sincèrement ; faire les diligences dont on est capable i proportion de sa profession. C'est pour cel;
ainsi qu'il est convenable, la présence réelle di corps et du sang de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie, a travaillé à prouver qu'il n'y avait point d< contradiction à soutenir que le corps de Jésus- Cbrisl elait renfermé dans les deux, et némmoinprésent d'une union sacramentelle dans la saint» cène. Voilà pourquoi il avance, dans son discour? sur la conformité de la foi et de la raison, imprime à la lèle de sa Tliéudicée , qu'on n'a pu jusqu'à pré seul soutenir avec raison, que la présence réelli du corps de Jésus-Christ en plusieurs Unix impliquait contradiction, parce que jusqu'à présent, on n'a pas assez expliqué en quoi consiste l'essence du corps... Quand on soutient qu'un corus est présent eu divers lieux, mais m diverses manières, dont l'une nous est inconnue, ou ne prouve* a jamais qu'il y a de la contradiction en cela, tandis que l'essence du corps lie scia pas assez connue. > (Page -241.)
que ceux qui ont juré de suivre certaines doctrines, et ont depuis change' de sentiment, comme cela arrive assez souvent, ne sont pas tenus parjures : cependant l'excommunica-
tion ne laisse pas d'avoir un grand pouvoir, mais c'est lorsqu'elle se fait justement clave non errante (46) : elle frappe les obstinés et ne fait point de mal aux humbles, comme la
(46) II y a sans doute des vérités et des avei'jc précieux aux Catholiques dans ce grand fragment d'i n mémoire de L> ihnilz, fait pour être communiqué à l'élisson. Vinci en p'ilie ce que celui-ci lui répondit. Il observe d'abord, p. 708, n. i, sur le cluve von errnnle : « La d slinelion de la clef qui erre ou qui n'erre point, est souvei t employée par les Catholiques; mais elle, ne peui iri avoir aucune application. Celle erreur de la c'ef ne s'entend jamais que du particulier commis pour exercer le pouvoir des clefs au nom de l'Eglise. La clef, dans les mains de ce particulier, peut errer ; mais la clef n'erre jamais entre les mains le. l'Eglise universelle, ilans le, articles de foi non contestés. La clef n'erre jamais entre les mains des concil s généraux qui représentent toute l'Eglise , lorsqu'ils prononcent sur les matières de foi. La clef n'erre jamais enlre les mains de re'le même Eglise qui acquiesce à leurs décisions, les ratilie, et les confirme tous les jours par un continuel et nouveau suffrage. Les Catholiques ne sauraient pas entendre autrement clave non ••riante, sans se contredire eux-mêmes, puisqu'une Eglise inspire et infaillible est leur premier principe
Jlais, dit-on, il y a des hérétiques formels et des hérétiques matériels; ces derniers p'iivent se sauver, les Catholiques même en conviennent ; pourquoi n'en sera-i-il pas de même de ceux qu'il ne conscience alarmée lient sépares de l'Eglise; car celle distinction d'bé cliques formels et nialéri ls est si établie, i|u'on ne saurait la nier ei la renverser
Mais comme ni et à quoi distinguer les hérétiques matériels et les hérétiques formels? N'aurail-ou pas plus toi l'ail de dire ce qui esl très-vrai, qu'il n'y a voint d'hérétique que celui qui, sachant la décision de l'Eglise, s'obstine à lui résister ? Mais , avec celte idée confuse d'hérétiques formels et matérie's. on peut se llaller de celte conclusion : llij a donc des hérétiques qui peuvent se sauver? Il faut donc chercher maintenant si je suis des matériels ou des formels; et sur cela on s'endort.
Mais ne disputons pas des mois. Soit donc, il y a des hérétiques matériels et des hérétiques formels. Les matériels se peuvent sauver, c'est-à-dire ceux qui ont été avant la décision de l'Eglise, el qui n'ont pu la savoir. Donc moi qui sais la décision de l'Eglise, mais qui ne peux gagner sur ma conscience alarmée d'y acquiescer, je puis me sauver. Mais où esl ici la conséquence'' Ne l'au-il pas dire tout au contraire : Je ssfis la décision de l'Eglise, et j'y résiste; donc je suis un de ces hérétiques formels qui ne peuvent se sauver.
Mais, ajonie-i-on, quelle inhumanité de condamner un homme qii fait ce qu'il pi ut? nul n'esl tenu à l'impossib'e. J'ai réfulé cette objection au premier volume >Ws lié flexions, section 7 J'y ai mis un endroit que Lfilinilz m'a fait un lort grand plaisir de remarquer, pour montrer que nous ne connaissons point la justice divine. Mais la conclusion qu'on doit en tirer est celle que j'en ai tirée , c'est qu'il faut croire de celle justice, non pas ce que nous en penserions par nos raisonnements humains et notre justice humaine, niais, an contraire, ce qu'elle nous en a dit et révélé elle-même, encore qu'il ne s'accommode pas à noire justice humaine el à nos raisonnements humains.
Tâchons néanmoins de justifier Dieu d'une manière plus humaine. Vous > ou lez entrer en compte avec lui comme Job; il vous confondra, et de mille articles de voire conque bien débattus, vous n'en gagnerez ras un teul. Vous avez fuit ce que <'ous
pouviez, dites- vous; il vous montrera que vous nVn avez pas faii la centième partie. « N'avez-vous rien préféré au désir de lui plaire? N'avez-vous point eu plus d'ardeur pour quelque autre chose qne pour lui, pi quelque antre aflaire plus importante que celle de connaître sa 'érité? Ne l'avez- vous point offensé ? L'inipénitence, la vaniié, la dureié, l'insensibilité de votre cœur n'oni-elles mis aucun obstacle aux lumières qu'il voul-iil répandre dans voire esprit ? > Vous en direz ce qu'il vous plaira; pour moi à qui il a fait celte miséricorde, de me ramener à son Eglise, je sais que je n'ai pas fait la millième patlie de ce que je pouvais pour obtenir celte grande el infinie miséricorde.
Revenons donc à ce que Dieu nous apprend de sa propre justice, sans nous I imaginer nous-mêmes, telle que nous la voudrions ; il nous dit : Qui croira sera sauvé, et non pas qui fera ce qu'il pourra pour croire. Il inus dit que la loi est un de ses dons; il nous dit : Je lierai ou délierai dans le ciel ce que mes niinslres auront lié ou délié en terre. Il nous parle de l'hérélique à éviter et » abandonner, après l'avoir averti plusieurs ois. Il veut que nous le regardions comme païen el comme infidèle. Voilà de terribles lois et de terribles arrêts ; mais ce sont lois el arrêts pour nous ; il n'y a que lui qui puisse les révoquer.
Mais pourquoi révoquerait-il ses lois éternelles? Il lui sera plus facile de cou\eriir Leibnitz, qui fait ce qu'il peut, ou tout autre nouveau Corneille, dont les prières el les aumônes seront montées jusqu'à lui. il le fera, quand même il faudrait lui envoyer evtraordinaiiement un ange du ciel, l'avertir de s'adresser à saint Pierre, c'est à-dire au ministre établi pour le salut drs hommes ; et alors Corneille se trouvera éclairé par l'esprit, el échauflé par le cœur >
Nous pouvons conclure de ces dernières paroles, que Péli-son était persuadé que tout hérétique qui fait ce qu'il peut (aidé de la giàce), pour parvenir à la connaissance et à la profession de la véritable foi, y parviendra infailliblement. Mais est-il vrai aussi, el faul-il nécessairement conclure que tout hérétique qui ti'y parvient point n'a pas fait ce qu'il a pu, et devient nécessa renient condamnable? Voila ce que contestait Leibniiz; et son opinion, étendue seiilenv ni à quelques individus vivant au milieu d'une société hérétique, est effectivement celle de plusieurs théologiens catholiques, qui supposent apparemment que ces individus n'ont pas eu la faculté siillisanle pour parvenir à la connaissance certaine de la véritable Eglise; el par co séquenl, qu'on ne peut pas leur reprocher de n'avoir pas fait tout ce qu'ils oui pu.
Pélisson ajoutait, en poursuivant, une observalion importante.
i Corneille sentira en son cœur l'effet delagiâee, il n'aura pas besoin de preuve pour ce qu'il sent, et n'aura pas lien de tenir ce sentiment pour suspect, parce que c'est le sentiment commun et général des li.lèles, et que sa grâce ne fait que suivre une attire grâce b en prouvée et bien établie, qui est celle de l'Eglise. Au contraire, l'anabaptiste qui croira senlir comme lui l'ellel de la grâce, ne pourra pas s'y confier de même ; car sa grâce prétendue et non prouvée s'oppose à la grâce prouvée ; et Dieu ne peut pas être contraire à Dieu, ni la grâce à la grâce. »
A la laveur de celle observation, et en supposant ce que nous croyons vrai , qu'il y a des hommes simples h qui Dieu accorde le don de la loi, quoique les motifs extérieurs de croyance ne leur aient pas
foudre Je viens au dernier point, savoir
si un véritable amour de Dieu sur toutes chose* suffit au salut; je n'ose pas le dérider, et je n'ai garde de le dire dans les termes touchés par Pélisson, comme si celui qui aime Dieu pouvait être sauvé, sans se mettre en peine des disputes ou controverses. Je dirai plutôt tout le contraire; et j'avoue que le plus sûr est de ne rien négliger, et que l'amour véritable même le commande. // faut chercher la véritable Eglise, et l'écouter quand on la connaît; obéir aux supérieurs tant qu'on le peut, sans blesser la conscience, et employer avec soin tous les moyens de connaître les volontés révélées de Dieu. Mais quand, après tout cela, on ne réussit point à rencontrer la vérité sur certains points d'importance, la question est si on pourra être sauvé?
Il est très-sûr que les théologiens distinguent communément entre les hérétiques matériels et formels, et qu'ils condamnent ies uns et non pas les autres. On peut dire que les Jésuites généralement enseignent qu'un hérétique matériel se peut sauver par la véritable contrition , quoiqu'ils jugent qu'elle n'est pas aisée. II sera difficile de produire de leurs auteurs qui soient d'un autre sentiment; et il y en a beaucoup qui ont étendu cette doctrine jusqu'aux païens, comme j'ai fait voir, quoique les auteurs protestants se soient récriés contre eux. Or la véritable contrition est une pénitence fondée sur l'amour divin. L'hérésie formelle n'est daranable que parce qu'alors la véritable droiture de la volonté manque, et par conséquent l'amour de Dieu qui renferme cette obéissance tiliale. La foi est morte sans la charité, qui supplée au défaut de la connaissance : ainsi, suivant ces principes, tout s'y réduit.
Quoi! Pélisson viendra-t-i! renverser la distinction entre les hérétiques formels et matériels? Pourquoi excuse-t-on des Pères des premiers siècles qui ont eu des sentiments assez étranges , même sur ta Trinité, comme le P. Pelau l'a reconnu, sans parler d'autres matières? C'est parce qu'on dit qu'avant la décision de l'Eglise ces erreurs n'étaient pas des hérésies, puisqu'elles n'étaient pas accompagnées de désobéissance. Le passage de saint Salvien fait voir aussi qu'il excuse
été proposés, ou du moins suffisamment développés, on voit qu'il exisie une très-grande différence entre es simples lidèl s d'un côté, et de l'autre les anabaptistes, et en général ceux qui ne fondent leur foi que sur un sentiment intérieur; cette différence, c'est que les premiers ont toujours la faculté de se rendre à eux-mêmes, el de rendre aux autres des raisons satisfaisantes de leur foi, tandis que les autres tn sont lotalemeni privés.
Voici ce que Leibuitz répliquait à Pélisson, el qui renferme encore des aveux considérables :
< Vous aviez dit, Monsieur, qu'on ne pouvait ten r pour hérétiques matériels, ou en apparence seulement, que ceux qui ignorent invinciblement la décision de l'Eglise , et que l'autorité d'excommunier, que j'accor.lais à l'Eglise, se réduisait à rien par h limitation de date non errante, ce qui serait dire : Vous jugerez bien, quand vous jugerez bien. A
les ariens de bonne foi; et on ne voit pas qu'il les plaigne comme des gens qui doivent être damnés. C'est donc l'obéissance ( laquelle n'est parfaite que lorsqu'elle se fait par un motif désintéressé du divin amour), qui est le point le plus fondamental. Pourquoi le schisme est-il un si grand mal? N'est-ce pas parce qu'il blesse si fort la charité?
Ce ne sont pas là des sentiments particuliers de quelque scolastique obscur, encore moins de certains écrivains modernes, pleins de paradoxes, dont je n'approuve guère les opinions extraordinaires... Je demeure aussi d'accord que celte doctrine ne doit pas être un prétexte pour autoriser les sectes, et que le véritable amour fait tout son possible pour connaître la volonté de Dieu touchant l'Eglise ou autrement, et tâche d'y satisfaire et de cultiver l'union. Mais il ne s'ensuit pas qu'il ne se trouve jamais hors de la communion visible de l'Eglise. J'ai déjà remarqué qu'on peut être dans l'Eglise in voto ; comme c'est ainsi qu'on peut prendre part à l'effet des sacrements, lorsqu'on ne saurait les recevoir eux-mêmes...
Il ne faut pas s'étonner si les conciles et les livres symboliques ne louchent guère une question si délicate, et qui n'est fias à la portée de tout le monde , d'autant qu'elle est sujette aux abus : c'est assez qu'on y parle des voies ordinaires du salut, satisfaire mention de ceux que l'injustice des supérieurs ou d'autres raisons peuvent en priver. On sait d'ailleurs que le concile de Trente était fort réservé sur les points qui n'étaient pas principalement en controverse avec les protestants. L'Eglise n'ayant donc rien décidé là-dessus, pourquoi méprisera-t-on les sentiments reçus parmi les docteurs célèbres, surtout quand ils servent à lever de grandes difficultés qui naissent sur la justice de Dieu, et qui peuvent diminuer cet amour qu'on lui doit sur toutes choses? Il ne faut pas que le désir de gagner notre cause et de ramener les adversaires nous fasse donner dans des sentiments qui nous y paraissent propres, mais qui font tort à l'essence de la piété. Pélisson dit lui-même fort judicieusement dans un endroit de son tome 1", que nos lumières sont trop courtes pour percer la profondeur de la justice divine. Ne
ces deux points, j'avais repli |ué pour ma justification et pour celle des protestants, que, suivant celte définition des hérétiques véritables, oit n'y saurait comprendre les protestants, qui ne croie ut pas, après un examen convenable, que les décisions corrtraires à leurs sentiments aient été laites par des cornues oecuméniques, que les supérieurs ecclésiastiques sont faillibles dans leurs sentences ou excommunications, mais que cela n'est pas contraire à l'infaillibilité de l'Eglise universelle à l'égard des dogmes; et que le pouvoir des supérieurs n'est point éludé par ma limiialion, dont, en effet, personne ne saurait disconvenir ; car ils ont toujours la piésoniplioii pour eux, en sorte qu'on est obligé d'obéir eu tout ce qui nu paraît pas contraire au commandement de Dieu, et c'est déjà beaucoup, ou plutôt c'est tout. » (T. I, p. 730.)
prononçons donc pas si hardiment des sentences condatnnatoires contre nos frères , et contenions -nous de dire qu'il est dangereux d'être privé des voies ordinaires au salut : cela suffit pour faire voir l'importance de l'Eglise, et nous oblige à faire tous les efforts imaginables pour rétablir l'union.
qu'ont pensé les théologiens de l'université protestante d'helmstad, sur la possibilité DU SALUT DANS L'ÉGLISE ROMAINE, ET SUR LA PERMISSION DE PASSER DANS CETTE ÉGLISE ?
(T. V ; Epist. ad Fabricium, p. 28i, 85, 88, 83.)
Les auteurs du Journal de Trévoux, de 1708, ont inséré en entier la déclaration qu'on attribue à l'université (i7)d'Helmstad, et ils en tirent de grandes conséquences en faveur de leur parti... Je viens de lire la protestation que vous avez publiée (il parle à Fabricius) : voire faculté fait très-bien d'écarter les bruits qui s'étaient répandus dans le public sur son compte, et qui ne pouvaient qu'être offensants pour notre Eglise. Mais je vois que la plupart auraient désiré que, non contente de déclarer ce qu'elle ne pense pas , elle eût déclaré ce qu'elle pense. Si dans la pièce qu'on vous attribue, vous n'avez pas été plus loin que n'ont été Calixte et Horneius, ces excellents person-
(47) Le mariage de la princesse Elisabeth Clirisline île Wo (emhulel, luthérienne, avec l'archiduc , catholique, rionna lien de proposer à la faculté de théologie de l'université d'Helmslad , la question suivai'ie : Une princesse protestante, destinée à épouser un prince catholique , peut-elle sans blesser sa conscience , embrasser ta religion catholique ? La faculté répondit qu'elle ne pouvait résoudre d'une manière solide la question ptopesée, sans avoir décidé auparavant si les Catholiques sont ou ne sont pas dans des erreurs fondamentales et opposéesau salut; ou, ce qui est la même chose, si l'état de l'Eg'ise catholique est tel qu'on puisse y pratiquer le véritable culte de Dieu, et parvenir au salut. Notre léponse, ajoutent les théologiens d'Hehnstad, à cette seconde question, dont la premièie dépend, est indubitablement allirniative, el ils en donnent trois raisons qu'ils développent, et qui leur donnent lieu de conclure ainsi : « Nous sommes donc convaincus que les Catholiques sont d'accord avec les protestants ; que, s'il y a entre eux quelque dispute, t-Ile roule sur îles questions de nom. i Ils continuent : « Après avoir démontré que le fondement de la religion sui'Sisie dans l'Eglise catholique romaine, en sorte qu'on peut y être orthodoxe , y bien vivre, y bien mourir, et y obtenir le salut, il est aisé, diseni-ils, de décider la question proposée. »
< La sérénissime princesse de Wolfembutel peut, en faveur de son mariage, embrasser la religion catholique. >
Celle déclaration, faite le 28 avril 1707, fut imprimée dans la même année a Cologne, Les journalistes de Trévoux la traduisirent, et libérèrent, avec le latin, dans le journal oe mai 1708. Après avoir observé qu'au témoignage des théologiens d'Helmslad, on pouvait joindre celui de cinquante protestants illustres, de deux synodes, el de lous les luti.éiieos de la confession d'Augsbourg, sur le salut des Catholiques , i's tirèrent cette conséquence :
nages si estimés des princes de leur temps, vous aurez bientôt fait taire les murmures de nos orthodoxes : et voilà pourquoi j'avais désiré de votre part une espèce d'ouvrage apologétique, où vous eussiez mis en parallèle avec vos assertions celles des deux auteurs dont j'ai parlé... Vous ne devez pas dissimuler ce qu'il y a de repréhensible dans l'Eglise romaine, ainsi que ne l'a pas dissimulé Calixte...
Je ne doute pas que les réponses que vous avez faites, surtout à la seconde question (48), ne doivent être supprimées avec grand soin, et qu'elles ne peuvent être rendues publiques qu'avec un grand mécontentement des nôtres; car pour celles que vous faites à la première question , elles ne contiennent rien qui n'ait été dit publiquement, et approuvé par un grand nombre de nos théologiens... Vrous faites très-bien de désavouer et de prétendre n'être point émané de vous, ce qui a été publié malgré vous, et encore avec altération... Sans doute vousaurez tous reconnu, et même averti en partie, qu'il y a de grands abus dans l'Eglise romaine, et qui ne sont pas sans danger, quoique rien n'empêche qu'un membre de l'Eglise romaine n'échappe à ces dangers avec la grâce de Dieu, et ne parvienne au salut, puisque le fondement est sauvé dans cette Eglise. 11 est certain que les nôtres ont souvent parlé dans ce sens , et surtout Georges Calixte , qui,
i Puisque les deux partis conviennent qu'on peut se sauver dans l'Eglise catholique, et que les Catholiques nient ipi'ou puisse >e sauver dans l'Eglise prolestante, la prudence exige qu'on embrasse la religion calholiiue, où le salut n'est pas douteux, et qu'on quille l'Eglise protestante, où l'on ne convient pas que le salut soit possible. Une seconde conséquence qu'ils tirèrent d'après le contexte de la déclaration, c'est que Luther et les chefs de l'Eglise protestante, n'ayant fondé la nécessité de leur séparation de l'Eglise romaine , n'ayant irailé celte Eglise d'idolâtre, d'adultère, de nouvelle ISabylone, que sur les articles de la jusiilication, de l'invoi aiion des saints, du purgatoire ; et cette Eglise étant justifiée sur lous ces points par les théologiens d'Helmslad ; il élait donc prouvé que la séparation avait éié injuste, et que les premiers réformateurs étaient coupables de lous les maux qui en avaient élé la suile. i
Ces conséquences qui étaient justes, et que les protestants pouvaient tirer facilement eux-mêmes, soulevèrent lout le parti protestant contre la déclaration de la faculté de théologie d'Helmsiad. Des raisons de politique ajoutèrent encore au mécontentement qu'on leur témoigna ; ils crurent donc devoir faire une protestation el une espèce de désaveu : mais il est aisé de découvrir par ces pièces mêmes, et surtout par la correspondance de Leibniu avec Jean Fabricius, principal théologien d'Helmslad, que la déclaration publiée sous le nom de la faculté, élail tres-vérilable; el que, s'il y a eu quelque altération dans l'imprimé, celle alleraiion ne porte point sur la substance.
(48) Les théologiens d'ilelmsiad onl divisé en deux la question qui leur a été faite: la première, le différend entre les Catholiques el les luthériens esi-il fondamental? la seconde, esi-il permis de passer de la religion luthérienne à la religion catholique?
quoiqu'il ait encore plus fortement que les autres soutenu que le londement du salut était conservé dans l'Eglise romaine, cependant n'en a pas moins relevé avec force les abus et les erreurs qui y régnaient... Vous savez que tout le droit de notre prince sur le. royaume d'Angleterre est fondé sur la haine et la proscription de la religion romaine dans ce royaume : il ne faut donc pas traiter avec tant de ménagement cette Eglise. Dans la lettre que vous écrivez à Snamus, théologien anglais, et que vous m'avez communiquée, j'ai supprimé !e mot indifféremment, promiscue, dans la phrase où vous dites que c'est calomnieusement qu'on vous impute d'avoir dit qu'il était indifféremment permis à tout le monde de passer de l'Eglise des luthériens à l'Eglise romaine ; car d'une dénégation ainsi restreinte, on inférera, par un argument en sens contraire, que vous avez au moins répondu qu'il était permis à la princesse de passer à celte Eglise; ce que je crois que vous n'avez pas répondu, et ce dont il ne faut pas convenir...
J'en reviens encore à dire que dans votre défense adressée aux Anglais, la plupart ne croiront point qu'il suffise à votre justification de dire que votre écrit a été interpolé ou défiguré, et qu'il a été rendu public contre votre gré, ou d'alléguer l'autorité d'une personne dont les signes ont été pour vous des ordres. D'ailleurs , les écrits de Calixte et d'Horneius ne vous favorisent pas en tout : et ils n'auraient pas, comme vous, répondu affirmativement à la seconde question ; il ne paraît pas encore que vous ayez été dans votre sentiment, merveilleusement d'accord les uns avec les autres dans votre faculté.