‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 306 sur 454 · HC · texte numérisé non relu

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coutume de donner à son parti ; et quidquid ab utraque parte d'ici polest, etsi ab utraque parte vere dici von possit, cette fierté choquante, ces expressions de l'assurance où chacun est en effet, mais dont il est inutile et même déplaisant de faire parade auprès de ceux qui n'en ont pas moins de leur part. Ces façons servent à attirer de l'applaudissement des lecteurs entêtés; et ce sont ces façons qui gâtent ordinairement les colloques où la vanité de plaire aux auditeurs, et de paraître vainqueur, l'emporte sur l'amour de la paix ; mais rien n'est plus éloigné du véritahle but d'une conférence pacifique. 11 faut qu'il y ait de la différence entre des avocats qui plaident, et entre des entremetteurs qui négocient. Les uns demeurent dans un éloigneuient affecté et dans des réserves artificieuses; et les autres font connaître par toutes leurs démarches, que leur intention est sincère et portée à faciliter la paix. Comme vous avez fait louer votre modération, Monseigneur, en traitant les controverses publiquement, que ne doit-on pas attendre de votre candeur, quand il s'agit de répondre à celles des personnes qui marquent tant de bonnes intentions?

Nous n'avons pas la réplique de Bussuet à cette lettre, qui ne demeura mûrement pas sans réponse ; niais nous avons une autre lettre de Leibnitz au même, du 8 avril 1G92, qui en suppose une de ce prélat. Leibnitz, dans sa réponse, produit , pour la première fois, un fait de grande conséquence, et qu'il rappellera souvent, en vue de prouver qu'd était possible de suspendre les décisions et les ai, alliâmes du concile de Trente.

Lettre de Leibnitz à Bossuet.

Tout ce qui a été fait, et dont il y a des exemples approuvés dans l'Eglise, est possible ; et il semble que le parti des protestants est si considérable, qu'on doit faire pour eux tout ce qui se peut. Les calixtins de Bohême l'étaient bien moins ; ce n'était qu'une partie d'un royaume. Cependant vous voyez par la lettre exécutoriale des députes du concile de Bdle, que je joins ici, qu'en les recevant, on a suspendu à leur égard un décret notoire du concile de Constance ; savoir, celui qui décide que l'usage des deux espèces n'est pas commandé à tous les fidèles. Les calixtins ne reconnaissant point l'autorité du concile de Constance, et n'étant point d'accord avec ce décret, le Pape Eugène et le concile de Bâle passèrent pardessus cette considération, et n'exigèrent point d'eux de s'y soumettre, mais renvoyèrent l'affaire à une nouvelle décision future de l'Eglise. Ils mirent seulement cette condition, que les calixtins réunis devaient croire ce qu'on appelle la concomitance ou la présence de Jésus-Christ tout entier sous chacune des espèces, et admettre par conséquent que la communion sous une espèce est entière et valide (pour parler ainsi), sans être obligé de croire quelle est licite. Ces coucordals entre les députés du concile et

ceux des Etats calixtins de la Bohême et de la Moravie ont été ratifiés par le concile de Bâle. Le Pape Eugène en fit connaître sa joie par une lettre écrite aux Bohémiens; encore Léon X, longtemps après, déclara qu'il les approuvait, et Ferdinand promit de les maintenir. Cependant ce n'était qu'une poignée de gens; un seul Zisca les avait rendus considérables, un seul Procope les maintenait par sa valeur; pas un prince ou Etat souverain, point d'évêque ni d'archevêque n'y prenaient part. Maintenant c'est quasi tout le nord qui s'oppose au sud de 1 Europe... Je vous supplie de bien considérer cet exemple, et de me dire votre sentiment là-dessus. Ne vaudrait-il pas mieux pour Borne et pour le bien général de regagner tant de nations, quand on devrait demeurer en différend sur quelques opinions durant quelque temps, puisqu'il est vrai que ces différends seraient encore moins considérables que quelques-uns de ceux qui sont tolérés dans l'Eglise romaine, tel qu'est, par exemple, le point de la nécessité de l'amour de Dieu, et le point du probaiiilisme, pour ne rien dire du grand différend entre Rome et la France ? Je ne désespère pas cependant. Si l'affaire était traitée comme il le faut, je crois que les protestants pourraient un jour s'expliquer sur les dogmes encore plus favorablement qu'il le semble d'abord, surtout s'ils voyaient des marques d'un véritable zèle pour la réforme effective des abus reconnus, particulièrement en matière de culte. Et en effet, je suis persuadé, en général, qu'il y a plus de difficultés dans les pratiques que dans les doctrines.

Leibnitz avait effectivement fait parvenir en même temps que sa lettre, la copie d'une sentence des légats du concile de Bâle, exécuiorial d'un compact ou d'une convention faite avec les Bohémiens. Cette pièce, que ne connaissait pas encore Bossuet, est curieuse ; ei on y lit ces paroles : ltli et illœ qui talem habenl usum (sciticet communionis utriusque speciei), comnmnicabuni sub duplici specie, cum nucioritale Domini nostri JesuCkrisli et Ecclesiœ verœ sponstB ejus : et arliculus ille in sacro coiicilio disculietur ad plénum quoud materiam de prœcepto, et videbilur quid circa illum articulum, pro veritale callioliea sit tenendum el ayendutn.

Leihn'.tz joignit à l'acte dont ce texte est tiré, les observations suivantes :

Cette convention fut approuvée par le concile de Bâle, et même par le Pape Eugène IV.

Il est surtout remarquable que la question louchant le précepte (savoir, s'il est ordonné à tous les Chrétiens de communier sous les deux espèces), resta indécise dans l'acte de convention, et fut renvoyée à la définition du futur concile, quoiqu'on sût fort bien ce que le concile de Constance avait déjà prononcé; ce qu'on fit par ménagement pour les Bohémiens, qui ne reconnaissaient pas l'autorité de ce concile.

Or, le Souverain Pontife a le même droit aujourd'hui, et peut, par conséquent, réunir les protestants à l'Eglise catholique ro-

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maine, en mettant à l'écart les décrets de Trente, et en renvoyant certains points de controverse au jugement irréfragable du futur concile général, sans avoir égard aux décisions et anathématismes du concile de Trente. Ce moyen paraît le seul propre à extirper le schisme sans violence et sans effusion de sang.

Si le désir de la paix et du salut des âmes d'un seul royaume, ou plutôt d'une partie du royaume, fut autrefois un motif assez puissant pour engager à une telle condescendance, combien est-il plus juste d'en user aujourd'hui de même avec les protestants qui remplissent tant de royaumes, et une partie considérable de l'Europe , qui peuvent opposer presque tout le nord à la partie plus méridionale de l'Europe, et la plupart des nations germaniques aux peuples latins? Il n'est, ce semble, ni juste, ni utile de vouloir décider sans eux, des points qui intéressent l'Eglise universelle. Si l'on veut parvenir à une paix solide, il serait beaucoup plus sage de prendre pour modèle la conduite d'Eugène IV, dont on vient de parler. Ce Pape, loin de rejeter avec hauteur les Grecs tant de fois condamnés en Occident, et qui, réduits à une extrême misère, venaient alors en qualité de suppliants, chercher auprès de lui quelque ressource, n'exigea pas même qu'ils se soumissent aux décrets des conciles auxquels ils n'avaient point eu de part, mais les admit en qualité de juges dans le concile de Florence.

Bossuet ne répondit pas d'abord directement à Leibnilz : il écrivit à Pélisson, le 7 mai 1692 :

J'ai vu la pièce que vous envoie Leibnitz sur les calixtins. Il n'y paraît autre chose qu'une sainte économie du concile et de ses légats, pour les attirer à cette sainte assemblée. La discussion qu'on leur offre dans le concile de Bâle, n'est pas une discussion entre les juges, comme si la chose était encore en suspens après le jugement de Constance, mais une discussion amiable entre les contredisants, pour les instruire. Cela n'est rien moins qu'une suspension du concile de Constance. Les calixtins, cependant, s'obligeaient à consulter le concile; ils y venaient pour y être enseignés : on espérait qu'en y comparaissant, la majesté, la charité, l'autorité du concile qu'ils reconnaissaient, achèveraient leur conversion

Il faut aussi observer que les calixtins ne demandaient pas de prendre séance dans le concile, mais qu'eux et leurs prêtres reconnaissaient celui de Bâle, qui n'était composé que de Catholiques. Voilà, Monsieur, la substance de ma réponse, que je vous enverrai enrichie de vos avis, si vous en avez quelques-uns à me donner. Si vous croyez même qu'il presse de faire quelque réponse, vous pouvez faire passer cette lettre à M. Leibnitz. 11 verra du moins qu'on fait attention à ses remarques.

Celle qu'il fait sur le concile de Florence, où les Grecs sont admis à décider la question avec les Latins dans la session publi-

que , serait quelque chose , si ce n'était qu'avant de les y admettre, on était convenu de tout avec eux, dans les dispules et congrégations tenues entre les prêtres. Tout cela est expliqué dans mes réflexions sur l'écrit de Molanus.

On peut voir ces réflexions dans le premier tome dvs œuvres posthumes de Bossuet.

On voit par les lettres de Leibnitz à Pélisson et à Mme de Brinon, qu'il mettait une grande confiance dans l'exemple qu il avait cite du concile de Baie, et qu'il avait f"rl à cœur i!e savoir prompiement ce que répondrait Bossuet à celle autorité. Cependant, il écrivit, le 13 juillei 16!>2, à Bossuet, dont il avait reçu une lettre que nous ne retrouvons pas ; ce piélat le remerciait de lui avoir fait connaître l'ouvrage d'un Capucin, intitulé Via pacis. Voici la lettre de Leibnitz.

Je suis bien aise que le livre du R. P. Denis, gardien des Capucins de Hildesheim, ne vous ait point déplu. Ce Père est de mes amis, et il était autrefois à Hanovre, dans l'hospice que les Capucins avaient ici, du temps de feu monseigneur le duc Jean-Frédéric. Il se contente de faire voir que les bons sentiments ont été en vogue depuis longtemps dans son parti, sans en tirer aucune fâcheuse conséquence contre la réforme, comme il semble que vous faites, Monseigneur, dans la lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire. Les protestants raisonnables, bien loin de se fâcher d'un tel ouvrage, en sont réjouis, et rien ne saurait être plus agréable que de voir que les sentiments qu'ils jugent les meilleurs, soient approuvés jusque dans l'Eglise romaine. Ils ont déjà rempli des volumes de ce qu'ils appellent catalogues des témoins de la vérité, et ils n'appréhendent point qu'on en infère l'inutilité de la réforme. Au contraire, rien ne sert davantage à leur justification que les suffrages de tant de bons auteurs, qui ont approuvé les sentiments qu'ils ont travaillé à faire revivre, lorsqu'ils étaient comme étouffés dans les épines d'une infinité de bagatelles, qui détournaient l'esprit des fidèles de la solide vertu et de la véritable théologie. Erasme et tant d'autres excellents hommes, qui n'aimaient point Luther, ont reconnu la nécessité qu'il y avait de ramener les gens à la doctrine de saint Paul ; et ce n'était pas la matière, mais la forme qui leur déplaisait dans Luther. Aujourd'hui que la bonne doctrine sur la justification est rétablie dans l'Eglise romaine, le malheur a voulu que d'autres abus se sont agrandis, et que par les confraternités et semblables pratiques, qui ne sont pas trop approuvées, à Rome même, mais qui n'ont que trop de cours dans l'usage public, le peuple fût détourné de cette adoration en esprit et en vérité, qui fait l'essence de la religion. Plût à Dieu que tous les diocèses ressemblassent à ce que j'entends dire du vôtre, et de quelques autres gouvernés par de grands et saints évoques. Mais les protestants seraient fort mal avisés,, s'ils se laissaient donner le change là-dessus. C'est cela même qui les doit encourager à près-

ser davantage la continuation de ces fruits des travaux communs des personnes bien intentionnées; et vous, Monseigneur, avec vos semblables (dont il serait à souhaiter qu'il y en eût beaucoup à présent, et qu'il y eût toujours sûreté d'en trouver toujours beaucoup dans le temps à venir), vous vous devez joindre avec eux en cela, sans entrer dans la dispute sur la pointillé, savoir, à qui on en est redevable, si les protestants y ont contribué, ou si on savait déjà ces choses avant eux. Ces questions sont bonnes pour ceux qui cherchent plutôt leur honneur que celui de Dieu, et qui l'ont entrer partout l'esprit de secte, ou, ce qui est la même chose, de l'autorité et gloire humaine.

Je suis ravi d'apprendre que vos réflexions sur l'écrit de l'abbé de Lokkum sont achevées. Nous vous supplions d'y joindre votre sentiment sur l'exemple du Pape Eugène et du concile de Bâle, qui jugèrent que les décrets du concile de Constance ne les devaient point empêcher de recevoir à la communion de l'Eglise les calixtins de Bohême, qui ne pouvaient pas acquiescer à ces décrets sur la question du précepte des deux espèces.

Bossuet répondit, le 27 juillet :

.... J'examinerai en particulier ce que vous avez proposé des conciles de Constance et de Bâle, avec toute l'attention que vous souhaitez, sans me fonder sur aucune autre chose que sur les actes. On achève de décrire mes réflexions. Si vous prenez la peine de considérer tout ce qui a retardé cet ouvrage, j'espère que vous me pardonnerez le délai.

Ce que j'ai remarqué, Monsieur, sur l'écrit du Père Denis, est bien éloigné de la pointillé de savoir à qui est dû l'honneur des éclaircissements qu'on a apportés à la matière de justification ; mais voici uniquement où cela va : Si la doctrine qui a donné le sujet, premièrement aux reproches, et ensuite à la rupture de Luther, a toujours été enseignée d'une manière orthodoxe dans l'Eglise romaine; et si l'on ne peut montrer qu'elle y ait dérogé par aucun acte , donc tout ce qu'on a dit et fait pour la rendre odieuse au peuple, venait d'une mauvaise volonté, et tendait au schisme. Les confréries que vous alléguez premièrement, n'ont rien qui soit contraire à la véritable doctrine de la justification; et d'ailleurs, il est inutile de les alléguer comme une matière de rupture, puisqu'après tout, personne n'est obligé d'en être. Au reste, avec le principe que vous posez, que dans les siècles passés on a fait beaucoup de décisions inutiles, on irait loin; et vous voyez qu'en venant à la question : Quand est-ce qu'on a commencé à faire de ces décisions, il n'y a rien qu'on ne fasse repasser par l'étaminc; de sorte qu'avec cette ouverture , on ne trouvera point de décision dont on ne puisse ébranler l'autorité, et qu'il ne restera plus de l'infaillibilité de l'Eglise, que le nom. Ainsi ceux qui, comme vous, Monsieur,

font profession de la croire, et de se soumettre à ses conciles, doivent croire trèscertainement que le même esprit qui l'empêche de diminuer la foi, l'empêche aussi d'y rien ajouter; ce qui fait qu'il n'y a non (dus de décisions inutiles que de iausses. Je ne réponds rien sur ce que vous voulez bien penser de mon diocèse. C'est autre chose de corriger les abus, autant qu'on le peut, autre chose d'apporter du changement à la doctrine constamment et unanimement reçue. Les gens de bien qui aiment la paix auraient pu se joindre à vos réformateurs, s'ils s'en étaient tenus au premier; mais le second était trop incompatible avec la foi des promesses faites à l'Eglise; et s'y joindre, c'était rendre tout indécis, comme l'expérience ne l'a que trop fait connaître. Il faut donc chercher une réunion qui laisse en son entier ce grand principe de l'infaillibilité de l'Eglise, dont vous convenez, et l'écrit de l'abbé Molanus donne un grand jour à ce dessein. Vous y contribuez beaucoup par vos lumières, et j'espère que dans la suite, vous ferez encore plus.

Le 28 août, Bossuet écrit à Leibnitz, eu lui envoyant en même temps ses réflexions sur l'écrit de Molanus. On trouve dans ces réflexions, ouvrage infiniment précieux, et presque aussi important que l'exposition de la doctrine chrétienne; on y trouve, dis-je , une réponse irès-forle et liés-éiendue à l'exemple du concile de Itâle cl au prétendu principe de pacification, si souvent allégué par Leibnitz. Nous ne pourrons pas nous dispenser de l'insérer dans notre analyse.

Bosbuet, dans cette lettre du 28 août, dit à Leibnitz :

Je ne puis vous dissimuler qu'un des plus grands obstacles que je vois à l'union est dans l'idée qui parait dans plusieurs protestants, sous le beau prétexte de la simplicité de la doctrine chrétienne, d'en vouloir retrancher tous les mystères qu'ils nomment subtils, abstraits et métaphysiques, et de réduire la religion à des vérités populaires. Vous voyez où nous mènent ces idées ; et j'ai deux'cboses à y opposer du côté du fond : la première, que l'Evangile est visiblement rempli de ces hauteurs, et que la simplicité de la doctrine chrétienne ne consiste pas à les rejeter ou les affaiblir, mais seulement à se renfermer précisément dans ce qui en est révélé, sans vouloir aller plus avant, et aussi sans demeurer en arrière : la seconde, que la véritable simplicité de la doctrine chrétienne consiste principalement et essentiellement à toujours se déterminer en ce qui regarde la foi, par ce fait certain : Hier on croyait ainsi, donc encore aujourd'hui il faut croire de même.

Si l'on parcourt toutes les questions qui se sont élevées dans l'Eglise, on verra qu'on les y a toujours décidées par cet endroit-là; non qu'on ne soit quelquefois entré dans la discussion pour une plus pleine déclaration de la vérité, et une plus entière conviction de l'erreur; mais, enfin, on trouvera toujours que la raison essentielle de la décision a été : On croyait ainsi quand vous êtes venus,

donc à présent vous croirez de même, ou vous demeurerez séparés de la tige de la société chrétienne. C'est ce qui réduit les décisions à la chose du monde la plus simple, c'est-à-dire au fait constant et notoire de l'innovation, par rapport à l'état où l'on avait trouvé les choses en innovant.

C'est ce qui fait que l'Eglise n'a jamais été embarrassée à résoudre les plus hautes questions; par exemple, celles de la Trinité, de la Grâce, et ainsi du reste; parce que, lorsqu'on a commencé à les émouvoir, elle en trouvait la décision déjà constante dans la foi, dans les prières, dans le culte, dans la pratique unanime de toute l'Eglise. Cette méthode subsiste encore dans l'Eglise catholique; c'est donc elle qui est demeurée en possession de la véritable simplicité chrétienne. Ceux qui n'y peuvent entrer sont bien loin du royaume de Dieu, et doivent craindre d'en venir enfin à la fausse simplicité, qui voudrait qu'on laissât la foi des hauts mystères à la liberté d'un chacun.

Au reste, les luthériens, quoiqu'ils se

que sont venus leurs raffinements sur l'ubiquité, sur la nécessité des bonnes œuvres, sur la distinction de la justification d'avec la sanctification, et sur les autres articles où nous avons vu que tout consiste en pointillé, et qu'ils en sont revenus à nos expressions et à nos sentiments, lorsqu'ils ont vouluparler naturellement.

Je prends la liberté, Monsieur, de vous dire ces choses, en général, comme à un homme que son bon esprit fera aisément entrerdans le détail nécessaire; et je finirai'cette lettre, en vous avançant deux faits constants: le premier, qu'on ne trouvera dans l'Eglise catholique aucun exemple où une décision ait été faite autrement qu'en maintenant le dogme déjà établi; Je second, qu'on n'en trouvera non plus aucun où une décision déjà faite ait jnniais été affaiblie par la postérité.

Leibniiz répondii le A octobre 1692, et voici ce que nous remarquons dans sa réponse

Il est quelques points de mes lettres où je ne me suis pas assez expliqué. Quand j'y parlais des décisions superflues, je n'entendais pas celles de l'Eglise et des conciles œcuméniques, mais bien celles de quelques conciles particuliers, ou des Papes, ou des docteurs. Je n'avais allégué les confréries, entre autres choses, que parce qu'il semble que des abus s'y pratiquent publiquement, a quoi il est bon de remédier pour montrer qu'on a des intentions sincères.

Quani à l'obstacle que vous craignez, Monseigneur, de la part de plusieurs protestants, dont vous croyez que le penchant va à réduire la foi aux notions populaires, et à retrancher les mystères, je vous dirai que

nous ne remarquons pas ce penchant dans nos professeurs (49). Jls en sont bien éloignés, et ils donnent plutôt dans l'excès contraire des subtilités, aussi bien que vos scolastiques.

Il y a bien à dire ceci : Hier on croyait â ceci, donc aujourd'hui il en faut croire de même; car que dirons-nous, s'il se trouve qu'on en croyait autrement avant-hier ?

Faut-il toujours canoniser les opinions qui se trouvent les dernières? Notre-Seigneur réfuta bien celle des Pharisiens; olim non erat sic. Un tel axiome sert à autoriser les abus dominants. En effet, cette raison est provisionnelle , mais elle n'est point décisive. Il ne faut pas avoir égard seulement à nos temps et à notre pays, mais h toute l'Eglise, et surtout à l'antiquité ecclésiastique. J'avoue, cependant, que ceux qui ne sont pas en état d'approfondir les choses, font bien de suivre ce qu'ils trouvent.

Je ne sais s'il n'y a pas des instances contraires à cette thèse qui suppose qu'on a toujours maintenu ce qu'on trouvait déjà établi ; car ce qu'on a décidé contre les monothélites, paraissait auparavant fort douteux....

Que dirons-nous du second concile de Nicée, que vos messieurs veulent faire passer pour œcuménique? A-t-il trouvé le culte des images établi? Il s'en faut beaucoup.

Leibniiz entre dans quelques détails sur les monothélites et les iconoclastes. Mous voyons par une aulre lellre, où il continue ce point de controverse, que Bossuet lui avait répondu ; mais celte réponse élanl perdue, nous ne citerons rien de la dernière, lettre de Leibniiz. : elle ajoute peu à ce qui avait été dit dans la précédente. Anus observerons seulement qu'on peut voir une réponse sommaire à tout ce qu'avance Leibnitz sur les nionollléliles el les iconoclastes, dans l' Avant-propos de son Mémoire sur la réception du concile de Trente.

h' ibniiz écrivit une aulre lettre à Bossuet, le 15 j' in 1(195, pour lui annoncer l'envoi d'une léponse a la Dissertation de l'abbé Pirot, louchant l'autorité du concile de Trente. Leibnitz, qui proposait de suspendre les anallièiiies et les décisions du concile ue Trente, el qui faisait dépendre de ce point la réunion des proles'ants, avait donc le plus grand intérêt à inoniier, s il était possible, que ce concile n'était pas reçu en France, ni dans ies points de discipline (ce que lout le monde accordait), ni dans les matières de loi. Nous avons déjà l'ait imprimer la dissertation de Leibnitz dans la première édition de notre ouvrage. Elle renferme loin ce qu'on pouvait recueillir el dire de plus spécieux contre la réception du concile en France. On y voit une connaissance de faits appartenant à noue histoire particulière, lièséionnanle dans un étranger; et Leibniiz, parla subtilité d-s raisonnements qu'il emploie, et l'étendue des recherches qu'il développe, s'y montre véritablement fort au-dessus du r. le Counoyer, et de tous les autres théologiens ou jurisconsultes fiançais qui ont voulu soutenir la même thèse. Nous ne pûmes point insérer celte pièce dai.s notre collection, sans y joindre la réponse de Bossuei. Colle léponse esl vraiment du plus haul intérêt; nous osons due qu'il n'est rien qui lui soit supérieur, soit pour la force du raisonnement, soit pour la vigueur

(19) L'état actuel des universités protestâmes en Allemagne , voyant sur ce point que Leibnitz.,

montre que Bossuet a été plus clair-

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