PRINCIPE ET NATURE DE L' AMOUR DE DIEU
{Epist. ad amicum, t. I, p. 29.)
La notion de l'amour se tire très-bien de la langne allemande. Les Allemands expriment aimer par gern sehen, et haïr par nicht gern sehen.
De là, aimer une chose, c'est prendre du plaisir dans sa connaissance: donc plus la connaissance qu'on aura de cette chose sera profonde, plus elle donnera de plaisir. Appliquons cela à l'amour de Dieu. Celui qui veut aimer Dieu au-dessus de tout, doit donc, préférablement à tout, s'appliquer à connaître la beauté de Dieu. Pour connaître la beauté d'une personne, il ne suffit pas do considérer un de ses doigts; il u'est pas besoin non plus de considérer en détail toutes les parties qui la composent, jusqu'à ses pores et ses cheveux; mais il faut, pour ainsi dire, la parcourir tout entière d'un seul coup d'œil.
De même, pour connaître la beauté de Dieu, il ne suffit pas de contempler quelqu'un de ses ouvrages ; il n'est pas aussi nécessaire, comme ii ne serait pas non plus possible, de les contempler tous; mais ii suffit de se former en général de Dieu quelque idée bien fondée, de le concevoir, par exemple, comme le modérateur de l'univers le plus sage et le plus parfait. L'amour de cet être consiste à croire que tout ce qu'il fait est bon, et d'y acquiescer sans nous permettre ni plainte, ni murmure, ni révolte intérieure; ensuite à ne négliger aucune occasion de procurer le bien général ; et enfin, s'il nous est arrivé d'en agir autrement, à réparer notre faute, autant qu'il nous sera possible.