‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 322 sur 454 · CONTROVERSE ENTRE FENELON ET BOSSUET · texte numérisé non relu

CONTROVERSE ENTRE FENELON ET BOSSUET

Sur l'amour de Dieu, terminée par une seule définition.

(T. VI, p. 251, Lettre à M. Thomas Burnel.)

On agite en Angleterre une question sur l'amour de Dieu, qui est aussi agitée en Fiance entre l'archevêque de Cambrai, précepteur du duc de Bourgogne, et l'évêque de Meaux, ci-devant précepteur du Dauphin. 11 y a longtemps que j'ai examiné cette matière, car elle est de grande importance; et j'ai trouvé que pour décider de telles questions, il faut avoir de bonnes définitions. On trouve ma définition de l'amour dans la Préface de mon Code diplomatique, où je dis:

Amarc est felicitate alterius deleclari, aimer, c'est trouver son plaisir dans la félicité d'autrui ; et, par cette définition, on peut résoudre cette grande question : comment l'amour véritable peut être désintéressé, quoique cependant il soit vrai que nous ne faisons rien que pour notre bien. C'est que toutes les choses que nous désirons par elles-mêmes, et sans aucune vue d'intérêt, sont d'une nature à nous donner du plaisir par leurs excellentes qualités, de sorte que la félicité de l'objet aimé entre dans la nôtre. Ainsi on voit que la définition termine la dispute en peu de mots.

Développement du même point.

(T. Y, p. 180, Cogit. Miscellaneœ.)

L'incomparable Fénelon s'est fait une plus juste réputation dans le monde, par la publication de son Te'lémaque, que par la manifestation de son sentiment sur l'amour de Pieu. Cependant il faut convenir que le P. Lami, Bénédictin, qui a défendu ce sentiment, et l'évêque de Meaux, ainsi que Mallebranche qui l'ont combattu, n'ont pas assez bien traité la question, et ne l'ont pas exposée dans un jour convenable; et cela, parce qu'ils n'ont point donné une définition du véritable amour assez juste et assez exacte. Cette définition, je l'avais donnée dans la Préface du Code diplomatique du droit des gens, quelques années avant que la controverse sur ce sujet eût été élevée. J'y avais dit que l'amour avait lieu quand on prenait plaisir dans la félicité d'autrui, et qu'on se rendait cette félicité propre, et que lorsque l'objet qu'on aimait était capable de félicité, l'affection qu'on lui portait devenait un amour véritable; d'où il suit que l'amour d'autrui ne peut pas être séparé de notre véritable bien, ni l'amour de Dieu de notre félicité; mais il est encore un point d'une égale certitude, c'est qu'outre le plaisir qu'on goûte dans la félicité d'autrui, ou peut en tirer encore une utilité propre; mais cette utilité n'appaTtie'nt pas au pur amour, quoiqu'on ne doive ni l'en exclure ni la rejeter.

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