LOI DE LA RÉPUTATION
{Nouveaux essais sur ï 'entendement humain, p. 211.
en termes formels. C'est encore une doctrine étrange, que de dire qu'on peut vivre saintement sans connaître Dieu. Je veux croire qu'on peut avoir quelque vertu apparente, qui n'ait aucun rapport à Dieu: mais la sainteté renferme, proprement parlant, ce rapport des vertus à celui qui est la source de toute pureté et de toute perfection. D'ailleurs un athée peut être homme de bien, moralement parlant, soit par tempérament, soit par coutume ou par un heureux préjugé; mais il ne saurait l'être entièrement par un principe solide de la droite raison, à moins d'avoir? obtenu ce grand point, de trouver un plaisir dans la vertu, et une laideur dans le vice, qui surpassent tous les autres plaisirs ou déplaisirs de cette vie, ce qui paraît bien rare et bien diilicile, quoiqu'il ne soit pas tout à fait impossible qu'une, -.heureuse éducation, une conversation, une méditation et une pratique proportionnée puissent mener un homme jusque-la, ruais on y arrivera tous les jours plus aisément avec la piété. Hors de cette situation d'esprit extraordinaire, quand notre raisonnement n'est borné qu'aux commodités de cette vie, il ne saurait inspirer des sentiments assez nobles, ni enseignera l'homme ses principaux devoirs, qui se rapporlenUtu souverain .Seigneur de l'univers dont la connaissance nous fait comprendre que son service nous peut obliger en bien des rencontres à préférer le bien d'aulrni à nos intérêts présents, et à prendre un parti que la prudence n'approuverait pas toujours si ce grand motif cessait, et si nous n'avions le meilleur et le plus grand de tous les maîtres, que l'on est heureux de servir, et qui met le bien commun sur le compte. De sorte que les sociniens semblent ravaler la religion tant naturelle que révélée, dans la théorie et dans la pratique, et lui ôter une bonne partie de ses beautés.