LES INFIDÈLES PÈCHENT-ILS DANS TOUTES LEURS ACTIONS
(T. V, p. 185, ex Epist. ad P. Desbosses.)
Voici ce que je pense sur les vertus ou les bonnes œuvres des païens (62). Je crois que plusieurs de leurs actions qui ne sont pas dw rigées vers le souverain bien, n'en sont pas moins formellement, si je peux m'exprimer ainsi, des actions bonnes et innocentes, en observant cependant qu'elles sont toutes affectées, mais d'une manière seulement virtuelle, de la teinture d'une certaine faute. J'entends cela absolument dans le même sens que les théologiens catholiques attribuent une intention virtuelle au prêtre qui consacre, quoique au moment de la consécration il pense peut-être à toute autre chose; et de la même manière encore que votre confrère le P. Spée (il parle au P. Desbosses, Jésuite) enseigne, dans son bel ouvrage, le moyen de louer Dieu sans cesse, moyen qui consiste à se proposer une bonne fois, sérieusement et fortement, de diriger toutes ses actions, et plus spécialement encore quelques-unes d'entre elles vers la gloire divine, ou de les rendre significatives de la louange de Dieu; et de pi us encore» à renouveler de temps en temps cette espèce de protestation, suivant que les occasions s'en présentent dans le cours de la vie. Ainsi, l'action de quelque philosophe ou de quelque héros païen , pourra être assez bonne, pour que toutes les choses qu'elle renferme formellement, puissent, sans être accompagnées d'aucune faute, se rencontrer dans un Chrétien fort pieux; mais, la différence, entre l'action de l'infidèle et celle du pieux Chrétien, viendra de ce que le virtuel, ou pour mieux dire, l'intention 'et l'im putatif manquent dans l'action de l'infidèle, en ce qu'il n'a pas auparavant dirigé son intention vers le souverain bien, et ne s'était point proposé de rapporter, dans la suite, toutes ses actions à ce but, au lieu que ce virtuel, cet imputatif ne manque point dans l'action du fervent Chrétien qui avait formé l'intention et le propos dont nous parlons.
Ainsi, comme l'intention virtuelle rend certaines actions recommandables et profitables, la continuation d'un défaut d'intention vicie d'autres actions et les rend répréhensibles.
.Mais quel est le degré de ce vice, ou du moins de cette imperfection? Il faut, à mon avis, le mesurer d'après le degré de malice ou de faute, et sur la vincibilité de l'erreur ou de l'ignorance : et quelle est la peine que ce défaut mérite? C'est ce que je laisse au jugement de Dieu.
vices. Plusi' uis théologiens, faisant profession d'èire attaché' à la doctrine de saint Augustin, soutenaleut l'affirmative.