‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 346 sur 454 · HÉRÉSIE DES ANTIPODES · texte numérisé non relu

HÉRÉSIE DES ANTIPODES

(Nouveaux essais sur l'entendement humain, p. 556.)

Au sujet de l'hérésie prétendue des Antipodes, je dirai en passant qu'il est vrai que Boniface, archevêque de Mayence, a accusé Vigile de Sakbourg, dans une lettre qu'il a écrite au Pape contre lui sur ce sujet, et que le Pape y répond d'une manière qui fait paraître qu'il donnait assez dans le sens de Boniface ; mais on ne trouve point que cette accusation ait eu de suites. Vigile s'est toujours maintenu. Les deux antagonistes passent pour saints, et les savants de Bavière, qui regardent Vigile comme un apôtre de la Carinthie et des pays voisins, en ont justifié la mémoire.

SUPERSTITION DES SCLAVES.

(T. IV, part, n, p. 278, Obscrvatio de supcrstitionibus Sclavorum.)

Les coutumes que les Sclaves, originaires de la Sarmatie, observaient encore dans le ix* siècle , forment une espèce de tableau où nous voyons les mœurs anciennes des Germains ; comme nous voyons dans les Abyssins de nos jours les rites et les usages

de l'Eglise dans le v* siècle. Les Sclaves ont été convertis assez tard au christianisme; et voilà pourquoi ils ont conservé plus longtemps les mœurs anciennes. Leur conversion fut l'ouvrage d'Otton de Bamberg. Sifride, qui accompagna le saint évêque dans sa mission en Poméranie , et qui a écrit sa Vie, rapporte deux traits de la superstition de ces peuples, qui nous aident à mieux entendre deux superstitions semblables que Tacite a remarquées dans les mœurs des Germains; ce sont les augures des chevaux et les sorts des bois. Les Poméraniens avaient un cheval noir, gras, d'une grande vivacité et d'une hauteur surprenante : il ne travaillait jamais, ne souffrait, pas d'être monté par personne ; et c'était un des quatre prêtres des temples qui était préposé pour le garder avec le plus grand soin. Lorsque le peuple délibérait sur une guerre ou une course dans le pays des ennemis, si l'expédition devait se* faire par terre, le cheval servait à faire connaître l'événement en cette sorte. On couchait à terre neuf lances, à une coudée de distance l'une de l'autre : on enharnachait et on bridait le cheval ; alors le prêtre, à qui la garde en était confiée, le prenait par la bride, le menait et le ramenait trois fois à travers les lances. Si le cheval passait sans se blesser et sans déranger les lances, c'était un signe de succès, et ils marchaient avec confiance. L'évêque Otton réussit enfin avec le secours de Dieu, malgré les plus violentes oppositions de quelques particuliers, à abolir tolalement ce genre de superstition, et toutes les divinations par le bois qui étaient en usage chez ces peuples pour présager Je succès d'un pillage ou d'un combat naval. Quant au cheval dont nous avons parlé, dans la crainte qu'il ne fût un scandale aux faibles, le saint ordonna qu'on le vendit dans une terre étrangère, assurant qu'il était plus propre aux charrettes qu'aux prophéties. On rapporte dans la même Vie, que les Sclaves renoncèrent à la pluralité des femmes. Les Sclaves, sur cet article, différaient donc des Germains, qui ne connaissaient point la polygamie.

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