‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 353 sur 454 · LXXIII. Nous voyons par là que tout · texte numérisé non relu

LXXIII. Nous voyons par là que tout

corps vivant a une entéléchie dominante, qui est l'âme dans les animaux; mais les membres de ce corps vivant sont pleins d'autres corps vivants, plantes, animaux, dont chacun possède encore une entéléchie ou une âme dominante.

LXXIV. Il ne faut pourtant pas s'imaginer, avec quelques personnes qui n'ont pas assez bien saisi ma pensée, que chaque âme ait une certaine masse ou portion de matière propre, et par conséquent possède d'autres êtres vivants, qui eux-mêmes en possèdent d'autres à leur tour, et que tous soient destinés à son service ; car tous les corps, ainsi que les rivières, sont dans un tlux continuel : les anciennes parties s'échappant sans cesse, sans cesse sont remplacées par de nouvelles parties.

LXXV. Ainsi l'âme ne change de corps qu'insensiblement et par degrés, en sorte qu'elle n'est jamais privée tout à coup de tous ses organes; les animaux subissent souvent des métamorphoses; mais la métempsycose ou la transmigration des âmes n'a jamais lieu; et même il n'y a point d'âmes qui soient entièrement séparées de tout corps.

LXXVI. D'où l'on doit conclure qu'à parler à la rigueur, il n'y a point de génération, ni de mort parfaite : car ce que nous appelons génération , n'est que développement et accroissement, comme ce que nous appelons mort n'est qu'enveloppement et diminution.

LXXVII. Les philosophes ont été trèsembarrassés sur l'origine des formes, des entéléchies ou des âmes ; mais aujourd'hui que des observations exactes sur les plantes, les insectes et les animaux, nous ont appris que ces corps organiques de la nature ne sont point engendrés du chaos ou de la putrélaction, mais proviennent constamment de semences dans lesquelles sans doute il faut admettre quelque préformalion, on doit conclure que non-seulement le corps organique préexistait avant la conception, mais encore que l'âme existait dans ce corps, c'est-à-dire qu'on doit en conclure la préexistence de l'animal ; et la conception n'a fait que disposer cet animal à subir une sorte de grande transformation qui l'a rendu animal d'une autre espèce : hors même de la génération, nous voyons quelque chose de semblable dans les vers, par exemple, et les chenilles, dont les premiers se transforment en mouches, et les dernières en papillons.

LXXVIII. On peut appeler spermatiques, les animaux parmi lesquels il en est que la conception fait monter au degré le plus élevé dans l'échelle de l'animalité. Mais ceux d'entre eux qui ne changent point d'espèce, naissent, se multiplient, périssent comme les grands animaux; il n'en est qu'un trèspetit nombre entre tous, qui soient appelés à paraître sur un plus grand théâtre.

LXXIX. Mais ceci n'est encore que la moitié de la vérité ; j'ai donc pensé que, si un animal ne commence jamais naturellement, il ne doit non plus finir jamais naturellement, et que non-seulement il n'y a point de génération, mais encore il n'y a point de destruction totale ou de mort prise à la rigueur, et les raisonnements a posteriori s'accordent parfaitement avec mes principes, tels que je viens de les déduire a priori.

LXXX. On peut donc soutenir avec confiance, non-seulement l'indestructibilité de l'âme (miroir du monde indestructible), mais encore l'indestructibilité de l'animal môme: quoique sa machine le plus souvent périsse en partie, et dépouille ses enveloppes organiques ou en revêtisse d'autres.

LXXXI Ces principes m'ont fourni le moyen d'expliquer naturellement l'union ou plutôt la conformité de l'âme et du corps organique. L'âme suit ses lois, et le corps suit aussi les siennes : mais ils s'accordent ensemble en vertu de l'harmonie préétablie entre toutes les substances, puisque toutes représentent le même univers.

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