OBSERVATIONS SUR LE SERMENT DE LIBERTE ET EGALITE
noncées comme émanant du Pape et des évêques. Or, parmi ces décisions, il en est quelques-unes qui, loin d'être émanées du Pape, sont en opposilion avec des décisions que le Pape a très-certainement données. On n'en produira qu'un exemple. C'est ainsi qu'on l'ait décider le Pape :
Article 11. « Les ornements et les pierres sacrées ne sont plus nécessaires. Tout ce qui n'est-que de droit ecclésiastique positif cesse aujourd'hui d'obliger. »
Voici maintenant une réponse donnée par le Pape, le 2G juillet 1794, à celle question : Petitur facilitas celebrandi Missam absque altari, absque minislro, absque ornamcntis.
U. Sanclissimus de concilio sacrœ cardinalium Congregationis, attends luctuosissimis circumstantiis dequibus agitur, bénigne concessit oratoribus facilitaient celebrandi Misses sacrificium sine ministro et super altari portalili. lisdem prœlerea concessit facilitaient consecrandi altaria portalilia, cum oleis tamen ab episcopo consecratis, et benedicendi sacerdotalia indûment a, non tamen celebrandi in habitu laicali.
On voit que la permission de célébrer sans autel et sans ornements est formellement refusée. Le Pape n'a donc pas pu décider que les pierres sacrées et les ornements n'étaient plus nécessaires ; et si le principe général mis en avant et donné comme approuvé par le Pape, était vraiment approuvé par le Pape, savoir que « lout ce qui n'est que de droit ecclésiastique positif cesse aujourd'hui d'obliger, » le Pape n'aurait point encore exigé dans ia décision précédente, que l'huile qui servirait à la consécration des pierres sacrées fût bénite par un évoque : et les pierres sacrées et les calices consacrés eux-mêmes no seraient pas nécessaires pour la célébration du saint sacrifice : car les bénédictions et les consécrations ne sont nécessaires que de droit positif ecclésiastique, et non de droit divin.
Il est donc bien prouvé que quand on a assuré le vicaire général de Toulouse que le Pape et les évêques condamnaient unanimement le serment, le témoignage n'a pas été conforme à la vérité, et quand on impose l'obligation étroite de le rétracter, c'est sur un fondement ruineux que l'on s'appuie.
On croit inutile de rien observer sur les intentions et les motifs qu'on prétend avoir empêché le Pape de prononcer une condamnation. Des intentions et des motifs qu'on ne connaît ordinairement que par des conjectures, sont-ils faits pour servir de règles et de principes de décisions dans une controverse aussi importante : et d'ailleurs , quelle confiance ajouter aux témoignages que rendent sur les intentionsordinairement secrètes, des personnes qui, dans la même affaire, se sont trompées sur des faits palpables?
On ne croit pas devoir s'arrêter sur l'imputation faite au serment dans la Lettre du vicaire général,. de renfermer « un consen-
tement à la destruction de la religion, à la proscription de ses ministres, au renversement de toutes les lois de la société humaine, » etc., etc., etc. Une imputation aussi odieuse et aussi élrange montre seulement sous quelle forme hideuse se sont présentées la liberté et l'égalité aux jeux de ceux qui ont blâmé le serment; et combien ils étaient éloignés de ne voir, ainsi que n'y ont vu ceux qui l'ont prêté, dans la liberté, que le droit d'être gouvernés par des lois et non par des volontés arbitraires ; et dans l'égalité, que l'exclusion des privilèges dans la répartition des impôts, l'admission aux dignités, et l'application des châtiments.
Oh ! combien de justes plaintes de la part de ceux qui ont prêté le serment, n'autoriseraient pas les procédés d'un si grand nombre de ceux qui, en France, lui ont été opposés. Combien en est-il parmi ces derniers qui ont poussé l'excès de la prévention jusqu'à tomber eux-mêmes dans le schisme , jusqu'à renouveler l'hérésie des vaudois et des donatistes! Car il en est qui ont rompu ouvertement toute communion avec ceux qui avaient fait ce serment. Et que qualifiera-t-on schisme antischismaliquc , si on ne qualifie pas ainsi la séparation dans les choses spirituelles, dans un nombre si considérable d'évêques et de prêtres, de fidèles, qui constamment ont conservé la communion de l'Eglise? Il en est d'autres qui ont soutenu que ceux qui avaient prêté le serment, par là même avaient perdu toute juridiction et tout pouvoir d'absoudre : ce qui est retomber dans l'hérésie des vaudois. Enfin, il en est qui ont cru devoir rebaptiser les enfants baptisés par les prêteurs du serment ; et voilà encore l'hérésie si ancienne et si odieuse des donatistes. L'ignorance dans de semblables cas peut excuser bien des fidèles ; peut-elle excuser des prêtres ?
Au reste, ceux qui ont prêté le serment s'abstiennent de toute espèce de plainte et même de toute observation sur les maux qu'eût entraînés le sentiment et la conduite de leurs adversaires. Ils rendent justice à la foi, au zèle, à la magnanimité sacerdotale de la plupart de ceux qui les censurent. Us sentent parfaitement, par les préventions qu'eux-mêmes ont eues d'abord contre le serment, comment des confrères qui n'habitaient point Paris comme eux, qui comme eux n'avaient pas la faculté de conférer et de s'instruire, ont d'abord aussi conçu les mêmes préventions, ont dû les conserver et ne consulter qu'elles dans leur jugementet leur conduite. Us reconnaissent avec candeur que, s'ils avaient partagé la position de leurs confrères, très-vraisemblablement ils auraient aussi partagé leurs sentiments et suivi leurs exemples.
Mais, en rendant à ceux qui ont refusé le serment la justice qui leur est due, ceux qui l'ont prêté n'en sont pas moins fondés à demander :
1° Qu'on ne leur impute pas des erreurs et des sens porvers, dont ils furent toujours très-éloignés ;
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2° Qu'on ne les dénonce pas à l'opinion des fulèles comme des prévaricateurs indignes de leur confiance ;
3° Qu'on en croie à la sincérité de leurs protestations, quand ils se déclarent d'avance soumis aux décisions,lquel!es qu'elles puissent être, que le
porter sur le serinent de la liberté et de l'égalité;
k° Enfin, qu'en attendant ces décisions, on ne prenne point à leur égard d'autres mesures que celles adoptées par le Saint- Siège, mesures pleines de sagesse, et qui ne respirent que cuaritb, paix, unité.
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