OBSERVATIONS SUR LE SERMENT DE LIBERTE ET EGALITE
té, et offrait d'en faire la preuve. Il est au moins vrai qu'il a été prêté par un grand nombre. Aucun de ces évêques n'a fait connaître depuis qu'il eût changé de sentiment sur cet article. 11 est donc prouvé, encore une fois, que les évêques de France n'ont point unanimement condamné le serment.
3° Plusieurs des évêques qui n'avaient point prêté serment à leur sortie de France, et qui n'avaient aucun intérêt personnel à le justifier, en ont cependant pris la défense. On dit, il est vrai, que les évêques ont changé de sentiment et ont embrassé celui de leurs confrères. On le dit, mais on a de fortes raisons de croire qu'il n'en est rien. 11 est seulement vrai qu'ils ont cessé d'écrire sur cette matière, pour ne pas aigrir quelques-uns de leurs confrères, qui pensaient différemment, et ne point troubler la paix de leur retraite.
4" Il y a une très-grande différence entre nepointapprouver leserment et le condamner. Dans unecontroverse lliéologique, ceux qui embrassent un sentiment, ne sont point censés par là même condamner ceux qui embrassent le sentiment contraire et rompre de communion aveceux. On prouverait même, s'il le fallait, lettres en main, que des évêques qui se sont d'abord déclarés peu favorables au serment, non-seulement se sont abstenus de toute espèce de condamnation, mais ont trèshautement improuvé la conduite des grands vicaires, qui osaienl.interdire les prêtres qui avaient prêté ce serment, et défendre aux fidèles d'assister à leurs Messes: c'est-à-dire qu'ils les frappaient d'une des plus grandes peines qu'on eût pu leur infliger, dans la supposition même que ce serment eût été solennellement condamné par le Saint-Siège, et qu'ils ne se fussent point soumis à cette condamnation. On peut mettre au nombre de ces improbaleurs le cardinal Mauri luimême.
5° Les évêques les plus connus parla vivacité de leur zèle contre le serment sont les évêques de France résidant à Fribourg en Suisse. Ce sont même très-vraisemblahlement ceux dont le vicaire général de Toulouse invoque le témoignage. Or, ces évêques commencent eux-mêmes à adoucir la
(1) LeUre d'un grand vicaire du diocèse de Besançon. Je sais que l'on a écrit à Fribourg qu'on était fort scandalisé de la lettre que je vous ai adressée au sujet du serment de la liberté et égalité. Tout extraordinaire qu'elle a pu paraître, elle n'en est pas moins le résultat de l'opinion de la majorité des associés, ce dont je me suis assuré par moimême. On a varié sur <e point, j"en conviens : mais que conclure de là? Que. nous n'avons pas le don d'infaillibilité; et quand on marche dans un pays où personne n'a passé «levant nous, où l'on est obligé de se tracer et de se frayer à soi-même sa^ roule, on est dans le cas de faire quelques pas inutiles, et de rétrograder quelquefois. La congrégation même des cardinaux à Rome a rapporté quelques-unes de ces opinions; tout cela est un appendice de l'esprit humain. Ce que cela a de fâcheux ne peut pas lui être imputé. Il faut avouer tout simplement qu'on s'est trompé , que mieux éclairé sur une allaite on a changé d'opinion. Pour
sévérité de leur opinion sur le serment, et, au lieu que pour la prorogation ou la conservation des pouvoirs, ils exigeaient auparavant^des prêtres qui avaient prêté le serment, qu'ils se rétractassent, ils se contentent aujourd'hui d'exiger qu'ils déclarent, par écrit, qu'en prêtant le serment, ils n'ont point eu en vue tous les sens qu'on pourrait attribuerait serment, et qu'ils rejettent toutes les mauvaises conséquences qui pourraient s'ensuivre : 5e eos omnes sensus qui juramenti verbis iribni possunt, et ne/aria quœ ex juramenlo sequi poterunt (ou poleranl) consectaria non intendisse eaque se respuere. Cela est tiré de la quatrième des règles qu'ils viennent d'adopter. On aurait bien des réflexions à faire sur la forme et sur l'inutilité d'une déclaration qui ne sera sûrement refusée de personne, ou qui ne le serait que sur le fondement que la demande de cetto déclaration leur paraîtrait une injure. Mais, quoi qu'il en soil, il est toujours bien étrange que, tandis que les évêques les plus prévenus contre le serment pensent, après un mûr examen sans doute, et après des renseignements plus exacts, ne devoir plus en exiger Ja rétractation, que dans plusieurs diocèses de France , de simples vicaires généraux se permettent de l'exiger plus rigoureusement que jamais.
G" Les vicaires généraux d'un grand diocèse sur les frontfères de Suisse, ont été pins loin encore que ces évêques, et viennent de donner un grand exemple (1). Ils avaient d'abord adopté les principes et les mesures sévères contre le serment; mais ils ont annoncé depuis peu, à leurs coopérateurs dans le diocèse, qu'ils avaient changé à cet égard d'opinion et de conduite. Et parce qu'ils ont appris que quelques personnes le trouvaient mauvais, et en avaient porté leurs plaintes à Fribourg, ils ont publié une autre lettre circulaire pour justilier leur variation, et ils parlent, sur cet objet, avec une sagesse et une générosité qui les honorent infiniment.
7° M. l'archevêque de Paris, résidant à Conslance, au milieu de plusieurs évêques distingués par leurs lumières et leur sagesse, et qu'on sait bien n'avoir tous avec lut
vous prouver combien la nôtre est conforme à celle de Rome, je vous envoie copie de quelques décisions de ce pays-là sur la matière. On dit que cela donnera lieu à une nouvelle histoire des variations qui fera triompher les schismatiques. Tant pis pour eux s'ils se scandalisent : ce scandale est alors reçu et non donné : ce n'est point là un motif pour ne point rectifier ses opinions. On dit que cela fera un schisme parmi les bons. Tant pis; mais le schisme viendrait donc d'eux et non pas de nous. 11 n'y a qu'à n'avoir point d'autre opinion que c>Tle de ceux qui sont laits pour nous diriger : et abus tout est d'accord, il n'y a rien à gagner pour l'amour-propre dans les variations, et qu'on s'expose au reproche d'être léger ou inconséquent. Eh bien! il faut s'y soumettre, s'occuper des intérêts de son maître et nullement des siens , tâcher d'imprimer la charité qui ne se scandalise point et qui est le vincutum qui tient toutes les partie* rapprochées.
qu'une même façon de penser, a fait connaître à diverses reprises, et tout récemment encore, « qu'il n'y avait riendeîdécidé sur ce serment; qu'il était très-persuadé qu'il ne fallait point inquiéter ceux qui l'avaient prêté, quel que fût leur état, et que ce point était sans difficulté. »
8° M. l'évêque de Langres ayant appris que des prêtres, autorisés à exercer le ministère dans son diocèse, avaient voulu exiger de quelques personnes la rétractation du serment, leur a aussitôt retiré ses pouvoirs. Quelles réflexions ne fait pas renaître ce trait de conduite de la part d'un évêque si zélé, si savant, et bien à portée de connaître les intentions du Saint-Père et celles d'un grand nombre de ses collègues?
Tous les faits que l'on vient de citer sont constants. Après cela est-on vraiment fondé à soutenir et à publier que les évoques de Fiance condamnent unanimement le serment, et que, pour se conformer à leurs intentions et à leurs ordres, il est nécessaire qu'on le rétracte?
Examinons à présents!, dans la vérité, on a été mieux fondé à avancer que le Pape le condamne, et à supposer qu'il est au moins présumé en exiger la rétractation.
On iallè^ue pour' preuve principale, c'est même la seule qu'on allègue, un fragment de lettre écrite par M. L. M. à un ecclésiastique de Paris, datïs les premiers mois de 1793, d'après laquelle il paraîtrait que le Pape n'approuvait pas le serment, et désirait que sa .façon de penser fût communiquée à cet ecclésiastique.
Alais outre que le fragment de lettre prouverait seulement l'opinion particulière du Pape à cette époque; outre qu'on a tout sujet de croire que si le Pape a été d'abord indisposé contre le serment, il ne l'a point été également dans la suite: outre qu'il est absurde de donner le caractère d'un jugement quelconque à une simple opinion énoncée dans une lettre faite pour être et pour demeurer très-secrète, c'est que le fait même énoncé dans la lettre souffre bien des difficultés : du moins l'on sait que le fragment de lettre littéralement copié ayant été envoyé au cardinal Zélada par des personnes qui désiraient en avoir la confirmation, le cardinal répondit : « Que les personnes sensées ne devaient pas s'en rapporter à ce que dit un particulier qui écrit suivant sa propre manière de penser. »
9° Le Pape, consulté par des évoques ou des prêtres qui supposaient que le seraient était condamné, et demandaient seulement quelle espèce de peines les prêteurs de ce serment avaient encourues, a répondu constamment: « qu'il n'avait porté aucun jugement sur le serment, et que ceux qui l'avaient prêté n'avaient encouru par conséquent aucune peine. »
Et remarquez que toute condamnation faite par un autre que le Pape serait au moins irrégulière; que le Pape seul, ainsi que l'observe le cardinal Zélada, est en droit de prononcer dans cette cause , parce que la
question intéressant une aussi grande Eglise que l'Eglise gallicane, un nombre aussi considérable d'évêques, de prêtres, cie fidèles, c'est une de ces causes majeures que les plus zélés défenseurs de nos libertés conviennent être réservées de droit au Saint-Siège : ce qui est encore plus vrai, lorsque le jugement lui en a été déféré par les parties ellesmêmes.
Il est donc très-avéré et très-manifeste que le Pape n'a porté aucune espèce de jugement. Il s'est contenté de dire que ceux qui avaient prêté le serment devaient aviser à leur conscience, parce que dans Le doute on ne doit pas jurer : Conscienciœ luœ consultant, cum in dubio jurare non liceat. La maxime est incontestable. Ainsi, ceux à qui la conscience rend ce témoignage, qu'ils ont prêté le serment dans le doute s'il élait licite, ont agi contre le respect qu'ils doivent au saint nom de Dieu, et doivent obtenir l'absolution de cette faute. La décision du Pape ne va pas plus loin.
Mais le Pape, de plus, a déclaré trèsexpressément que ceux qui avaient prêté le serment n'étaient jusqu'ici obligés, par aucune espèce de loi, à le retraiter. Voici la dérision entière; observez qu'elle est du 26 juillet 1791. C'est apparemment la connaissance de cette décision qui a déterminé les évêques de Fribourg à ne plus prescrire de rétractation.
Quid agendum eum secundi (rqualitatis ac libertalis juramenti labe pvllutis, si pœnitenliam pétant, nec tute prœslitum juramenlum publiée rctractandi spes ul'.a affulgeat ?
Telle est la demande faite au Saint-Siège, et voici la réponse :
Ad dubium : rescribendum mandavil satis esse quod ii qui prœslilerunt juramentum libellât is et ccqualitatis consultait conscientiœ swe, cum in dubio jurare non liceat; neque ulla tege usque modo obstringi,nondum prolato sanctitatis suœ judicio, ad emittendum ejusmodi juramenti retractationem.
Le Souverain Pontife croit si peu qu'on n'a pu prêter le serment sans blesser grièvement la conscience, et ceux qui ont cru devoir faire cette démarche ont si peu mérité à ses yeux de perdre sa confiance, qu'un ecclésiastique, non résidant à Paris, que lu Pape sait très-bien avoir prêté le serment et ne l'avoir point rétracté, a été investi, de sa part, de pouvoirs très-importanls, dans l'ordre spirituel, pour toute l'étendue de la France. Cette conduite du Souverain Pontifo ne contraste-t-elle pas singulièrement avec celle de quelques vicaires] généraux, qui, sur le prétexte de zèle et de respect pour les décisions du Saint-Siège, jugent indignes'de toute confiance les prêtres qui ont prêté le germent, les dépouillent de toute juridiction, et voudraient les soumettre à une longue pénitence ?
Pour achever de convaincre le vicaire général de Toulouse qu'il doit fort peu compter sur les relations qui lui ont été faites, on observe que sa lettre est accompagnée d'un corps de décisions qui lui ont été an-
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