MÉMOIRE SUR CETTE QUESTION
Les religieuses peuvent-elles aujourd'hui, sans blesser leur conscience, recueillir des successions et disposer par testament? Leurs supérieurs peuvent-ils, doivent-ils même leur en accorder la permission?
Les religieuses ont été, dans les derniers temps, la gloire et la consolation de l'Eglise. Les nouveaux philosophes prétendaient depuis longtemps que les monastères de filles élaient de véritables prisons, et que, si on en ouvrait les portes, la plupart des religieuses en sortiraient avec le plus grand empressement.
L'événement a pleinement démenti leurs prétentions, et a fermé pour toujours la bouche aux détracteurs de la vie religieuse. On a ouvert, on a brisé même les portes des monastères ; et les religieuses n'en sont sorties qu'en cédant à la violence. Leurs yeux sont encore aujourd'hui perpétuellement tournés vers ces saintes demeures : et l'espoir d'y rentrer un jour, quelque éloigné qu'il soit, fait leur plus douce consolation. Elles observent, autant qu'il leur est possible, dans le monde, le même genre de vie qu'elles gardaient sous la loi de la clôture. Sur cent religieuses, à peine s'en est-il trouvé une ou deux qui aient été infidèles à leur vocation.
Dieu, dont la sagesse sait tirer le bien du mal, et qui fait servir à sa miséricorde les actes mêmes de sa justice, a permis qu'elles fussent dispersées dans le monde pour y répandre cette odeur de sainteté si salutaire, qui auparavant était concentrée dans les cloîtres, el pour donner aux libertins, ainsi qu'aux fidèles, les exemples les pius touchants de la piété, de la modestie, de l'humilité, de la patience, de la pénitence. Dépouillées de tout, ces saintes filles vivent du travail de leurs mains : et il faut que ce tra-
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vail suffise, et à la subsistance de celles qui sont jeunes, et à la subsistance de celles à qui l'âge ou les infirmités ont rendu le travail impossible.
Il est vrai qu'en expulsant ces saintes filles de leurs maisons, et en s'emparant de tous leurs biens, on leur a assigné une modique pension; mais on sait que par l'événement ceite pension a été réduite à rien ; et encore, pour toucher cette pension, a-ton exigé d'elles un serment qu'on ne pouvait proposer à des femmes sans absurdité.
Il est encore vrai qu'elles ont été déclarées capables de donations et de successions, ainsi que les autres citoyens; mais des directeurs, plus zélés que savants, ont voulu les priver de cette ressource. Ils ont soutenu qu'elles ne pouvaient sans prévarication recueillir un héritage ou en disposer. Quelques-uns ont été jusqu'à prétendre qu'elles ne pouvaient y être autorisées par Jes supérieurs ecclésiastiques et par le Pape lui-même ; que du moins elles ne pouvaient recueillir les successions qui leur arriveraient, que jusqu'à la concurrence de ce qui était nécessaire pour leur honnête subsistance.
C'est principalement pour éclairer ces directeurs, et empêcher qu'ils ne troublent mal à propos la conscience des religieuses, que nous donnons ce Mémoire. Nous avons puisé dans Suarès, le plus savant et le plus accrédité de tous les auteurs qui ont écrit sur les vœux de religion, quelques principes et quelques points de fait, dont on pourra voir les preuves et le développement dans
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