CHAPITRE XXI
Une novice qui ne s'avance pas dans l'humilité et le détachement, ne convient point au monastère, et le monastère ne lui convient pas.
Oh! qu'une religieuse qui se sent incapable d'observer les règles établies dans nos maisons, ferait une grande charité et rendrait un service agréable à Dieu si elle se retirait avant de faire profession, et laissait ainsi les autres en paixl Pour moi, si j'en étais crue, il n'y a point de monastère où, avant de recevoir une telle personne à faire profession, on n'éprouvât, pendant plusieurs années, si elle ne se corrigerait point. Je ne parle pas maintenant des fautes qui regardent la pénitence et les jeûnes, parce que, quoique ce soient des fautes , elles ne sont pas si dangereuses que les autres; mais j'entends parler de ces imperfections qui consistent à prendre plaisir d'être estimées, à re-
marquer les fautes d autrui et ne remarquer jamais les siennes, et autres semblables qui procèdent sans doute d'un défaut d'humilité. S'il y en a quelqu'une en qui ces défauts se rencontrent, et à qui Dieu ne donne pas, après plusieurs années, la lumière nécessaire pour les connaître et s'en corriger, gardez-vous bien de la retenir davantage parmi vous, puisqu'elle n'y aurait jamais de repos, ni ne vous permettrait jamais d'en avoir.
Je le dis encore, que celle qui se sent avoir quelque inclination pour les choses de la terre, et ne s'avance pas dans la vertu, n'est point propre pour nos monastères; s'il peut y avoir un ciel sur la terre, ils en sont un sans doute pour les âmes qui, n'ayant autre désir que de plaire à Dieu, méprisent leur satisfaction particulière, et la vie qui s'y pratique est très-sainte. Si quelqu'une de vous désire autre chose que de contenter Dieu, elle ne saurait y être contente, parce qu'elle ne l'y trouvera pas; et une âme mécontente est comme une personne dégoûtée, à qui les meilleures viandes que les personnes saines mangeraient avec le plus d'appétit, font mal au cœur; ainsi elle fera mieux son salut en quelque autre lieu, et il pourra arriver que peu a peu elle y acquerra la perfection qu'elle ne pouvait souffrir ici à .cause qu'on l'y embrasse tout d'un coup. Car, quoiqu'en ce qui regarde l'intérieur, on y donne du temps pour se détacher entièrement de l'affection de toutes choses, et pour pratiquer la mortification, il est vrai que, pour ce qui est de l'extérieur, on y en donne fort peu, à cause du dommage qu'en pourraient recevoir les autres sœurs. Si, marchant en si bonne compagnie, et voyant que toutes les autres pratiquent ce que j'ai dit, l'on ne s'avance pas en un an, je crois que l'on ne s'avancera pas en plusieurs années. Ce n'est pas que je prétende que cette personne s'en acquitte aussi parfaitement que les autres; mais au moins doit-elle faire connaître que la santé de son âme se fortifie peu à peu, et qu'ainsi sa maladie n'est pas mortelle.