‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 54 sur 454 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

On ne doit point admettre au nombre des religieuses des filles qui ne montrent pas de l'esprit et du bon sens.

Il faut bien examiner quel est le dessein des filles qui se présentent pour être religieuses, et si elles ne sont point seulement poussées par l'espérance d'y être plus commodément que dans Je monde, ainsi qu'on le voit aujourd'hui arriver à plusieurs. Ce n'est pas que, quand elles auraient même cette pensée, Notre-Seigneur ne puisse la corriger, pourvu que ce soient des personnes de bon sens : si elles en manquent, il no faut point les recevoir, parce qu'elles ne seraient pas capables de comprendre les bons avis qu'on leur donnerait pour leur découvrir ce qu'il y aurait eu de défectueux en leur entrée, et leur montrer ce qu'elles de.

vraient faire pour le réparer, la plupart de celles qui ont peu d'esprit croyant toujours savoir mieux que les plus sages ce qui leur est propre; et ce mal me semble incurable, parce qu'il arrive très-rarement qu'il ne soit point accompagné de malice.

Au contraire, lorsqu'une personne de bon sens commence à s'affectionner au bien, elle s'y attache fortement, parce qu'elle connaît que c'est le meilleur et le plus sûr; et quoiqu'elle ne s'avance pas beaucoup dans la vertu, elle pourra servir aux autres en plusieurs choses, particulièrement par ses bons conseils, sans donner de la peine à personne; au lieu que, quand l'esprit manque, je ne vois pas en quoi elle pourrait être utile à une communauté; mais je vois bien qu'elle lui pourrait être nuisible.

Ce défaut d'esprit ne peut pas sitôt se reconnaître, parce qu'il y en a plusieurs qui parlent bien et qui comprennent mal ce qu'on leur a dit, et d'autres qui parlent peu et assez mal, mais qui raisonnent bien en plusieurs choses. Il y en a d'autres qui, étant dans une sainte simplicité, sont trèsignoranles en ce qui regarde les affaires et la manière d'agir du monde, et fort savantes en ce qui se doit traiter avec Dieu : c'est pourquoi il faut beaucoup les observer avant de les recevoir, et les éprouver très-soigneusement avant de les faire professes.

Page 1