‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 9 sur 454 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Nécessite' de communiquer avec des personnes vertueuses, pour se fortifier dans ses bonnes résolutions.

Je conseillerai à ceux qui s'appliquent à l'oraison, et principalement dans les commencements, de faire amitié avec des personnes qui soient dans le même exercice. C'est une chose très -impoi tante, quand même ils n'en tireraient d'autre avantage que de s'entr'aider par leurs prières. Si dans le commerce du monde, quelque vain et inutile qu'il soit, on tâche de se faire des .unis pour soulager son esprit en leur témoignant ses déplaisirs, et augmenter sa satisfaction en leur faisant part de ses joies, je ne vois pas pourquoi il ne serait point permis à ceux qui commencent à aimer et à servir Dieu véritablement, de communiquer à quelque personne ces consolations et ces peines que ceux qui font oraison ne manquent jamais d'avoir, ni que, pourvu qu'ils veuillent sincèrement se donner à Dieu, ils aient sujet de craindre en cela la vaine gloire. Elle pourra bien les attaquer et leur faire sentir la pointe de ses premiers mouvements; mais ce ne sera que pour leur faire acquérir du mérite en les rendant victorieux, et

profiteront, à mon avis, aux autres et à euxmêmes, pur la lumière qu'ils en tireront pour leur conduite. Ceux qui se persuadent, au contraire, qu'on ne peut sans vanité entrer dans une communication si sainte, trouveraient donc qu'il y aurait de la vanité à entendre dévotement la Jlesse à la vue du monde, ou à faire d'autres actions auxquelles on est obligé comme Chrétien, et que la crainte qu'il ne s'y rencontre de la vanité ne doit jamais empêcher de faire.

On agit aujourd'hui si faiblement en ce qui regarde le service de Dieu, que ceux qui marchent dans ses voies doivent se donner la main les uns aux autres pour s'y avancer; de même que ceux qui n'ont l'esprit rempli que des plaisirs et des vanités du siècle, s'exhortent à les rechercher. En quoi il est étrange que si peu de gens aient les yeux ouverts pour remarquer leurs folies, au lieu que lorsqu'une personne commence à se donner à Dieu, tant de gens en murmurent, qu'elle a besoin de compagnie pour îa défendre et la soutenir contre leurs attaques, jusqu'à ce qu'elle soit assez forte pour ne point craindre de souffrir. Je pense que c'est pour ce sujet que quelques saints s'enfuyaient dans les déserts. C'est d'ailleurs une espèce d'humilité de se défier de soimême, et d'espérer du secours de Dieu par l'assistance des personnes vertueuses avec lesquelles on converse. La charité s'augmente par la communication, et il s'y rencontre une infinité [d'avantages. Ceux mêmes qui sont affermis dans la vertu, ne perdront rien en ajoutant foi par humilité à ceux qui ont éprouvé ce que je dis. Pour moi, je puis assurer que si Dieu ne m'eût fait connaître cette vérité, et ne m'eût donné le moyen de communiquer souvent avec des personnes d'oraison, je serais, après diverses chutes et rechutes, tombée dans l'enfer, parce qu'ayant alors tant d'amis qui m'aidaient à tomber, je me trouvais si seule lorsqu'il fallait me relever, que je ne comprends pas maintenant comment je pouvais le faire. Dieu seul, par son infinie miséricorde, me donnait la main, et je ne saurais trop l'en remercier : qu'il soit béni aux siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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