ACTE IV, SCÈNE III. i5j
Que la nature encor cherche à vous faire entendre : Plus que celui des roU son empire est sacré. Un monarque puissant, un héros admiré, Qu'entourent les flatteurs, que séduit l'imposture, Jamais impunément n'échappe à la nature; Dans sa grandeur farouche à toute lieure isolé, Il gémit sur un trône , et n'est pas consolé.
Qui peut à vos accens demeurer insensible? Un je ne sais quel charme, un pouvoir invincible. Jusque dans le reproche, embellit vos discours. Ten éprouvai cent fois les bienfaisans secours. Loin de vous oppressé , près de vous je respire ; Vous savez mieux que moi jusqu'où va votre empire, Madame; et ce n'est pas vainement qu'un époux Du soin de son bonheur s'est reposé sur vous. Quant à ce fils Ingrat dont vous parlez sans cesse, Oseriez- vous pour lui réclamer ma tendresse. S'il nourrissait dans Famé un dessein criminel? Si , coupable envers moi , coupable envers le Ciel..,
ELISABETH
Envers le Ciel et vous! c'est l'infant qu'on redoute!
On va plus loin.
ELISABETH
Qui ? d'Albe , et Spinola , sans doutée Spinola, qui tantôt l'accusait à ses yeux? Que je viens de revoir en entrant dans ces lieux?
i58 PHILIPPE IL
II m'a souvent donné des conseils légitimes.
ELISABETH
Vous aurait-il encor désigné ses victimes? Voilà vos ennemis , ces conseillers flatteurs , Ministres et bourreaux , tyrans et délateurs : A leur ambition inquiète et jalouse Immolant vos sujets , votre fils, votre épouse; A vos yeux prévenus cachant la vérité ; Vous parlant de vengeance et de sévérité, Du soin de garantir votre pouvoir immense: Ils ne vous ont jamais parlé de la clémence. Sous ce manteau royal , qu ils ont ensanglanté, Us bravent, sans péril, tout un peuple irrité. Séparez-les de vous , laissez-leur en partage Des larmes pour trésors, du sang pour héritage. Vous, dans tous vos sujets retrouvez des amis: Commencez par l'infant, puisqu'il est votre fils; Qu'un regard paternel l'accueille et le caresse. Si d'un âge bouillant l'impétueuse ivresse Dans quelques fautes même avait pu l'entraîner, A cet âge, au malheur, on doit les pardonner. Un bon roi les excuse, un père les oublie. Que ce jour soit heureux; qu'il vous réconcilie; Qu'un amour filial , des respects empressés...
Adieu.