‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 129 sur 347 · SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL

• CASSIUS

Eh quoi! dans le sommeil est-il encor plongé? Non ; de sombres vapeurs il paraît assiégé. Brutus ! '

BRUTUS

* Ah ! ce n'est point un songe , un vain prestige.

A l'instant , Cassius , ô merveille ! ô prodige !

CASSIUS

En est-il?

BRUTUS

Tu m'en vois encor tout étonné.

Aux noirs pressentimens, au trouble abandonné. Je veillais , cher ami : César à l'instant même ,

aoa BRUTUS ET CASSIUS.

Dans ces lieux, à l'instant, tel qu'à son jour suprême, Sanglant, couvert de coups. César m'est apparu. Je l'ai vu. . ^

CASSIUS

Non, Brutus, non, tu ne l'as point vu: Non; la vie est d'un jour, la mort est éternelle; Et, quand il a quitté sa dépouille mortdlle , Non , l'homme ^ rassemblant des vestiges épars , ' Ne vient pas des vivans effrayer les regards. Pour qui n'est point crédule il n'est point de merveUle.

BRUTUS

Puis-je ainsi que mes yeux démentir mon oreille? Il m'a parlé.

CASSIUS

Nos sens et leurs impressions Sont esclaves, Brutus, de nos opinions; Et l'esprit, abusé par un charme invincible, Bientôt croit existant oe qu'il a cru possible. De là ces visions, ces spectres ténébreux, , Dans l'ombre de la nuit simulacres affreux , Ces acoens du trépas et ces voix importunes Qui prédisent, dit-on, les grandes infortimes, Ces signes précurseurs de nos calamités, Tous ces objets trompeurs par nous-même inventés, Ces rêves dont jadis, au temps de notre enfance. Nous berçaient chaque jour la crainte et l'ignorance. Laissons cela. Sais-tu que tu m'as offensé ?

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