ACTE I, SCÈNE III. ao
BRUTUS
Moi!
CASSIU8.
Toi-même, Brutus, et mon cœur est blessé. Ton iaâ»ible voix a, malgré mes prières, Accablé Lucius de peines trop sévères.
U faut en v^tiir tard k ces coups de vigueur, . £t Ton doit condamner l'excès de la rigueur.
Des cruautés pourtant mon âme est ennemie. Cest lui qui , le premier , s'est noté tl'inftimîe. Les dons des Sardiens reçus secrètement iront<^ils pas, avant moi, signé son châtiment? Ai-je, «n le punissant, offensé la justice? Le laissant impuni , j'eusse été son complice. Je ne sais qu'un chemin, c'est celui du devoir; Et, s'il faut dire tout, je ne puis concevoir Qu'un crime, qui des lois appelait la vengeance. Ait pu, dans Cassius, trouver tant d'indulgence. Ah! pour un vil Romain qu'importe ma rigueur? Le crime et non la .peine a &it son déshonneur.
CASSIUS
Punir a ses dangers.
BRUTUS
Pardonner est &iblesse.
CASSIUS
Dans les temps orageux il faut de la souplesse.
ao4 BRUTUS ET CASSIUS.
BRUTUS
Dans les temps orageux il faut de la vertu.
CASSIUS
Étant moins rigoureux, dis, en manquerais-tu ? Rome a besoin de bras soigneux de sa défense; Et tu pouvais aux lois dérober leur vengeance. Qu'importe qu'en secret les dons des Sardiens D'un guerrier courageux aillent grossir les biens? Ce n'est pas en des jours où tout est légitime Qu'un chef prudent s'applique à rechercher le crime: Il veut gagner les cœurs, et non les éloigner.
BRUTUS
Va, les cœurs vertueux sont ceux qu'il veut gagner. Rome n'a pas besoin d'un bras vil et coupable; Et, quels que soient les temps, son génie indomptable Ne voit avec plaisir qu^aux mains de l'équité Le glaive de sa haine et de sa liberté.
CASSIUS
Oui, tu veux t'abuser; mais mon expérience
M'a du cœur des humains donné quelque science :
Je pouvais éclairer ce courage imprudent
BRUTUS
' Certes, pour Lucius ton zèle est bien ardent; Et tu m'affligerais, moi, ton ami, qui t'aime. Si, voulant l'excuser, tu t'excusais toi-même.
CASSIUS
Epargne-moi, Brutus.