‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 134 sur 347 · ACTE I, SCENE IV. m · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV. m

Et n'ayant rien de grand que le nom de Pompée. Rome vit en nous seuls, et périt avec nous, Si les Dieux aujourd'hui ne guident point nos coups; Mais ce serait trahir sa voix et notre gloire , Qu'attendre plus long-temps la mort ou la victoire.

MESSALA

Je ne sais, mais le ciel, oracle des humains, Au moment de frapper semble arrêter nos mains. N'allez pas , compagnons , négliger ses présages. Une vapeur sanglante a rougi les nuages ; Les sinistres oiseaux prédisent nos malheurs ; L'airain sur les autels semble verser des pleurs ; De lamentables voix durant les nuits gémissent ; De spectres effrayans les forêts se remplissent. Hier encor, hier, mes yeux épouvantés Ont vu s'entrechoquer deux aigles irrités : Tandis que parmi nous , dans ces fatales plaides , Tombeau déjà fameux des légions romaines , Le vaincu frappait l'air de ses derniers soupirs. Le vainqueur s'envolait au camp des triumvirs.

PORGIUS.

De la haine des Dieux voilà donc les ministres! Qu'importent, Messala, tes augures sinistres iV Ce n'est point sur la foi de ces présages vains Qu'il nous faut reculer le bonheur des Romains. Des guerriers tels que nous , des chefs tels que les nôtres , Ce présage est heureux; n'en écoutons point d'autres.

STATILIUS

Des tyrans aujourd'hui meure Findigne espoir !

PORCIUS

Vive à jamaifl des lois le vertueux pouvoir ! Vene2, d'un triple joug afiraûdûsaoBs le Tibre; Nous resterons oisifs quand nous l'aurons fait libre. Il gémit dans les fers, amis, et nous tardons! Chaque jour, chaque instant qu'ici nous attendons. Est un instant perdu pour le salut de Rome.

BRUTUS

Mots dignes d'un Romain et du fils d'un grand homme !

GASSIUS.

Mais songez...

STATILIUS

Combattons, guidez-nous.

CASsrus.

Citoyens,

Vous le voulez; marchons, vos vœux seront les miens.

BRUTUS

J'ai de quoi , Porcins , éprouver ton courage.

Le sort c^itre nous deux a déployé sa rage;

Il est bien des malheurs qui nous accablent tous;

Mais j'en sais de nouveaux qui n'accablent que nous.

PORCIUS

Parle; à tous les revers mon âme est aguerrie.

Le Ciel a terminé les destins de Porcie.

PORCIUS

De ma sœur!

Page 1