‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 137 sur 347 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

BRUTUS

Ils en aiment le nom.

Tu vois que cependant ib souffrent l'esclavage , Et tu sais qu'il n'est point de vertu sans courage.

PORCIE

Crois-moi, tant de forfaib, de proscrits généreux Peuvent de nos tyrans briser le joug affreux* Du peuple et du sénat quelle fut l'épouvante, Quand d'un sang respecté la tribune fumante Offrait de Cicéron les restes déchirés!

U semblait, ô Brutus! que ces restes sacrés. Ces mains qui des ^pervers accusaiaat l'impudence, Cette bouche, ces traits qu'enflammait l'éloquence. Tout-à-coup s'animant retrouvaient une voix, Et contre Antoine encor faisaient tonner les lois. D'un courroux vertueux les semences fécondes Ont jeté dans les cœui^ des racines profondes. Plancus que Rome entière appelle au consulat. Galba, Servilius, la moitié du sénat Oppose aux triumvirs un courage intrépide ; Et, si quelques instans ils ont séduit Lépide, On peut tenter...

BRUTUS

Lépide a rompu tous les nœuds Que l'hymen de ma sœur formait entre nous deux. Épargne-moi son nom ; ce monstre débonnaire Dès qu'il fut tritimvir cessa d'être mon frère. Le cruel surpassait leurs exploits inhumains ,

2i8 BRUTUS ET CASSIUS.

Alors que ces brigands, l'opprobre des Romains,

Enivrés de carnage, et de carnage avides,

Sur des tables de sang signaient les parricides.

Oserait-il encore aimer la liberté.

Suivre son étendard , lui qui l'a déserté ?

Non; mais si des grands Dieux la sévère justice

Ordonne qu'à Jamais la liberté périsse.

C'est vainement qu'au trône il aspire aujourdliui;

Et ses deux compagnons domineront sans lui.

Le monde va tomber sous leur obéissance;

Ils tiennent dans leurs mains le glaive et la puissance;

Lépide est sans armée; et ce couple odieux

Veut bien l'abandonner au culte de nos Dieux ,

Et voit, sans s'alarmer, entre ses mains débiles

Briller de l'encensoir les honneurs inutiles.

Mais laissons ces pervers; et puisse, en ce grand jour,

Rome et la liberté triompher sans retour !

Une chose m'alarme, une seule, te dis-je:

Ton abord en ces lieux me console et m'afflige.

Oui, je tremble pour toi : si Brutus est vaincu.

Tu n'en saurais douter, Brutus aura vécu;

Mais aux mains des brigands ma défaite te livre.

PORCIE

Que crains-tu, si je puis te venger ou te suivre? Je sais tous les hasards qu'il me faut partager, Et je ne pâlis point à l'aspect du danger. La liberté m'est chère, 6 Brutus, et je t'aime! Va, poursuis tes destins.

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