‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 136 sur 347 · BRUTUS, PORCIE, FULVIE · texte numérisé non relu

BRUTUS, PORCIE, FULVIE

BRUTUS

Vjes cris que tout le camp jusques au ciel envoie, Et notre étonnement, et nos transports de joie, Après tant de douleur ne te surprendront pas : On avait répandu le bruit de ton trépas. Epouse de Brutus, compagne de ma vie, Je te revois encor! tu ne m'es point ravie; Décimus m'annonçait que tu ne vivais plus.

PORCIE

Des récits indiscrets ont trompé Décimus. Des tyrans, disait-on, la cruauté jalouse Persécutait Brutus jusque dans son épouse. D'une main mercenaire empruntant le secours. On croyait que leur rage avait tranché mes jours. Voulant cacher à tous mes projets, mon absence, Je n'ai pas étouffé ces bruits dans leur naissance. Un affranchi, fidèle à nos grands intérêts.

ai6 BRUTUS ET CASSIUS.

M'a conduite en ces lieux par des chemins secrets;

Et son zèle partout, partout notre silence

A trompe de^ tyrans la sombre vigilance.

J'arrive, je jouis de tes embrassemens,

Et je dois oublier en de si doux momens

Tous ces cruels chagrins, qui, depuis cinq années,

Des amis de Brutus troublent les destinées.

Les vengeurs des Romains vont-ils tenter le sort?

BRUTUS

Oui , ce jour est marqué pour un si noble effort !

PORCIE

Ce jour même !

Ce jour, et les Romains peut-être S'en vont revivre encore et n'auront plus de maître.

PORCIE

C'est se hâter beaucoup. Vous auriez pu du moins Ménager du sénat la prudence et les soins.

BRUTUS

Nous!

PORCIE

Vaincus cette fois, rien ne peut vous défendre.

BRUTUS

Rome est vendue au joug; que pouvais-je en attendre? Plébéiens, sénateurs, tout est glacé.

PORCIE

Non, non; Ija vertu leur est chère.

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