‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 153 sur 347 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

PORCIE

Je ne les vois plus; vous, dont la main nous opprime, Appuis de l'injustice et protecteurs du crime, Dieux ennemis de Rome, ô vous. Dieux irrités, Voilà donc les mortels que vous persécutez! Ah! qu'aux plus noirs chagrins un courage insensible, Quand il faut l'exercer, est aflfreux et pénible!

Et que de la raison les importuns avis Malgré tous nos efforts sont lentement suivis! Sans cesse elle me dit qu en des jours si funestes Il faut se résigner aux volontés célestes; Que je dois , ne pouvant détourner le malheur, Ne pas laisser du moins triompher ma douleur: Vaine raison, tu n'as que d'impuissantes armée, La nature est phis forte et je. répands des larmes. Je n'ai pu, cher Brutus, accompagner tes pas. Malheureuse! tandis qu'ils volent aux combat». Il me faut dans ces lieux attendre ma sentence; Et le sort n'est point las d'opprimer leur vaillance! S'ils périssaient? eh bien, trouver ainsi la mort. N'est-ce pas triompher des tyrans et du sort? Que sont-ils devenus ces temps où l'hyménée Aux destins de Brutus joignit ma destinée? O Brutus ! ô patrie ! ô nom sacré d'époux ! Saint nœud, hymen formé sous un astre jaloux, Hymen à qui les Dieux devaient un sort prospère, Et dont s'applaudissaient les mânes de mon père! O Rome! ô citoyens dont il était l'honneur! Doux et libre avenir! vain espoir de bonheur! Vous n'êtes plus qu'un songe ; et mon âme abusée Sur la foi des vertus s'était trop reposée. C'est leur voix cependant qui me doit rassurer. Le ciel est contre nous, mais s'il me faut pleurer. De quelque coup affreux que m'accable sa haine, Mes pleurs seront au moins les pleurs d'une Romaine.

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