PORCIE, MESSALA
PORCIE
Qae Yois-je? Messala, que viens-tiï m'annoncer? PÉrle.
MES8ALA
Qu'à tout, madame, il nous faut renoncer. Nous avons tout perdu, vous perdez tout vous-même; Votre époux, votre frère.
PORCIE
O puissance suprême !
Une seconde fois nous sommes donc vaincus ?
MESSALA
Hélas!
PORCIE
Et que devient l'armée?
MESSALA
Elle n'est plus.
Abominables fruits des guerres intestines ! O rage ! ô barbarie ! ô jour de nos ruines ! Plus de nœuds, plus de droits; l'ami sans frissonner Reconnaît son ami qu'il vient d'assassiner; Le père abat son fils, le fils frappe son père; Le frère est étendu sous les coups de son frère: On dirait, à les voir, l'un sur l'autre acharnés. Se baigner avec joie au sang dont ils sont nés.
a4o BRUTUS ET CASSIUS.
Égorger d'un œil sec de si saintes vicdmes^ Qu'ils prétendent lutter d'attentats et de crimes. De notre chef auguste admirant les vertus, Entre la tyrannie et l'aspect de Brutus, Pendant quelques instans la fortune incertaine Ne sait à qui donner son amour et sa haine; Mais son choix se déclare , et tombe encor sur eox. Votre frère, madame, en ces momens afifreux. Blessé deux fois, couvert de sang et de poussière. Lui seul des triumvirs combat l'armée entière. Il court, jette son casque, et montre à tous les yeux Ces traits chéris de Rome, aux tyrans odieux. Un affreux désespoir s'y mêlait au courage: II court, des pleurs amers inondent son visage; A son premier aspect tout fuit épouvanté; Au sein des légions il s'est précipité; A peine daigne-t-il songer à sa défense. Des tyrans à grands cris il demande vengeance, Les appelle; et son glaive, inutile en sa main. Ne peut autour de lui verser de sang romain. Mais de tant d'héroïsme il reçoit le salaire. Tombe , et meurt d'un trépas qu'eût envié son père. Déjà, de tous côtés, nos soldats renversés. Nos chefs, ou moissonnés, ou pris, ou dispersés. Le soldat rebuté, songeant à sa retraite, Tout du parti des lois annonçait la défaite. Les tyrans en leurs mains tiennent Lucilius; J'ai vu tomber moi-même Albin, Statilius;