‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 156 sur 347 · ACTE III, SCÈNE VI. a · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI. a

Tandis que la fortune aujourd'hui les seconde, Ne vous préparent point, abusant de leurs droits, Cet afiront solennel qu'ont subi tant de rois. Croyez que de leur gloire ils feraient peu de compte Si leur gloire pouvait exiger votre honte. Et que tous les Romains, touchés de vos vertus, Biespecteront en vous l'épouse de Brutus. Octave le regrette; il fîit l'honneur du Tibre: Ses mânes frémiraient si vous n'étiez plus libre: Vous le serez toujours.

PORCIE

J'en ai conçu l'espoir.

AGRIPPA

Vous savez cependant quel est votre devoir. Cassius et Brutus, les Catons et Pompée Ont vu jusqu'aujourd'hui leur vaillance trompée. En pleurant ces héros au tombeau descendus, Craignez le fol orgueil qui les a tous perdus; Cessez de fuir un joug devenu nécessaire; S'il fut plus d'une fois injuste et sanguinaire, Ces temps-là sont passés.

PORCIE

J'en prédis le retour.

Les tyrans sont unis. Tu les verras un jour. Non plus se partager, mais déchirer l'empire: C'est à dominer seul que chacun d'eux aspire ; Et des proscriptions le cours ensanglanté. Crois-moi , pour quelques jours est à peine arrêté.

a44 BRUTUS ET CASSIUS.

AGRIPPA

£h! ne rappelez plus ces meurtres détestables, Que le malheur des temps rendait inévitables. De ces derniers Romains l'inflexible fierté, Loin de parer le coup , l'a peut-être hâté : 11 est frappé , cédons. Dans les temps où nous sommes, On voudrait vainement imiter ces grands hommes. Enfin le sort décide; et, quand tout est soumis. L'esclavage et les fers ne nous sont point promis. Mais la paix succédant à la guerre civile. Mais une liberté moins fière et plus tranquille. Jugez donc, sans vouloir ici vous abuser, Si c'est de tels présens que l'on doit refuser. Fléchissez comme nous; Rome a besoin de maître : Les deux vainqueurs, Porcie, en ce lieu vont paraître: Du moins, si votre cœur ose les condamner. N'insultez point à ceux qui vont vous pardonner.

PORCIE

On pardonne au coupable ; et , si le ciel propice Daignait entendre encor la voix de la justice, Ce sont eux, Agrippa, qui, dans leur abandon, Viendraient aux pieds des lois implorer un pardon. Ce jour vous a permis de fléchir sous les crimes ; Mais le sang des Catons connaît peu ces maximes. Les tyrans vont venir; apprends que mes destins. Malgré tant de revers , ne sont pas en leurs mains. En vain du monde entier leur victoire m'exile: Je puis leur échapper.

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