‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 160 sur 347 · ACTE I, SCÈNE I. a · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. a

Il caressait le peuple, il flattait le sénat; Agrippa dans le camp dirigeait ses cohortes; Du temple de Janus la paix fermait les portes; Et Mécène étouflait, sous les palmes des arts, Les cyprès teints de sang qui couvraient nos remparts. Auguste vieillissant fit oublier Octave.

Parlant de république au sein de Rome esclave, U noBs berçait encor de ces mots révérés, Vains hochets du vulgaire et fantômes sacrés , Et, des Romains séduits trompant l'obéissance. Du nom de liberté cimentait sa puissance. Il étendit sur moi son charme suborneur: Des faisceaux avec lui je partageai l'honneur; Et, lorsque le destin , secouru par Livie, Eut fait un dieu de plus en terminant sa vie. Son successeur Tibère, en ce même palais, Me retint, m'opprima sous d'horribles bienfaits. Là , du nouveau tyran j'ai connu l'âme altière : J*ai vu les chevaliers, le sénat, Rome entière, Tout l'empire, à l'envi , se faisant acheter. Briguer la servitude et s'y précipiter.

CNÉIUS

Ah! parmi ces flatteurs, émules d'infamie.

Une tête innocente est bientôt ennemie.

Quand sous le crime heureux tout languit abattu ,

Malheur aux citoyens coupables de vertu ,

Et dont la gloire offense, à Rome ou dans l'armée,

Tibère impatient de toute renommée !

254 TIBÈRE

Les délateui*s, vendant leur voix et leurs écrits, Viennent dans son palais marchander les proscrits; Lui seul des tribunaux fait pencher la balance; . Le sénat le contemple, et décrète en silence; Les regards sont muets; les lois n'osent parler; Tibère à ses genoux voit l'Univers trembler. Et, subissant lui-même un tyrannique empire. Eprouve, en l'ordonnant, la frayeur qu'il inspire. En ses yeux, qui toujours commandent les forfidts. Son ministre devine et prévient les arrêts; Et le ciel à-la-fob fit naître en sa colère Tibère pour Séjan , et Séjan pour Tibère. S'ils n'eussent divisé Germanicus et vous. Peut-être un jour plus pur luirait encor sur nous. Le peuple est fatigué du pouvoir despotique : Naguère, il m'en souvient, le nom de république A, jusque dans sa cour, efirayé l'oppresseur, . Quand, des derniers Romains et la veuve et la sœur, La nièce de Caton, cette illustre Junie, A leurs mânes sanglans fut enfin réunie. Devant l'urne funèbre on portait ses aïeux : Entre tous les héros qui , présens à nos yeux , Provoquaient la douleur et la reconnaissance, Brutus et Cassius brillaient par leur absence. Que jdis-je ? le tyran ne peut dormir en paix : Quand la nuit sur nos murs étend son voile épais, Des regrets importuns fatiguent son oreille; Des Romains opprimés la douleur se réveille;

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