‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 159 sur 347 · ACTE I, SCÈNE I. a5i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. a5i

Pouvait seul me conduire au palais de Tibère. U y renferme un deuil dont la sincérité Trouve chez les Romains peu de crédulité : Pour lui Germanicus fîit un objet d'envie ; Et Ton se dit tout haut que Tibère et Livie, Beureux secrètement dans le commun malheur, Cachent leur allégresse et non pas leur douleur.

PISON

Le peuple?

CNÉIUS

Il adorait un prince magnanime :

Les regrets sont profonds; l'éloge est unanime; Et tcms les vrais Romains ont accusé le sort.

PISON

Cest moi , Germanicus , qui dois pleurer ta mort.

CNÉIUS

Qui , vous le regrettez ; je me plais à l'entendre : fe vous retrouve juste, et j'osais y prétendre. Quel sujet toutefois a pu vous diviser? I^uels méchans l'un à l'autre ont su vous opposer? ÇNiand nos jeux célébraient sa première victoire , ïermanicus parut l'emporter sur sa gloire; )n crut voir un Camille , et l'on s'était flatté ^'il devait aux Romains rendre la liberté, îouvent je me suis dit, plein de cette espérance: kion père à ces beaux jours prépara mon enfance. !^'est vous seul en effet , vous qui m'avez appris [)es austères vertus la douceur et le prix :

25a TIBERE.

Vous conduisiez mes pas dans ces places publiques Où sont de nos aïeux les marbres héroïques. Sur leur postérité nos premiers sénateurs Abaissaient tristement des yeux accusateurs. Je respirais leur âme, et dans Rome flétrie Cnéius, au milieu d'eux, retrouvait la patrie. Avide y j'écoutais quand vos mâles discours Du siècle où nous vivons me retraçaient le cours : Ici, du dictateur la victoire fatale; Là, Rome, survivant aux débris de Pharsale, A la tribune encore inspirant Cicéron ; Nos Dieux réfugiés dans l'âme de Caton ; Leurs temples , le sénat , et notre gloire antique Avec lui s'exilant au sein des murs dlJtique; Et ces derniers Romains qui vengèrent l*£tat. Quand César tout puissant, frappé dans le sénat, Perdant sous le poignard ce qu'il dut à lepée, Tombait victorieux aux pieds du grand Pompée.

O mon fils! ton aïeul, dont tu me rends les traits. Vil notre liberté, si chère à tes regrets. Sous les coups de Lépide, et d'Octave, et d'Antoine, Mourir avec Brutus aux champs de Macédoine. L'un de ces triumvirs, dont les coupables mains Se partageaient le monde et le sang des Romains ^ Octave, héritant seul d'une ftireur utile, Enchaîna l'Univers par sa clémence habile. A l'intérêt d'un honune il ralliait l'Etat ;

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