SCÈNE IV
TIBÈRE, SÉJAN
TIBÈaS.
Séjan , quelle contrainte ! et quel excès dV>utrage ! Agrippioe jouît de ce bruyant hommage; Même au sein du néant, traînant Rome à son char, Germanicus éteint triomphe de César.
Il me faut redouter sa veuve enorgueillie. Et jusqu'à ce Pisoq, que je leur sacrifie; Car , enfin , ne crois pas que son génie altier Sous le poids du malheur ait fléchi tout entier. Il fîit ambitieux; je l'ai soumis au crime:
2i6o TIBERE.
Mais, docile instrument, indocile victime,
Il garde, tu le vois, en son adversité,
Des Pisons ses aïeux l'audace et la fierté;
Et dans son fils Cnéius conserve à la patrie
Une austère vertu que lui-même a trahie.
La perte de Pison marquera ton retour.
Un jour encore! Ami, qu'il sera long ce jour!
Germanicus est mort, mais non sa renommée:
Satisfaisons ce dieu de Rome et de l'armée;
Que dans sa gloire même il reste enseveli;
Qu'il obtienne un cercueil , la vengeance et roubiî.
SEJAN.
Tout remplira vos vœux; et d'un agent fidèle. Avant de vous quitter, j'avais sondé le zèle: C'était Fulcinius, ce nouveau sénateur; Il devait de Pison se rendre accusateur. Ordonnez : rien ne coûte à son obéissance; Kt du soin de vous plaire il fait sa conscience.
TIBl^RE.
Fulcinius est prêt; je suis content de lui.
Du sénat , par mon ordre , il s'absente aujourd'hui :
5>on intérêt sur lui garantit mon empire;
Et j'ai dicté, Séjan, tous les mots qu'il doit dire.
Rome va murmuœr, Rome qui tous les jours
Se permet sourdement d'injurieux discours :
Elle brigue sa honte, et sa honte l'irrite.
De mon prédécesseur la clémence hypocrite
Des partis fatigués a fait taire les cris: