ACTE I, SCÈNE IV. a6i
Il me léguait à moi les enfkns des proscrits. '
Plus habile que grand, plus fortuné quliabile, En triomphant d'un peuple il a vécu tranquille; Et llieureux empereur m'a laissé recueillir La haine que long-temps sema le triumvir. U régnait; je gouverne à force de puissance : Rome par ses clameurs, même par son silence, De mes secrets périls m'avertit chaque jour, Et, loin de tous les yeux, me bannit dans ma cour.
SÉJAN
Pourquoi vous condamner à tant d'inquiétude? Quoi! le maître du monde est dans la servitude! Aux rives de Caprée, en de pompeux jardins, Auguste de l'empire oubliait les chagrins. Là , vous pourriez trouver sous de rians asiles Des cieux toujours sereins , des nuits toujours tranquilles; Là, César tout puissant, même au sein des plaisirs, Sans cesser de régner, goûtant d'heureux loisirs. Plus grand par son absence, et laissant ses images Des Romains prosternés recueillir les hommages , Semblable aux immortels, du vulgaire adorés. Pourrait dicter de loin ses oracles sacrés, ^ Dispenser des bienfaits ou lancer le tonnerre. Et rester invisible en gouvernant la terre.
TIBÈRE
Je vois dans l'avenir ce moment souhaité: Il Ëiut à Rome encor, liai, mais redouté. Traîner de piège en piège une inquiète vie.
!i6a TIBERE.
Empereur absolu sous les lois de Livie :
C'est ma mère; et, d'ailleurs, puis-je oublier jamail
Que cet empire même est uti de ses bienlaits ?
Je vais la prévenir du retour d'Agrippine:
Mais, quand tout de Pison gaituitit la ruine ^
Toi, ministre zélé, digne de ma faveur,
Et le seul des Romains à qui j'ouvre mon cœur.
Intimide et corromps : c'est ainsi que l'on règne.
Rome peut me haïr, pourvu qu'elle me craigne.
Sur Agrippine enfin tente les orateurs ;
Ébranle son crédit auprès des sénateurs.
Si la haine jalouse, à tes pieds abaissée.
Voit dans les jeux publics ta statue encensée,
Mérite que bientôt, rehaussant ton éclat,
L'Empereur avec lui t'admette au consulat.