ACTE III, SCÈNE I. a8i
Et que m'annonce encor ce que je viens d'entendre? Est-ce aujourd'hui Piâon que vous voulez venger? Est-ce Gennanicus qu'on s'apprête à juger?
TIBÈRE
J'ai souffert la demande; écoutez la réponse:
Ce n'est point l'Empereur, c'est la loi qui prononce:
Ifais la loi ne punît que des crimes prouvés;
Et ce sont des décrets au sénat réservés.
Il n'est pas un vengeur, mais un juge équitable.
Moi-même, partageant son emploi redoutable.
Je serai sans colère, au-dessus du soupçon.
Et sévère, mais juste, à Tégard de Pison.
AGRIPPINE
A l'égard de mes fils serez-vous donc moins juste? Et les punirez-vous du choix feit par Auguste?
TIBÈRE
Je connais mon devoir, et respecte ce choix. Des Césars, vos enfans, j'affermirai les droits. Donnez-leur vos vertus : mais dans ces jeunes âmes D'un orgueil dangereux n'attisez point les fiammes. Un jour, peut-être, un jour, ils pourront seconder Et Tibère , et Drusus né pour lui succéder. Dites-leur de briller aux champs de la victiHre, D'espérer les honneurs, de mériter la gloire, D'obtenir le triomphe au sein de nos remparts , De grossir les lauriers cueillis par les Césars, De prétendre au respect qu'un nom fameux inspire, D'aspirer aux grandeurs, mais jamais à l'empire.
aSa TIBERE.
AGRIPPINE
Je vois que ma prière aigrit votre courroux : Cet entretien vous pèse; et Séjan vient à nous. Je vais trouver mes fils. Déjà privés d'un père, Ah! doivent-ils long-temps conserver une mère? Si régner était l'art qu'il faut leur enseigner, L'exemple est devant eux: Tibère sait régner. Je leur conseillerais d'imiter sa prudence, La sagesse d'Auguste et surtout sa clémence. D'écouter les amis, d'éloigner les flatteurs, De ne point accueillir les cris des délateurs, • Et de faciliter l'accès du rang suprême Au malheur, à la plainte, à la liberté même. Pour un sort moins brillant j'élèverai mes fils: Us ne seront pas craints, mais ils seront chéris. La faveur, les trésors ne sont point mon partage: Je pourrai leur laisser, du moins, pour héritage. Une fierté tranquille en leur adversité , Un cœur paisible et pur, un courage indompté: Leur nom sera béni par la reconnaissance : Us sauront de César révérer la puissance ; Us pourront quelque jour obéir à Drusus; Mais ils seront encor fils de Germanicus.
(Elle tort.)