ACTE III, SCÈNE IL a
TIBÈRE, SÉJAN
SÉJAN
Quoi! lorsque, d'Agrippine adoptant la vengeance, En secret de Pison vous dictez la sentence, Agrippine, étalant ses pleurs ambitieux, Ose vous outrager par d'insolens adieux !
TIBERE
Pour ses fils désormais Agrippine respire. Quand ils sont nés à peine, ils rêvent un empire.
SÉJAN
Sans cesse elle nourrit leurs désirs criminels.
TIBÈRE
Ombragés en naissant des lauriei*s paternels. Bercés des longs honneurs prodigués à leur race. D'une orgueilleuse mère ils ont déjà l'audace; Et j'entrevois, surtout dans les yeux de Caius, Les vices de Sylla, mais non pas ses vertus. Il naquit oppresseur: sa tyrannique enfance Bégaie insolemment la menace et l'offense. Puisse Rome, en effet, tomber entre ses mains! Ma haine avec plaisir le conserve aux Romains. Timides artisans des discordes civiles.
Rebelles en secret , publiquement serviles , Du sein de leur bassess^ ils osent m'outrager : C'est en me succédant qu'il pourra me venger.
!i84 TIBÈRE.
Écrasés par le fils, ils maudiront le père, Et, sous Caligula, regretteront Tibère.
SÉJAN
Ah! sans daigner savoir si le peuple est ingrat, Régnez , régnez long-temps pour l'honneur de l'État Quelques noms trop chéris vous sont-ils redoutables? Occupez le sénat : &ites-lui des coupables. Vous avez deux soutiens : les dignités et l'or. En condamnant Pison, ses juges vont encor. Tout prêts à secourir la puissance suprême , Condamner, s'il le faut, Agrippine elle-même. Je viens vous l'annoncer. De zélés orateurs, De tous vos ennemis futurs accusateurs, Natta, Balbus, Afer, se vouant avec joie. Attendent que César ait désigné leur proie.
TIBÈRE
Agrippine me craint: moi, sans la redouter, Je prépare les coups que je veux lui porter. Que de Germanicus la veuve criminelle Dans sa chute bientôt précipite avec elle Silius, Sabinus, à me nuire attachés.
Ses partisans publics, mes ennemis cachés. Crémutius, de Rome écrit, dit-on, l'histoire: Il veut à l'avenir dénoncer ma mémoire. Scaurus peint des tyrans les tragiques destins : C'est moi que sur la scène il désigne aux Romains. Ils méprisent tous deux cette foule empressée Dont je puis chaque jour acheter la pensée: