‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 180 sur 347 · TIBÈRE, PISON · texte numérisé non relu

TIBÈRE, PISON

PISON

Nous voilà seuls, Tibère, et vous pouvez m'entendre.

Ce moment, il est vrai, s'est fait long-temps attendre.

Rome ne m'offre plus que des yeux ennemis.

Mes jours sont-ils donnés? mes biens sont-ils promis?

Ah! Tibère est prudent; mais Tibère est-il juste?

On va juger l'ami , le collègue d'Auguste !

On parle de punir; le glaive est suspendu

Sur un patricien de Numa descendu !

Quelle étrange union conspire à ma ruine!

Le parti de Séjan combat pour Agrippine !

Quoi ! ce Fulcinius , apprenti sénateur.

Descend par habitude au rang de délateur!

Et vous le permettez!

tib:ère.

Votre courroux s'abuse.

On n'est point délateur alors qu'on vous accuse.

a86 TIBÈRK

Ce droit de dénoncer, qui vous semble odieux, Fut, dans les plus beaux temps, utile à nos aïeux. Je ne veux point choisir im exemple vulgaire : Cet orateur fameux, plébéien consulaire, Cicéron, qui toujours soutint avec éclat Le sénat près du peuple et le peuple au sénat, iTa-t-il pas accablé de foudres équitables Verres, que protégeaient ses richesses coupables? N'a-t-il point accusé l'orgueilleux Lentulus , L'ardent Catilina, l'effréné Céthégus; Et, des rois abolis craignant peu l'influence. Armé contre un Pison sa sévère éloquence?

PISOW.

Que font ces traits amers avec choix rassemblés ? Notre âge est-il pareil aux temps dont vous parlez ? La liberté régnait sur les rives du Tibre : César y règne seul , et seul y reste libre. Chaque mot du sénat par César est dicté. Oui , vous approuvez tout ; mon arrêt est porté : Avec l'art de Séjan ces trames sont conduites. César en a , je pense , examiné les suites ; Il a vu quels seraient les droits de l'accusé.

TIBÈRE

Il n'a vu qu'un devoir à César imposé, £t dont il faut subir les lois inexorables.

PISOW.

César, faut-il aussi punir tous les coupables

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