ACTE III, SCENE III
TIBÈHE.
Sur des preuves, sans doute. Ainsi le veut la loi.
PISON
César sera puni.
TIBÈRE
Qui l'accuserait?
PISON
Moi, Ses ordres à la main. Je les ai.
TIBÈRE
Téméraire!
Vous les avez gardés?
Je connaissais Tibère.
TIBÈRE
Et des audacieux connaissez-vous le sort ?
pisoir.
Vous ne pouvez , César, commander que ma mort. On verra si Pison brave les destinées , Ou s'il a dans les camps perdu quarante années.
TIBÈRE
Testime sa fierté; je crains peu son courroux.
Pison, votre péril m'attache encore à vous.
Le sénat frémirait de voir un consulaire
Divulguant sans pudeur, aux yeux de Rome entière,
Un ordre faux peut-être, ou mal interprété;
£t^ du chef de l'État bravant la majesté.
Par vos respects, du moins, méritez sa clémence;
^88 TIBÉ&E.
Songez que l'Empereur est sûr de sa défense. Au sénat qui vous juge on comptera m^c voix; £i tout aveu d'un crime anéantit vos droits.
PISOW.
Mes droits! je n'en ai plus aux yeux de la justice: J'en ai sur vous encor ; je suis votre complice.
TIBÈRE
pisoir.
Vous le savez. Auriez-vous prétendu Que, par mon trépas même, à vous plaire assidu, En bénissant vos coups, victime complaisante. J'irais tendre aux bourreaux ma tête obéissante? Tibère, osant pleurer les malheurs qu'il a faits. Sur ses propres agens punirait ses forfaits ! Non ; vous ne l'aurez pas , ce sanglant privilège. . Il faut que de Pison le juge sacrilège, Plus fidèle aux devoirs qui lui sont imposés, Descende en criminel au rang des accusés.
TIBÈRE
Je n'y descendrai point, je saurai vous confondre; Et déjà d'un coup-d'œil je pourrais vous répondre. Si l'on hait ma puissance, elle inspire l'effroL
PISON
J'abandonne mes jours; elle a fini pour moi.
TIBÈRE
Non; vous avez un fils : vous la craindrez encore.