‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 193 sur 347 · ACTE IV, SCÈNE III. 3o · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III. 3o

Plus coupables bientôt, ils auront des vertus; Ils sont fils d'Agrippine et de Germanicus. Seront-ils sans danger si près d'un rang suprême?

AGRIPPINE

Non; mais répondez-moi, j'en appelle à vous-même: Tous vos traits ont porté dans ce cœur maternel; Que lui demandez-vous? un pardon criminel. Si j'étais l'offensée, écoutant l'indulgence. J'abdiquerais pour vous le droit de la vengeance; Mais , quand j'aurai trahi mon époux au cercueil , De quel front le nommer ? comment porter son deuil ? Dans sa tombe après lui comment oser descendre? A Rome, où je n'ai pu rapporter que sa cendre. Si les Eiieux protecteurs nous l'avaient ramené. Qu'eût fait Germanicus?

cwiiirs.

Il eût tout pardonné.

Vous sauriez, dites-vous, oublier votre injure! Vos âmes s'entendaient : lui-même il vous conjure, Il vous presse avec moi, du fond de son tombeau, De ne point lui ravir ce triomphe nouveau. D'accueillir la douleur, d'exaucer la prière D'un fils désespéré qui vous demande un père. Qui tremble, qui gémit, qui, les larmes aux yeux. Vous implore à genoux, et comme on parle aux Dieux. Que Séjan soit vaincu : Rome entière attendrie Pourra croire un moment qu'il est une patrie; Et, de tant de vertus admirant les effets,

OEavres posthnmes. I. ^^

3o6 TIBÈRE.

Bénira son héros vengé par des bienfaits.

A&RIPPINE.

Tu l'emportes, Cnéius; cette ombre que j'adore,

Cet époux, ce héros, j'ai cru l'entendre encore.

Ah ! je ne crains plus rien : ses mânes offensés

Ne démentiront pas les pleurs que j'ai versés.

T^ve-toi; de Pison que la faute s'oublie:

Avec Germanicus je le réconcilie.

Il osa le combattre ; il pourra le bénir :

Nos guerriers se tairont , je cours les prévenir

Peut-être malgré lui Pison devint coupable.

L'audace le soutient, le repentir l'accable;

Et dans sa fierté même il paraît abattu:

Non, puisqu'il est ton père, il n'est pas sans vertu.

Qu'il vive: sois long-temps l'honneur de sa vieillesse:

Qu'il vive: et, pour son fils redoublant de tendresse.

Qu'il redevienne encor digne d'un tel appui ,

De Rome, et du pardon qu'il obtient aujourd'hui.

( telTe sort. )

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