‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 2 sur 347 · IV NOTICE · texte numérisé non relu

IV NOTICE

dont le cours avait commencé. « J*ai cru, disait -il, qu'en nos « jours mêlés de sombres orages, lorsque les mauvais citoyens

• prêchent impunément le brigandage et l'assassinat, il était « plus que temps de faire entendre au théâtre cette voix de « rhumanité qui retentit toujours dans le ccnir des hommes

• rassemblés. » La pièce obtint un brillant succès, et demeura sans influence : l'auteur, qui avait aspiré à se rendre utile , ne

, réussit qu'il devenir plus célèbre : il ne recueillit que de la gloire. Il y a sans doute plus de grandeur dans Charles IX ^ plus de pathétique dans Henri FUI; mais l'éclat plus doux qui brille dans Fénélon est peut-être aussi plus pur : c'est l'ouvrage d'un homme de bien, habile dans l'art dramatique, supérieur dans l'art des vers. Après beaucoup de corrections successives , cette tragédie a été réimprimée avec une préface nouvelle en i8oa.

Il fit encore, en i793,i*eprésenter à l'Opéra un divertissement en un acte, intitulé ie Camp de Grand-Pré^ mis en muiique par Gossec. Il suffît que cette production soit d'un genre dans lequel l'auteur s'est peu exercé pour qu'on aime à la retrouver dans la collection de ses œuvres dramatiques. Elle peut contribuer à faire apprécier la flexibilité de son talent; et L'on est d'ailleui^s assez équitable aujourd'hui pour ne considérer dans les événemens et les circonstances qu'elle rappelle que l'héroïsme des armées françaises.

A l'égard de Timoléony tragédie en trois actes avec des chœurs , Chénier n'y trouvait ni assez de mouvemens dramatiques, ni même un style assez animé. Composée en 1794? pc" <le mois avant le 9 thermidor, elle n'était destinée qu'à inspirer l'horreur des forfaits de ces temps affreux :

La tyrannie aldère et de menitref avide,

D*nn maaqne révéré convrant ton front Hride,

Usurpant aana pudeur le nom de liberté,

Houle au sein de Corinthe un cbar ensanglanté...

Il m lemfts d'abjurer ces coupables maximes;

11 Tant des Igis, des moeurs, et non pas des victimes.

SUR M.-J. CHENIER, v

Mais la tyrannie décemviraley qui ne pouvait manquer de se reconnaître à ce portrait, 6t rechercher, saisir, brûler tous les manuscrits de ce poëme : une seule copie , échappée à celCe recherche, et conservée par madame Vestris, servit, en 1795, à publier la pièce telle qu'on l'a depuis réimprimée plusieurs fols.

Cyrus n'a eu qu'une seule représentation : c'était à la fin de 18049 peu de jours après une cérémonie fameuse. On crut apercevoir quelques rapports entre le couronnement de Cyrus et la bénédiction pontificale qui venait de consacrer une usurpation funeste. Il se pouvait bien qu'en efîet Chénier eût conçu ridée d'adresser des leçons sévères au plus impérieux des despotes , de lui retracer les devoirs de cette puissance suprême qu'il osait envahir, et de réclamer solennellement pour la liberté publique les garanties dont il l'avait déjà frustrée. Ce qui est sûr, c'est que le tyran se tint pour offensé; qu'il employa contre le succès de cette pièce les ressorts et les agens de son pouvoir; et que cette fois il fut secondé par ses propres ennemis autant que par ses flatteurs. On croyait lui refuser à lui-même les applaudissemeus qu'on n'accordait point à Q^mx; et, sans examiner si les reproches qu'on faisait au poète étaient mal ou bien fondés, il suffisait qu'ils parussent tenir lieu de ceux qu'on n'osait point adresser au pontife. Les lecteurs ont pu, bien mieux que les spectateurs, juger des intentions, du plan et du style de cette tragédie : elle a été imprimée pour la première fois en 1818, ainsi que toutes celles dont il nous reste à parler.

L'une , intitulée Philippe II ( ou Don Carlos ) , est reçue depuis plus de vingt ans, au théâtre Français : nous n'avons pas besoin d'expliquer les causes qui eu ont empêché la représentation. Il n'a plus été permis, sous le régime impérial, de mettre sur la scène aucun des ouvrages de Chénier; et cette prohibition est du nombre de celles qui se sont maintenues comme d'elles-mêmes depuis 181 4- L'auteur, dans les dernières années de sa vie, ne travaillait plus que pour la posté-

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