‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 200 sur 347 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

TIBÈRE

Encor cette victime.

Je renonce au pouvoir si je renonce au crime : A la haine, au remolrds je dois me résigner, Tout oser, mais tout craindre. Et c'est donc là régner! Quel prestige maintient cet empire suprême , Pesant pour les sujets, pour le tyran lui-même? Un seul, maître de tous, ordonnant de leur sort, Et promettant la vie, ou prescrivant la mort! Un seul ! et' les Romains tremblent devant un homme! Les Romains! Où sont-ils? Dans les tombeaux de Rome. Les Romains ! deux encor sont dignes de ce nom : Cette fière Agrippine et le fils de Pison. Cnéius est vertueux; c'est un héros peut-être: Au temps de ses pareils Cnéius aurait dû naître. Mais que sont désormais les pères de l'État? Un fantôme avili qu'on appelle sénat.

O lâches descendans de Dèce et de Camille ! Enfans de Quintius ! postérité d'Emile ! Esclaves accablés du nom de leurs aïeux, Ils cherchent tous les jours leurs avis dans mes yeux, Réservent aux proscrits leur vénale insolence. Flattent par leurs discours, flattent par leur silence, Et, craignant de penser, de parler et d'agir. Me font rougir pour eux, sans même oser rougir.

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