‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 201 sur 347 · GUERRIERS · texte numérisé non relu

GUERRIERS

AGRIPPINE

Agrippine.

Aujourd'hui, sénateurs, j'ai dénoncé Pison.

TIBIÈRE.

Que voulez- vous encore?

AGRIPPINE

Obtenir son pardon.

TIBÈRE

Son pardon !

AGRIPPINE

Ma démarche a lieu de vous surprendre :

3i8 TIBÈRE.

César, écoutez-moi; sénat, veuillez m'entendre.

TIBÈRF.

Parlez.

AGRIPPINE

J'avais rempli mon devoir rigoureux ; Et, bientôt l'abjurant pour un droit généreux, Mon cœur s'applaudissait : j apprends en mon asile Que demain le pardon pourrait être inutile. Ces guerriers à l'instant sont venus m'annoncer Que Pison par des cris s'entendait menacer. Qu'on demandait sa tête , et qu'un ordre suprême Convoquait le sénat au sein de la nuit même. I^urs voix contre Pison ne s'élèveront plus ; Comme eux je viens le rendre aux vertus de Cnéius. A de longs repentirs mon courroux l'abandonne. Auguste a pardonné : Germanicus pardonne. De ses persécuteurs il fut long-temps l'appui ; Sa veuve en l'imitant reste digne de lui : Il lui suffit des pleurs qu'il vous a fait répandre; Les regrets des Romains ont bien vengé sa cendre; Et , dût ce pardon même être accusé d'orgueil , Des honmiages sanglans souilleraient son cercueil.

Qu'enlends-je! le sénat peut souffrir ce langage! Romains dégénérés, prêts h tout esclavage, Au gré de son caprice, Agrlppine, en un jour, Pourra-t-elle accuser, pardonner tour à tour? Non ; que Pison périsse, ou qu'il se justifie.

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