‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 23 sur 347 · ACTE I, SCÈNE I. a · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. a

Où périt mon époux au sein de la victoire.

Les camps, le peuple entier, tout déplora sa mort;

Le roi même donna des larmes à son sort ;

Et, soit pour consoler une épouse, une mère.

Soit, quelque temps ému d'un repentir sincère,

Dans sa cour, à l'aspect d^ guerriers attendris,

Il maudit sa frayeur , et parla de mon fils.

Harpage osa tout dire: il s'égara peut-être;

Et la frayeur rentra dans le cœur de son maître.

Harpage, cependant, nécessaire à l'Etat,

Unissait les vertus d'un chef et d'un soldat ;

Désigné par Cambyse et par la renommée.

Sur les bords de l'Araxe il rallia l'armée :

Mais le roi fit chercher Mitradate et Cyrus;

Des champs qu'ils habitaient ils étaient disparus.

MEMlfON.

Et sur eux maintenant il n'est aucun indice?

MAVDAlfE.

C'est peut-être un hasard, peut-être un artifice: A la fois répandus, mille bruits incertains Depuis plus de trois ans, ont voilé leurs destins. On a cru voir, dit-on , Cyrus et Mitradate Auprès de Babylone, aux rives de l'Euphrate: Là , parmi les tribus des enfans d'Israël ; Ici , dans les forêts de l'antique Ismaël ; Tantôt sur les hauteurs des monts de TArménid; Tantot'non loin des mers qui bordent lllircanie ; Même aux lieux où le Scythe , au fond de ses déserts ,

Brave un ciel inflexible et d'étemels hivers. Triste sort d'un héros! cherchant d'humbles asiles ^ Assailli de dangers à l'empire inutiles, Hélas ! dès le berceau , Ëiible enfant délaissé , Qu'un regard maternel n'a jamais caressé, Celui qui doit un jour ceindre vingt diadèmes, Cet envoyé des Dieux, annoncé par eux-mêmes, Caché de bords en bords, fugitif, inconnu...

MEMNOlf.

Cyrus n'est point caché, puisque les Dieux l'ont viu Quel climat, quel désert, quel antre le recèle, Où ne pénètre point la lumière étemelle? L'astre dont la puissance étincelle à nos yeux Sur les jours de Cyrus veillait du haut des cieux : Sans dissiper la nuit qui voile sa naissance. Il éclairait sa course, échauffait sa vaillance, Jetait l'aveuglement sur ses persécuteurs, £t répandait sur lui ses rayons protecteurs.

* MANDANTE.

Je me livre avec joie à ces douces pensées.

MEMNON

Bientôt, quand du soleil les fêtes commencées Rassembleront le peuple et les grands et le roi ^ Courbés devant l'autel avec un saint effroi , Selon l'usage admis dans le jour séculaire. Je dois à tous les yeux ouvrir le sanctuaire , Interroger le ciel en ces livres sacrés , Au divin Zoroastre autrefois inspirés :

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