‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 292 sur 347 · ACTE I, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL

Electre dans les fers, sans amis, sans époux, Seule, et, sous les lambeaux de l'obscure misère. Mangeant le pain sanglant des bourreaux de son père ?

LE CHOEUR

Non; de votre destin ne désespérez pas: Non; Strophius admit Oreste en ses Etats. Aux remparts de Crissa ce roi sage et fidèle Se garde pour Electre, et veille encor sur elle. Jupiter à vos maux ne ferme point ses yeux.

ELECTRE

Tu vois, tu règles tout, Roi du monde et des cieux: Rends Oreste à mes pleurs, Oreste à ma tendresse. L'assassin règne encor; que le vengeur paraisse: Il est temps de frapper. Cet astre qui nous luit Pour la troisième fois a dissipé la nuit. Depuis que du tyran la présence abhorrée Ne souille point Mycène, un moment délivrée. Mais les fêtes du crime appellent son retour : Il revient célébrer cet exécrable jour Où le sang le plus pur scellait des nœuds impies. Où les flambeaux d'hymen étaient ceux des furies. Ah! c'était peu de voir Agamemnon périr. Sans pouvoir le défendre, et sans pouvoir mourir: O honte! ô désespoir d'Electre consternée! Malheureuse! il me faut contempler, chaque année, Ges jeux du parricide et de la trahison , Qu'Egisthe ose appeler festins d' Agamemnon. Huit ans, l'usurpateur défia son supplice;

448 ELECTRE

Ma mère.«.. est-ce bien là le nom de sa oompliee? Bravant d'un peuple ému les yeux aocnsateurs. Ma mère sacrifie aux dieux libérateurs; Elle oflfre, au lieu d'encens, le souvenir du crime , Dans le fond du tombeau ressaisit sa victime. Courbe un front parricide au pied des îmmortds, Et d'un vceu sacrilège insulte à leurs autsels. Et je pourrais subir un joug aussi (imeste ! Écouter l'oppresseur jurant la mort d'Oreste! Entendre d'un air calme, en étoufEmt mes cris. Ma mère m'accuser d'avoir sauvé son fils! Si devant les forfaits la vertu doit se taire. Honorer l'assassin, respecter l'adultère, Des mânes paternels méconnaître la voix, Désormais la nature a donc perdu ses droits! On verra s'éclipser la pudeur immortelle , Et les temples des Dieux périront avec elle.

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