ACTE II, SCENE IL
Ses dogmes, ses martyrs, ses prophètes, sa foi.
Éclairé par l'étude et par rexpérienœ.
Sans doute, tu connais la meilleure croyance?
NATHAN
Saladin, je suis juif.
SALADIN
Et je suis musulman.
Mais, né dans la Syrie et né fils d'un sultan. Sans trop examiner les dogmes de nos prêtres, J'ai cru ce qu'autrefois avaient cru mes ancêtres. Un sage avec lenteur doit tout approfondir. Dis-moi quel fut ton choix ; je veux aussi choisir : Ne flatte Mahomet, ni Jésus, ni Moïse; En homme libre et franc réponds à ma franchise. Te voilà tout-à-coup rêveur, silencieux ! Ta réponse n'est pas écrite dans mes yewC. Je le vois , ma demande a surpris ton oreille : Les sultans ne font pas de question pareille; Je le sais: néanmoins, tu l'avoûras, Nathan, La question n'est pas indigne d'un sultan. Allons, réfléchis, pense avant de me répondre.
NATHAN, à part.
Il est vrai : la demande a lieu de me confondre. J'ai cm, moi, qu'il allait m'emprunter de l'argent, Et c'est la vérité qu'il faut donner comptant ! Singulière monnaie ! elle a pu sembler belle Lorsqu'on l'appréciait à sa valeur réelle ; Mais depuis bien long-temps elle a fort peu de cours.
494 NATHAN L£ SAGK
Et son poîdft est, surtout, ignoré dans les
SALi^Dlir, àp«t.
Il est endbarrassé.
NATHAN, kfÊXU
Quel fut mon dmx? «pi^mpoite?
Alors qu'il veut entrer, Tami finippe à la porte; Le prince i^pparemment prend d'assaut la maison. Conunent unir ensemble et prudence et raison? Être juif, rien <|ue juif, c'est bien fiut poar un sage: N'être pas juif du tout, c'est bien plus fort:
SALADIN
Courage.
HATHAV, àpvt.
Pourquoi pas musulman? me dira-t-il soudaîn?
SALADIV.
£h bien , Nathan ?
NATHAN
De grâce, un moment, Saladin.
(àpârt.)
L'adresse est nécessaire en affaires semblables. Fort bien : dans l'Orient, on aime encor les febles; C'est le meilleur moyen d'éclairer des enfans. Des hommes , des vieillards et , surtout , des sultans.
SALADIN
Es^tu prêt ?
NATHAN
Je le crois.
SALADIN
Réponds sans plus attendre.