ACTE III, SCÈNE V. 53i
Mais certains préjugés, ^ucés avec le lait, Deviennent nos tyrans jusque dans la vieillesse. Et qu'importent les ris d'une feinte sagesse? En riant de ses fers, cesse-t-on d'en porter?
SALADIlf.
Cette remarque est mûre et bonne à méditer.
MOITTFORT.
Si le sage Nathan , si ce parfait modèle ,
A l'esprit de sa secte aveuglément fidèle.
Frondant nos préjugés, mais esclave des siens,
Détournait de leur foi les filles des chrétiens ;
Si, les faisant chercher dès leur plus tendre en&nce,
Il trompait à loisir leur crédule innocence,
Que dirais-tu , sultan ?
SAI/ADIN
Mais , je n'en croirais rien.
MOirTFORT.
Je saurai me venger.
SALADIir.
Sois tranquille, chrétien.
BtOlfTFORT.
Ce reproche m'accable , et je sens sa puissance. Si je savais comment dans cette circonstance Assad en eût agi ?
SALADIN
Pas beaucoup mieux , je crois.
Il se fut emporté peut-être autant que toi. A lui tant ressembler qui donc a pu t'instruire ?
53a NATHAN LE SAGE.
Comme toi, par un mot, il savait me séduire. Si contre mon Nathan tu n'es point prévenu , Son caractère encor ne m était pas connu. Mais il est mon ami ; tu l'es aussi sans doute : Ne restez pas brouillés sans vous entendre. Écoute : Laisse-moi prendre au moins quelques renseignement Tes moines tracassiers, dans leurs emportemens, ^ Voudraient, contre ce juif, armer l'Asie entière. Un chevalier n'est pas chrétien à leur manière : Prompt à rendre service, et lent à se venger...
MONTFORT
Plus loin qu'il ne fallait j'ai pensé m'engager : Du vieux dom Tremendo si l'âpre caractère Ne m'avait effrayé...
Comment, dans ta colère.
Sans m'avoir consulté, tu t'adresses d'abord Au patriarche ?
MONTFORT
Eh! oui. C'est un premier transport; J'en rougis à tes yeux; je me sens bien coupable. Si ton Assad eu moi n'est plus reconnaissable.
SALADIN
Ta crainte et ta pudeur me l'ont déjà rendu. Celui qui sait rougir aime encor la vertu.