‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 51 sur 347 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

ATaccueille avec dédain d'un sourire homicide.

Moi, j'implore Cambyse; et, fort d'un tel appui,

Taffronte sou vainqueur, et marche contre lui.

Nos glaives sont croises dans l'étroite carrière.

Et font jaillir le feu , le sang et la poussière.

La fortune entre nous a long-temps balancé;

Et, sans l'avoir atteint, je suis deux fois blessé:

Il le voit, jette un cri, croit triompher, s'élance;

Alors mon glaive heureux, poussé par la vengeance,

Du terrible ennemi perçant le bouclier.

Dans son cœur inhumain se plongea tout entier.

Il tomba : fier encore, avide encor de gloire.

Ses regards expirans menaçaient ma victoire;

Il exhala son âme avec de longs sanglots;

Et l'Araxe, en grondant, le roula dans ses flots.

MANDANE

Je l'entends sans frémir! Quel étrange supplice! Son ascendant m'opprime et me rend sa complice.

iLiiroR.

Non , je n'ai point cueilli de coupables lauriers ; Non , soupçonné par vous, j'en appelle aux guerriers. Faut-il enfin le dire? Ici, dans ce lieu même, Tai méconnu du Roi la volonté suprême.

Il osait m'ordonner de combattre Cyrus : Vous pourrez d'Astyage apprendre mes refus. Tai triomphé pour vous; ma main fut toujours pure; Elle n'a point trahi , mais vengé la nature.

BLANDANE.

De surprise et d'effroi mon cœur est combattu. Quoi ! chez un criminel l'accent de la vertu !

ÉLÉIfOR.

Mon père à la vertu fut constamment fidèle; Formé par ses leçons, je l'ai pris pour modèle; Et, tandis que sur vous mes larmes ont coulé, J'ai vaincu les malheurs dont j'étais accablé. Ils cessaient près de vous, sont-ils près de renaître? Dans ce temple, aujourd'hui, je vous ai fait connaître Mon sort long -temps obscur, ma longue adversité; Vous m'écoutiez alors, et même avec bonté : Un intérêt touchant...

MANOANE.

L'intérêt le plus tendre.

Que j'éprouvais de joie à le voir, à l'entendre, A retrouver les traits du héros généreux. Du héros...! L'avoûrai-je ? En ces momens affreux, Ces traits, ces nobles traits que ma douleur adore. Sur son front, dans ses yeux, je les retrouve encore: Un seul de ses regards désarmé ma fureur; Un seul de ses discours fait tressaillir mon coeur : Ses malheurs, ses exploits, son obscure naissance. Cet asile innocent, témoin de son enfance. Ce voile solennel qui couvre ses destins. Ses pas toujours errans en des climats lointains... Réveille-toi, Mandane, un vain songe t'abuse; Son père est Arbacès, Mitradate l'accuse.

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