‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 58 sur 347 · ACTE IV, SCÈNE IIL yS · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IIL yS

Et, lorsque d'Ecbatane il suivait le chemin, Des bruits , semés par moi , faisaient croire à l'Asie Qu'Élénor de Cyrus avait tranché la vie. Disposant en secret et des lieux et des temps. J'avais marqué le jour, les heures, les instans: Au jour déterminé tout le mystère éclate; J'appelais votre fils, je mandais Mitradate, Mitradate apportant de funestes récits.

S'il n'eût, sans me parler, rencontré votre fils, On n'aurait vu Cyrus, reconnu par vous-même. Qu'élu roi de l'Asie et ceint du diadème. Il le sera. Je vole où m'appellent les Dieux ; Pour vous, depuis quinze ans, je conspire avec eux , Dirigeant Astyage, et Je peuple et l'aimée, Mitradate, Cyrus, Memnon, la renommée.

Feignant même avec vous, pour mieux vous secourir; Laissant couler vos pleurs, afin de les tarir; ^ Epargnant à la fois un crime à votre père , La mort à votre fils et peut-être à sa mère.

Comment récompenser un si rare bienfait ?

KARPAGE.

En triomphant, seigneur; sans vous, je n'ai rien fait. Votre nom retentit; le temps vole; et, peut-être, Astyage en ces lieux est tout prêt à paraître. Accourez, montrez-vous; rassemblons nos amis. Vous frémissez , princesse ! Ou perdez votre fils , Ou consentez à vaincre un père inexorable.

Moi , je ne consens pas à devenir coupable. Je suis fils de Mandane , et ce nom glorieux Vaut plus qu'un diadème et cent rois pour aïeux ; Mais il est des devoirs qu'un nom pareil impose: Au sein des immortels ma fortune repose; Envers sa fille et tnoi fut-il dénaturé , Le père de Mandane est un objet sacré.

Et que prétendez- vous ?

Demeurer auprès d'elle , Fléchir, vaincre Astyage, en lui restant fidèle.

H ARPAGE.

Et si vous périssez ? si les fureurs du Roi....

Je» périrai du moins digne d'elle et de moi.

MANDANE

Ah! j'admire, en tremblant, ce vertueux courage:

H ARPAGK.

Suivez-moi , Mitradate ; achevons notre ouvrage :

Conjurons le poignard déjà levé sur lui :

Allons du peuple entier lui garantir l'appui.

Je sais ce que du Roi nous devons tous attendre ;

Seigneur, malgré vous-même , armé pour vous défendre,

En sçs projets sanglans je cours le prévenir ,

Et vous sauver encor, dussiez-vous m'en punir.

( Il sort avec Mitradate. )

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