ACTE II, SCÈNE IV
Quand la bouche obéit, Tâme est encor rebelle. Nous sommes vos sujets , mais chacun de nos rois S'engagea , par serment , à conserver nos droits. Charles, que parmi nous les destins ont fait naître. Durant son règne illustre a su les reconnaître. Philippe imitera l'exemple paternel.
Vous avez prononcé le serment soleimel : D'Albe n'a point tenu votre promesse auguste. Vos sujets sont aigris par un ministre injuste : L'équité d'un bon roi saura les désarmer. Le glaive est sans puissance: un mot peut tout calmer.
D'un étrange discours mon oreille est frappée; Mai j'ai reçu du ciel mon sceptre et mon épée : Ce sont là mes pouvoirs, mes titres, mes garans. Combien je dois rougir de voir un de mes grands, > D'Egmont, ce chevalier si fier, si magnanime. Désormais infidèle au beau sang qui l'anime. D'un ramas de mutins se dire ambassadeur! Quoi ! c'est dans Madrid même, au sein de ma grandeur , Qu'on. vient parler de droits, et non demander grâce! Envoyé de Nassau, quelle est donc votre audace? Quel nouveau souverain prétend m'en imposer! Quel obstacle invincible a-t-on cru m'opposer? D'impuissantes clameurs irritant ma vengeance. Des drapeaux étalant l'oi^eil de l'iiidigence, Des nobles tourmentés d'ambitieux pn^ets. Et nourrissant l'espoir de me vendre la paix.
lao PHILIPPE IL
Je ne discute point la foi de mes ancêtres.
Pour soumettre les cœurs la Castille a des prêtres,
Des guerriers pour combattre, et des lois pour punir.
Le Belge a de mes droits perdu le souvenir;
J'anéantis les siens; et ce peuple farouche
M'a rendu les sermens prononcés par ma bouche.
Je ne compose point avec des révoltés:
Guerre ou soumission , voilà tous mes traités.
Régir dans cet esprit fut toujours mon étude. Valait-il mieux ramper sous une multitude Qui, de tout frein légal cherchant à s'affranchir, Ne sait point être libre et ne veut point fléchir? J'eusse été criminel en tolérant des crimes.
CARLOS
Ainsi , quand le Brabant regorge de victimes , D'Albe ose encor prétendre à se justifier! Sire, il s'agit d'un peuple et de son meurtrier; Et nous hésiterions, imprudens que nous sommes î
d'egmont.
Courage, fils d'un roi, vous parlez pour des hommes.
d'albe.
Le roi pour son ministre a daigné me choisir...
GAKLOS.
Vous avait-il choisi pour le faire haïr;
Pour qu'il fût accusé de vos fureurs sinistres ?
Un roi doit-il avoir des bourreaux pour ministres?